‹ [Magasin théâtralChapitre 1051 sur 1545 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

PEDRO, GUSMAN, entrant par la droite et achevant de s'ajuster; MENDOCE, FABRICIO, dans le fond.

GUSMAN, à Mendoce.

Je me lève un peu tard ; pardonnez, je vous prie.

MENDOCE, avec déférence.

Je connais vos motifs, et je les apprécie. Quand on donne le temps du repos au devoir. On peut rester au lit du matin jusqu'au soir.

GCSMAN, bas à Pedro.

Qu'est.-ce qu'il dit donc là?

UENDOCE.

Vous débutez en maître...

GUSMAN, bas à Pedro.

En maître!.. Je m'y perds, il me raille peut-être...

MENDOCE

Hier soir, j'ai trouvé dans vos cartons, Gusman, Un système d'impôt tout à fait neuf, un plan De comptabilité, clair, simple, économique.

Le ministre déjà l'a jugé magniflque.

Avec emphase.

Bientôt au roi lui-même il sera présenté.

GUSMAN, bas à Pedro.

Ah I j'ai donc fait un plan de comptabilité ?

PEDRO, bas.

Oui.

MENDOCE

='" Mais ce n'est point là, je le tiens d'Isabelle, La seule qualité qui chez vous se révèle...

Nouvelle surprise de Gusman.

Ma belle-sœur vous doit mille remercîments.

Pourquoi doncî

MENDOCS'

Pour des vers spirituels, charmants, Dont elle a comme moi reconnu l'origine.

GUSMAN, bas à Pedro.

Ah! j'ai donc fait aussi des vers?

PEDRO, bas, avec un peu dlmmeur.

Pour ta cousine.

GUSMAN, bas et du même ton.

Il fallait m'avertir!

A Mendoce.

Trop bon, en vérité; Si vous saviez combien cela m'a peu coûté?

Fabricio sort ému et ravi.

A part.

Ma foi, je suis en verve, offrons-lui mon ouvrage. Haut et avec confiance, après avoir tiré un papier de sa poche.

Seigneur, puisque mon zèle obtient votre suffrage, .l'ose vous présenter un mémoire nouveau Que j'achève à l'instant.

Mendoce s'éloigne avec le papier et le lit. PEDRO, bas à Gusman, en le tirant par Vhabit. Toi?

GOSMAN, avec amour-propre.

Moi.

PEDRO

De ton cerveau?

GUSMAN

Ce qui se passe ici n'est point juste, je pense; C'est toujours toi qui fais, et moi qu'on récom-

[ pense.

J'ai voulu, des détails affrontant les ennuis,

Fièrement.

Prendre une fois la plume et montrer qui je suis.

MENDOCE

Mais, mon très-cher cousin...

Gnsman s'avance avec joie.

Quel travail détestable !

Quel contre-sens l

Gusman reste consterné.

PEDRO, t'avançant derrière Gusman. (a)

Pardon... c'est moi qui suis coupable!

MENDOCE

Toi, coupable?

PEDRO

Hélas 1 oui, bien coupable, seigneur!

Gusman était sorti depuis longtemps, j'eus peur Qu'il ne fût en retard, et, dans cette pensée, (a) Gusman, Pedro, Mcadoce.

J'ai pris sur son bureau la besogne pressée.

Baissant les yeux.

Je l'ai faite... il paraît que j'ai mal réussi. MENDOCE, riant d'un air capable.

Oui, ta rédaction n'est pas forte.

PEDRO, après avoir ouvert un carton sur la table.

Voici Celle de don Louis, qui sans doute est meilleure; Il a pris un carton pour l'autre.

MENDOCE

A la bonne heure.

Il s'éloigne et lit (6).

GUSMAN, bas à Pedro.

Ami trop généreux !... je te l'avais bien dit. Délaisse-moi, fuis-moi. Pour un être maudit Cesse de prodiguer ton esprit, ton courage ; Avec désespoir.

Je ne suis bon à rien, qu'à gâter ton ouvrage.

PEDRO, bas.

Imprudent, tais-toi donc!...

MENDOCE, revenant.

Pour le coup, c'est parfait ; Voilà de la raison !... Je suis fort satisfait ; Vous venez de me rendre un signalé service. Pour vous récompenser, je vous donne d'oflice Une allocation de dix-huit écus d'or Que je vais vous payer... sur les fonds du trésor.

PEDRO, bas à Gusman.

La somme est à toucher agréable, j'espère! GUSMAN, bas.

Elle est à toi.

PEDRO, bas, avec attendrissement.

Merci... je l'envoie à ma mère.

MENDOCE, à Gusman.

Pour compléter enfin cet c^cte d'équité. Et mettre en tout son jour votre capacité, Dont vous m'avez donné mainte preuve éclatante, Je vous nomme sous-chef!...

GUSMAN

Quelle bonté touchante!...

Et mon pauvre Pedro? Je voudrais qu'il entr&t Commis dans les bureaux.

MENDOCE bas, avec un dédain bienveillant 11 n'est pas en état.

GUSMAN, chaleureusement.

Je vous réponds de lui tout comme de moi-même.

MBNDOCE, d'abord surpris.

Afin de témoigner, cousin, que je vous aime,

A Pedro, d'une voix forte.

Je te nomme aspirant-surnuméraire, toi... Voici l'heure où mon plan sera soumis au roi;

A Gusman.

Et pour moi c'est un point d'une haute impor-

[ tance.

Puis, un autre intérêt réclame ma présence; C'est celui du pays, c'est le mien. Car enfin. En ce moment peut-être on crée un souverain !... J'éprouve un sentiment d'inquiétude vive : La faction française est, dit-on, fort active; Je cours la surveiller.

11 sort en s'agitant beaucoup. Gusman remonte avec lui.

{b] Veto, Gusman, Mendoce.

LE BACHFXIEll DE SEGOVIE.

PEDRO, pendant la sortie.

Le bonhomme, aujourdhui, Va la chercher bien loin, pendant qu'elle est chez Et c'est à ce brouillon qu'un aveugle délire [lui. Confie, en cet instant, les destins de l'empire! Espagne infortunée !

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