SCÈNE IV
PEDRO, GUSMAN, accourant au signal par le fond.
PEDRO, entrant avec précaution.
La place est vide, occupons-la bien vite.
Fabrice m'a fait signe, il vient à notre suite. En attendant, as-tu combine quelque plan? ^
Quant au mien, il est prôt, et le voici, Gusman, C'est à les intérêts qu'ici je me rallie; Je m'attache à toi seul.
GUSM.w, surpris.
A moi?
^ Nonchalamment.
Je t'en supplie, N'use pas sans succès un dévouement réel; Délaisse un malheureux qu'a délaissé le ciel...
Avec un soupir.
Que ne suis-je à la place !
PEDUO, avec feu.
Et que n'ai-je la tienne!
A ta fortune il faut que j'oppose la mienne; Peut-être, mon ami, que la comparaison N'est pas sans poésie, et surtout sans raison.
Lentenicnt.
Tu sais bien qu'un aiglon, quand il part de la plaine, La quitte lentcmrnt, et s'enlève avec peine?
Rapjilcmeiit.
Mais s'il a pris son vol d'un sommet élevé, Aux cieux, d'un seul élan, on le voit arrivé. Eh bien, entre nous deux telle est la différence: Au sommet de l'État placé par ta naissance. Dans la position où le destin l'a mis. Tu rencontres partout des parents, des amis...
Humblement.
Moi, je ne suis ami ni parent do personne. Quelque soin , quelque peiné, hélas! que je me
[donne.
C'est loutau plus, mon cher, si j'aurai, vieillissant, Un bon point de départ; lu l'avais en naissant.
GUSMA\ , d'un ton dolent.
Oui, ce point de départ me mène à la misère. Et l'hôpital, voilà ma ressource dernière.
PEDRO, avec humeur.
C'est ta faute cent fois!... Ivre d'ambition. Don Raphaël caresse et craint l'opinion ; C'est là qu'est ton salut !
GUSMAN
Que faut-il que je fasse?
PEDRO, vivement.
Mon cher, il faut le voir, lui parler face à face.
GUSMAN
Moi?
PEDP^O , s'animant.
Toi-même, à l'instant. Cours t'adresser à lui,
Dépeins ton dénument, réclame son appui,
Dis-lui que ta disgrâce e;t aussi sa disgrâce,
Que, dans son intérêt, il Id faut une place ;
Parle, presse, menace, épouvante, promets;
Mendoce est à tes pieds.
GUPMAN.
, Je ne pourrai jamais.
Allant s'asseoir.
Il faudrait un effort, et cela m'est contraire ! Moi, ma vocation était de ne rien faire, De vivre en mon château, loin de tout appnreil,
S'é tendant.
Et de fumer en paix mon cigare au soleil.
PEDRO, allant à lui.
Prends du cœur uue fois , rien qu' une fois, de grâce.
GUSMAN, se levant avec vivacité.
Eh bien, oui, j'en aurai.
PF.DRO.
Bravo !