HERCTJLK, LE DUC, DE BLANGY
LEDUC, apercevant de Blangy. Ah! de Blangy ! — Hercule, demeurez.
hercule , à part. Il va me tirer les oreilles.
le duc. Eh bien, mon ami, eh bien?
de blangy. Madeleine de Vîontbazon est arrivée, je l'ai fait conduire à votre château de Cariguan.
leduc. Pauvre enfant! vous l'entendez, Hercule, il s'agit de Madeleine, de cette fille de mon fus, mort en AIL .'magne, de madeleine de Montbazon, ma petiie-lille. . . Elle est votre cousine, Hercule.
hercule. Ah ! oui, cette demoiselle qui a eu deux enfants d'une espèce de... Ah! ah! c'est drôle...
le duc. Fort drôle, c'est riossible ; mais vous ne vivez que de mes bienfaits , monsieur le vicomte ; vous êtes sans fortune, sans patrimoine, et vous devez souhaiter que ma bourse vous reste longtemps ouverte.
hercule. Je le souhaite vivement , mon oncle !
le duc. Eh bien ! si je dois continuer à
vous témoigner de la bouté, de la tolérance, croyez-moi , aime*, respectez votre cousine, et oubliez ses malheurs pour ne vous souvenir que de son nom.
hercule. Oui, grand-oïicle !
le duc. Ah ça ! et monsieur de Rollac?
de blangy. J'ai reçu de ses nouvelles à Chantillac, où l'état désespéré de l'enfant de Madeleine nous a forcés, comme vous savez, de nous arrêter si longtemps, Il n'avait pas encore quitté Ar.goulème, où il continuait d'épier, de surveiller Belphégor.
LE duc. Au moins espère-t-il m'en débarrasser à tout jamais ?
de blangy. 11 fait ce qu'il faut pour cela; il a éveillé sur ce malheureux les soupçons du préfet de la Gironde et de ceiui de la Charnue. Grâce à cet éveil ainsi donné , notre homme sera désormais chassé de partout et ne pourra s'arrêter, ni travailler nulle part: Le chevalier compte ainsi que la misère forcera bientôt ce pauvre diable à accepter nos offres. Mais monsieur de Rollac, si j'en juge par sa dernière lettre, doit arriver aujourd'hui même.
le duc. Ah! je suis bien désireux de le voir ; vous savez que son père fut mon meilleur ami.
de blangy. Je le sais , mais je dois vous le dire, je crains que le long séjour du chevalier en Amérique ne nous l'ait un peu défiguré ; je le trouve commun , ses manières sont vulgaires.
le duc. En vérité \
de blangy. Heureusement que vous serez là pour lui rendre ce que les puritains d'outremer lui ont enlevé de noblesse et d'élégance.
le duc. Je n'oublie pas que je dois à monsieur de Rollac une reconnaissance éternelle.
de blangy. Aussi pour prix de ses services, vous le savez, il ambitionne la main de Madeleine , et vous la demandera, sans doute, aussitôt que nous aurons fait casser le mariage...
le duc. Nous verrons; j'ai écrit au roi, et j'attends son bon plaisir sur tout cela. Hercule, prévenez, je vous prie, messieurs les gentilshommes de ma suite. (Hercule sort par la gauche; à de Blangy.) Le comt^ d'Artois est à Bordeaux, je le verrai demain matin, pent-ètré lui ferai-je une confidence entière...En attendant, mon cher comte, courez à Carignan, consoler ma pauvre petitefille, prévenez-la (pic je l'embrasserai ce soir. IClle est heureuse, n'est-ce pas, de son changement de fortune?
de blangy. Llle est triste, mais résignée,
PAILLASSE
ledit.. Klle oubliera!... Adieu, adieu, comte. [De Blangi/ sort par la araite; au.r gentilshommes qutreviennent par la gameke. Allons, messieurs, à cheval! (A Flora.) Ma chère enfant, venez me voir à Carignan, le malin. Je suis le caissier du vieo> le... Au revoir, Hercule (lr prenant A V écart) ; songez que tout ceci est un secret de famille.
hercule. Oui, grand-oncle! (.1 pari.) C'est égal, je l'aime mieu\ que grand'lanie!
le duc. Partons , messieurs , partons.
(Ils sortent par la droite. Une fanfare de chaise *c fait entendre.)