SCENE X
JEANNE, MARIE, BERTHOL.
MAïUE. Te voilà donc?
JEANNE. Si tu savais ce que tu m'as fait souffrir!
MARIE. Et tu vas me pardonner. Je traversais hier le boulevard d'Harlem, quand , tout à coup, un vieillard pâle et défait vint suppliant à moi, et me dit : Mon enfant, v4)tro père a été victime du siège d'Anvers, sauvez undesescompagnonsd'infortune. J'ai souffert dix huit ans la prison solitaire... et je vais reperdre encore une fois ma liberté, si vous ne consentez à m'accompagnei'. Le seul passe-port dont j'aie pu m'emparer me désigne comme voyageant avec ma fille. A peine avait-il achevé, qu'une ronde espagnole vint exiger son pa.'-se-port ; il le donna me tenant à son bras, et nous passâmes... Le (pjiiter alors eût été le mettre dans l'embarras qu'il venait d'éviter, et je me vis forcée de prendre avec lui 'a roule d'Amsterdam.
JEANNE. Tu as bien fait, Marie, de te dévouer à cet homme.. . Je ne t'ai pas accusée, lu le sais bien, el maintenant (jue je t'ai revue, je suis tramiuille, heureuse. Et pourtant il faut que je te quitte, n'est-ce pas? que je parte seule , car tu dois encore l'accompagner, sans doute?
MARIE. Jusqu'à Amsterdam, où nous serons dans quelques heures.
JEAiNNE,.wonta/if /asrèwe. Jevaisl'attendn' à l'abbaye; mais ne tarde pas, car je supposerais (jue votre mensonge a été découveii , et je le croirais perdue... Tiens, sœur, à ton toiu-, prends notre porte-i)onlieur, et je serai plus tranquill-'... [Elle lui donne nvc aumônière quelle porte à sa ceinture. ) Je l'avais en te cherchant, et je t'ai retrouvée.
MARIE la mettant à sa ceinture. Elle mo conduira bientôt auprès de toi. Je vais décider ce vieillard à partir au plus tôt... Adieu. Tu n'as rien de plus à me dire?
JEANNE. Rien.... Ah ! si!
MARIE. Quoi donc? •
Elles rcilesce/ident la scène.
jeannI-. Tu as vu ce beau jeune homme?
MARIE. Oui.
JEANNE. Je m'étais étîarée dans la foret, el c'est lui qui m'a conduite ici.
MARIE. Vraiment !
JEANNE. Pâle et tri'.îe, comme nous les rêvons, il m'a raconté.. .
MARIE. Quoi donc?
JEANNE. Ses mallieiirs.
MARIE. Et loi.tulotronvos l>ion à plaindre.'
JEAN^E. Assurément! si tu savais...
MARIE. Tu es insensée!
JEANNE. Ne vas-ln pas être jalouse?
MARIE. Je le suis de tout ce (jue lu seml)les aimer.
JEANNE. Je n'aime pas ce garçon.
MARIE. Il l'aime peut-être.
JEANNE. II ne me l'a pas dit.
MARIE. Non, mais tu le rencontreras encore sur la roule, et il te le dira.
JEANNE. Oh ! maintenant je refuserais de l'écouter.
MARIE. Etlu ferais bien, Jeanne. Peut-être qu'un amour qui naîtrait dans ton cœur affaiblirait ton amitié pour moi.
JEANNE, oh ! jamais.
MARIE. Qui sait?... tu es si folle!
JEANNE, souriant. Et pourtant nous avons découvert que je suis ion aînée de huit jours.
MARIE, souriant. Pas pour la raison...
JEANNE, l'arce que tu es la plus sévère, tu te crois la plus raisonnable, et cependant tu prends au sérieux ce que j'ai dit... Tiens, je te crois plus folle que uioi... Voyons,' ne parlons plus de cela... {Maniant la scène.) Et songe que je vais l'attendre...
MARIE, /asMM'rtn/. Adieu!.
JEANNE. Tu es donc encore fâchée?. ..
MARIE. Pourquoi ?
JEANiNE. Tu ne m'as pas embrassée...
MARIE. Ma bonne Jeanne!
Elles s'pinbr.Tssenf.
JEANNE. A bientôt!
MARIE. A bieniôt,!
Pendant quo Marie regarde Jeanne s'éloigner et lui fait signe de la main , U; l'iigitif sort de la maison ft va trouver Marie.