SCÈNE PREMIÈRE
TOM , SOLDxil S , puis GEORGES . puis L'ÉTRANGER.
Les soldats passant au fond semblent hésiter et ne savoir quelle route ils doivent prendre ; l'un d'eux apercevant Tom dans la cour, y entre.
LE SOLDAT, à Tom. Avez-vous vu pas.ser la compagnie des Pointeurs?
TOM, quittant son arquebuse. Ah! ah î encore des retardataires... Oui, oui. et vous allez facilement raiteindre.(// monte lascêna Tenez ! suivez la route que horde cette auberge; sitôt que vous serez sur la liauieur, vous verrez briller les uniformes. [Aux Soldats, qui ont pris la route. ) Dites donc, les Espagnols... Faut pas dire merci... ça pourrait vous compromettre... [Redescendant la
La droite et la gauche sont relies du spectateur.
scène.) ilevcnez une ;iiiln' lois nie deninnder votre chemin, je vous enxenai faire un lour dans la forêt... [Reprenant son arqucbuae. ) Voyons un peu, si je pourrais venir à bout de replacer tout cela. Voici l)ien le porte-poudre... Oui, mais... les \isses — C'est cela... Non, je me trompe encore...
c.EOr.GFS, entrant par le fond, son arquebuse sur L épaule, la pose près de ta muraille au fond ainsi que sa (jibecière. B()njour,To:n !
TOM. Bonjour, Georges... Tiens ! lu arrives fort à propos.
GEOnr.ES. Et pourquoi?
TOM. Parce que j'ai eu hienlôt fait de démonter cette arquebuse, et depuis une ^nande heure...
GEORGES, prenant l'arquebuse des mains de Tom. Tu ne peu\ la remonter , n'est-ce pas?... Parbleu! je crois bien... tu mets la batterie à l'envers... Laisse-moi faire.
Il revisse la ballerin.
TOM. As-tu fait bonne chasse?
GEORGES. Non. Tiens , prends dans ma ^ibecière, il n'y a qu'un lièvre que j'apporte à m.iîire L)ani»i. ( Tom va prendre le lièvre et le pose sur la table.) Le tauîbour a fait trop de bruit ce matin.
TOM. En effet... Dis-moi un peu, Georges, où l'on va ujcttre tous les régiments qui se rendent à Amsterdam.
GEORGES. La citadelle seule peut contenir cinq mille hommes, et les Espagnols se précauiionnent.
TOM. Je crois bien que la journée ne îc passera pas sans coups de canon.
GEORGES. i>Ioi, j'en suis sùr.
TOM. Tant mieux!
(;korges. Oui, si le prince Guillaume de ISassau est, conime on le dit, caché dans les environs... Tiens, voilà ion arquebuse.
TOM, la prenant. Merci, Georges; niainlenanl \ienne la bataille.
(iEORGE>. El nous pourrons nous y rencontrer... Où est donc le maître?...
lOM. Ghez le uigiiemestre.
• geor(;es. Av('z-\ous logé beaucoup de monde celle nuit?
l'étranger, qui est entré par le fond, à part en rrqardant Georges. Le voilà!
Il «iesciinl lascèrifi et va près île la table.
TOM. Non. Un vieillard avec sa lille ; ions deux ils ont été réveillés plus de dix fois par l':;s rondes espagnoles qui .sont venues vérilier leurs pass(!-p()rts.
i.'ÉrnANGER Voulez-vous me servir un pot de bière ?
TOM. De suite.
Il enlrn dans la ninison à gaurhe.
GEOR(;i;s, remarquant r fjlrangrr, à part. Ilncore lui !. . .
l.'È^RA^(;LR, // part. Il faiii (ulin que je lui parle.
Il ilescond la scène et rencontre Georges qui la monte vers lui.
-GEORGES, àpart. Il faut que je sache qui il est. (f/«w/.) l>aidieu,mou brave, voilà biendi s fois que nous nous rencontrons depuis hier.
l'étranger. Et je pensa-s, en vous rencontrant encore ici, qu'à force de se voir ou devient connaissance; et j'allais hardiment m'approcher de vous, et vous tendre la main en vous donnant le bonjour.
GEORGES, lui donnant la main. iMcrci.
l'étranger. Et, si vous le voulez bien, nous allons boire en nous souhaitant bonne chance.
GEORGES. J'allais vous offrir de vider ensembleceque contient ma gourde. (.4 Tom. qui apporte le pot de bière.) Veux-lu bien, Tom, nous donner un second verre?
TOM. Très-volontiers.
Il leur donne un second verre; tandis (qu'ils s'asseyent à la table à droite, Tora prend une pièce de monnaie que lui donne l'étranger, et rentie dans l'auberge à gauche.
GEORGES, assis, à l'Etranger. Je vous ai vu hier au marché d'Harlem.
l'étranger. Oui, je le traversais tandis que vous y vendiez du gibier.
GEORGES. Et nous avons passé lous deux la nuit dans la forêt.
l'étranger. J'étais bien fatigué , je m'y suis endormi.
