GEORGES, JEANNE, DANIEL
GEORGES, à Jeanne, en désignant Daniel.
Précisément, voici maître Daniel.
JEANNE, vivement. Oh! je veux lui demander ( l-lle descend la scène. A Daniel.)
Dites-moi, monsieur, avez- vous logé cette nuit une orpheline d'Anvers?
DANIEL. Lîneorpheliqed'Anvcrs... {Réfléchissant.) Attendez d'nc... tout ce que je puis vous dire, c'est (pie j'ai logé une jeune iille qui accompagne son père.
JEANNE, à part. Personne ne l'a vue sur la route.
(;eorges, s' approchant. Vous paraissez bien fatiguée, maciemoiselle; asseyez-vous ici; peut-être ([ue celle que vous cherchez y viendra...
JEANNE, Oui, je vais me reposer ua peu.
Elle s'assied à droite près de la table.
DANIEL, enpasfsant, à Georges. Bonjour, Georges!
GEORGES. Au revoir, Daniel!
Daniel syrl.
sci:ne IX.
Gl'ORGES, JEANNE, RERTIlOL, dans le pavillon.
JEANNE, avec réflexion. Assurémenl, Marie est partie d'Harlem, cl il u y a que celle route qui conduit à Amsterdam.
GEORGES, qui s'est approche. Comme vous êtes iii(|ijiêle, mademoi.selle!
JEANNE. Pour la première fois de ma vie. j(! me trouve séparée de ma compagne (juc je cherche, et notre séparation e.sl si éliangc, (pie je crains un malheur.
(M'ORGi.s. Elle est comme vous, orphelim' depuis les premières guerres ?
JEANNE. Oui, et loutcs deux nous étions ii Harlem, (piaiid, hier, nous nriimes l'ordir de nous rt'iidre à Amsterdam, afin de nouteiiir prêles à secourir les blessés en cas de guerre; ma compagne me quitta pcuir quel- (pies préparatifs ; une heure après, nous des \ions partir, et je l'ai attendue la journée tout enlièie ; j'ai vainemenl cherrhé par toute la ville. Enfin, je me suis mi.se en roule, et désespérée, impatiente d'arriver à Amsler-
LES ORPHELINES D'ANVERS
dam, j'avais pris un cliemin de iraverse, et je m'étais égarée dans la forêt, quand je vous ai rencontré, quand vous m'avez conduite vers cetteauberge... et mon inquiéiudee^t encore si cruelle qu'elle m'a jusqu'alors fait oublier de vous dire merci pour toutes vos bontés.
GiîORGES. Oh ! ne me remerciez pa^ ; je suis heureux d'avoir pu vous être utile, car vous m'apportez le souvenir d'une sœur qui aurait à peu près votre âge...
JEANNE. Et vous l'avez perdue?
GEORGES. Je ne l'ai connue qu'un jour.
JEANNE. Qu'un jour!... et comment?...
GEORGES. J'avaisdéjà douze ans, lorsqu'un soir, mon père, quoi qu'il fût veuf depuis longtemps, rentra au logis en apportant un enfant qui venait de naître. Tiens, Georges, me dit-il, tu as maintenant une sœur; prends bien soin d'elle. iMais le lendemain il emporta ma sœur dans son manteau, et je ne les ai jamais revus.
JEANNE. Jamais de nouvelles de l'un ou de l'autre?
GEORGES. J'ai seulement appris que deux jours après, comme mon père revenait chez lui, il fut attaqué au coin du pont Saint-Jacques par les satellites du duc d'Albe.
JEANNE. Et qu'en advint-il?
GEORGES. Que mon père, vaincu par le nombre, fut entraîné dans les prison^, où il est mort sans doute.
JEANNE. Mort!...
GEORGES, oh ! mais pourquoi donc vous affliger par le récit de mes malheurs, vous déjà si tourmentée?... pourquoi mon cœur, qui a pa souffrir si longtemps eu silence... vient-il d'éprouver je ne sais quelle consolalion en s'épanchant auprès de vous?... Oh! pardon, pardon... je vous en conjure... et ne songeons plus qu'à votre compagne, que je voudrais vous aider à retrouver, afin de voir disparaître votre inquiétude, qui redouble encore.
JEANNE, se levant. Oui... Je vais me remettre en route.
GEORGES. Souffrez que je vous conduise ju.squ'au delà de la citadelle.
JEANNE. Non, rotez; nous sonnnes habituées à marcher seules.
GEORGES. Mais aujourd'hui la route est remplie de soldats e pagnols. .. Je vous en prie. . .
JEANNE. Puisque vous le voulez bien...
Ils montent la scène pour sortir.
MARIE, sortant de la chambre. On ne ' vient pasme prévenir... (4/)ercei!an/ Jeanne.) Mais cette femme. . . [Appelant.) Jeanne! JEANNE. Marie!...
iMARiE, Vétreignant. Ma bonne Jeanne. ..
JEANNE , se retournant, à Georges. Je vous
remercie, monsieur. Vous \oyez, j'ai retrouvé ma compagne.
(iEoRGES, s inclinant. Soyez donc hou reuse, madenioiselle !
Il sort.