SCÈNE III
ÉMERANCE, ISABELLE, entrant par la droite.
IS.\BELLE
Gémiras-tu sans cesse?
rourquoi ces yeux baissés, cette sombre tristesse?
ÉMERANCE, Soupirant.
Pauvre jeune homme ! hélas ! je ne dois plus le ISABELLE, vivement. [voir.
Au contraire.
KMERANCE, occourant à elle.
Comment? ourlez-vous pu savoir Ce qu'il est, ce qu'il fait?
ISABKLLE.
Non ; mais je sais l'usage.
Un roman finit-il à la première page?
Gaiement , Ce serait, eu l^spagnc, un contre- sens grossier!
l)'un tin di'claiiiatoire.
\'(\ amant a toujours un (h'mo;i familier.
Qui le mène tout droit à celle qu'il adore ;
D'un ton railleur.
Ainsi, rassure-toi, tu le verras encore.
ÉMERANCE
Ah! madame, ce trait est-il bien généreux?
IS.4BELLE, souriant.
Oui, j'ai tort de railler un amour malheureux.
ÉMERANCE
Pour changer d'entretien, permettez à mon zèle
Avec importance.
Un conseil!
is.ABFLLE , avec une déférence ironique.
Un conseil? toujours je les appelle.
ÉMERANCE , ovec Une impertance naïve.
Aller en plein midi chez le comte d'Harcourt, Est-ce prudent? On va le savoir à la cour. La comtesse Berlips, si vous n'y prenez garde. Concevra des soupçons; on nous suit, nous regarde, Et dans ce pays-ci l'on n'est pas indulgent. Moi, je tremble pour vous!
ISABELLE, persiflant.
Mon cher petit régent.
J'écoute avec bonheur tes avis ; je professe Le plus profond respect pour ta haute sagesse; Mais un léger conseil à mon tour. Quand j'ai tort, Ta raison de seize ans me gourmande un peu fort. Il me semble surtout qu'en cette circonstance Tu maltraites beaucoup mon inexpérience.
Peut-être faudrait-il, avant de me juger. Connaître les motifs qui m'ont pu diriger. Les voici, mon enfant. Crois-tu qu'on se défie De l'air évaporé d'une femme étourdie?
Crois-tu qu'un ministère en puisse prendre peur, Et, sous tant de gaieté, cherche un conspirateur? Eh! non, mille fois non... ce serait, au contraire.
S'afficher que d'avoir une tenue austère.
D'un ton railleur.
Si j'étais... comme toi, pleine de gravité, La Berlips m'eût déjà ravi la liberté.
Ainsi, comme tu vois, ma folie est prudence. Je cache m^ desseins sous mon extravagance; En bravant les regards, je les fuis, et me mets A l'abri du soupçon, quand je me compromets.
ÉMERANCE, uvec admiration.
Où donc avez-vous pu cultiver, à votre âge, La haute politique?
ISABELLE, gaiement.
...:. En réglant mon ménage.
C'est grâce aux mêmes soins, appliqués autrement. Qu'on mène son époux et le gouvernement. Notre sexe, accusé de tant d'impérilie.
Connaît les profondeurs de la diplomatie.
Il porte ce talent a^ suprême degré,
Avec verve.
Il prépare, combine, exécute à son gré ; Et cette habileté nous rendrait souveraines Partout, comme toujours, si les femmes, moin«
(vaines, Au lieu de l'appliquer sans profit, sans éclat. Aux chiffons,., l'appliquaient aux affaires dlitat.
l'iK(;li|i lit
Puisque j'ai commencé des aveux, Émerancc, Je ne te ferai pas de demi-coiilidence.
LE BACHELIER DE SÉGOVIE
Ton caractère est sûr, et la discrétion Est égale, je pense, à ton affection.
Tu vas donc tout savoir!
Eraerance s'approche.
Recouvrer mon domaine Est le priHcvte et non le motif qui m'amène. Mon véritable but, ma mission enfin Sont. .
f MER ANGE.
De grâce, achevez.
ISABELLE, après avoir regardé autour d'elle.
t)e faire un souverain.
ÉMERANCE
Un souverain?...
ISABELLE
Je sais que celte œuvre esl immense, Que Londre etVienneontfailune étroite alliance,
Élevant la voix.
Mais on peut tout oser, lorsque l'on a pour soi Du courage et l'appui du confc.-seur du roi.
ÉMERANCE, effrayée.
Vous aurez, mon amie, une lutte cruelle; La comtesse Berlips...
ISABELLE, avec feu.
Je triompherai d'elle!
ÉMERANCE
Vous savez qu'elle exerce un ascendant fatal? Elle a la reine!
ISABELLE
Et moi, le confessionnal.
Laquelle esl la meilleure et la mieux établie Des deux positions ?
ÉMEUA\CE.
Mais la reine est jolie!
ISABELLE
Mais le princeest malade; et dès lors, crois-le bien, Le directeur est tout, et la femme n'est rien.
Baissant la voix.
Nièce du confesseur, de l'abbé Saint-Herelle, Je possède un moyen pour stimuler son zèle; J'ai mission du roi d'offrir à ce prélat Le siège de Tolède et le cardinalat...
Se retournant.
Mais je devais, ici, sur mol, sur mon affaire, Avoir un entretien avec mon cher beau-frère; Puisqu'il ne parait pas s'empresser d'arriver, 11 faut bien se résoudre à l'aller retrouver.
FABRicio, entrant par la gatcche.
Je viens vous inviter à prendre patience. Appelé tout à coup près de «on Excellence, Mon maître, qui sera libre dans un moment, M'a dit de vous conduire en son appartemeul. Pendant qu'elles sortent.
Pst! psi!...
Il les suit.
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