GEORGES. Et vous allez à Amsterdam?
l'étranger. Aujourd'hui même.
GEORGES. Mais la ville est eu insurrection.
l'étranger. Tant mieux ; il y a vingt ans, quand je l'ai quiltée, l'on s'y battait; je la trouverai moins changée si l'on s'y bat encore maintenant.
GEORGES. Il y a vingt ans que vous avez quitté Amsterdam ?
l'étranger. Oui, AmsterSam cl la Hollande.
GEOiiGES. El vous y rentrez ? . .
l'étranger. Avec les souvenirs du temps J1a^sé, et peut-être Irouvcrai-je à Amsterdam ([iielqu'un dont je ne sais ni le nom ni la demeure.
GIOKGES. Et comment espérez-vous le trouver?
(,'étran<;er. Je chercherai... [avec intention) je chercherai de mai.'>on en mai.son.
Gi-ORGES. Vous ne savez donc pas qu'Amsterdam a trois cfnis rues et (piarante mille maisons, et «pi inie année entière suffit ii peine pour interroger un (piart de la ville.
f^ÉTRANGER. Vous avez donc habité Am- Merdam?
geor<;es. Oui, cin([ années, pendant Ics- <pielles j'ai < licrché \ainemeul ..
l'étran(;lr. Quelqu'un?
GEORGES. Non !
l'étranger. Ouoi donc ?. ..
LES ORPHELINES D'ANVERS
(Jeorges se lait. Après un court silence.
(iiiOBt. ts. îMais, sans doute, vous avez des ressources; quelle est voire profession?
L'ÉTiiAKGEU. Ma profession! Iw ! lia 1 je suis pour riieiire aventurier... et vous?
c.EOiiGES, 3Ioi, je suis pour le monicnt braconnier.
l'etrakger. Et pouiquoi pas soldat?
GEORGES, hésitanl.A\\\ |)arceque...
l'étranger. Pdrdun , num jf^une caniat aile, mes quesli<jnsvouseuibarrassenl,couime les vôtres ui'enibarrasseraieni. sans doute: il y a, je le vois bien, dans nos destinées, quel- (|ue chose de mystérieux que cltiicun de nous doit respecter. Nous nous sommes assis pour boire à la chance heureuse, ne neus questionnons pas, trinquons... et que IJieu S'.iit pour vous
• GEORGES. Que Dieu vous guide, mon brave. (se levant.) Et je vais partir; je sais un endroit de la forêt où les oiseaux s'abritent du soleil.. . je vais à l'afrùt.
l'étranger, lui tendant la main. Au revoir, les bonnes gens doivent se retrouver.
GEORGES, lui donnant la main. Et l'on dit qu'ils se trouvent sans se chercher; au re\oir. {Apercevant Tomqui rentre.) Adieu, Toni.
TOM. Adieu, Georges.
Georges sort , emportant son arquebuse et sa gibecière. L'Etranger le suit des yeux, monte à la porte, ie regarde s'éloigner et redescend la scène.
l'étranger, à Tom. C'est un brave compagnon (jue cejeunehoimnequi nous quitte, n'est-ce pas?
TOM. Oh! oui, un bon et loyal garçon, et le plus habile chasseur des environs.
l'étranger. Heureux?
TOM. Il y a en lui quelque chose d'inconnu (jui l'attriste souvent !
Ici Marie, paraissant in(iuiètc,sort de la maison, descend l'e'calier de gauche , regarde d'abord autour d'elle, puis va regarder au dehors, et revient en scène pour parler à Tom.
SGKNE 11.
TO^J, L'ÉTRANGER, îMAlilE.
TOM. Kt bien sur que s'd avait besoin un j lur d'un bon cœur et d'un bon bras pour l'aider dans ce (lu'il désire, il n'aurait pas besoin d'aller le chercher bien loin, si Tom était auprès de lui.
l'î.trm^geix, apercevant 3 farie. Quelle est celte jeune fille!
11 l'observe.
TOM, allant à elle. Vous souhaitez quelque clio.^e, madeiiioiselle:'
MAiiiF. Vous n'avez pas vu s'arrèler ici,
ou mônie aperçu, sur la route d'ilarleui à Amsterdam, une jeune lille de mon âge, et velue des mêmes habits (jue moi?
TOM. Uneorphelined'Anvers, conïme vous.
marie. Oui.
TOM. Non, mademoiselle; mais songez que le jour commence à peine...
MARIE. Si vous l'aperceviez, voudriez-vous? L'i prévenir qu'une de ses compagnes l'attend ici?
TOM. Je vous le promets!
MARIE. Et, alors, vous auriez la b mté de m'appeler.
TOM. Oui, mademoiselle.
MARIE, àpart. Pauvre Jeanne! son inquiétude-doit éire aussi grande que la mienne.
l'étranger, la suivant en l'examinant.
Est-ce que ce serait elle?
MARIE , à Tom , en retournant au bas de V escalier. Vous savez, je suis là, près de mon père!
l'étranger, àpart. Que dit-elle?
TOM. Comptez sur moi!
MARIE. Merci!
Elle rentre dans la maison.