ÉMERANCE, ISABELLE, PEDRO, GUSMAN
Pendant la première partie de la scène, Gusman embarrassé se tient à l'écart.
PEDRO , à Isabelle.
Ah ! madame, mettez un lern>e à vos rigueurs; Vos yeux, à votre insu, ravagent bien des cœurs.
ISABELLE
Et quels cœurs ai-je donc ravagés, je vous prie? Gusman, désigné du doigt, baisse précipitamment les
yeux. Gusman ! il m'aimerait?
PEDRO
Avec idolâtrie.
On regarde Gusman; même pantomime.
ISABELLE
Bon Dieu, qui s'en serait douté jusqu'à ce joui? Il a l'air de nous fuir !
PEDRO, oi^ec emphase.
C'est par excès d'amour.
Oh ! mon ami n'est pas un soupirant vulgaire. Cas à Gusman, avec humeur et en le poussant. Mais déclare-loi donc, je ne peux pas tout faire (a). GUSMAN, par saccades et en essayant de s'animer. Oui, belle cousine, oui, c'est mon vœu le plus PEDRO, bas. [doux.
Ferme !
GUSMAN
Oui, quand je vous vis, je fus épris de vous... PEDRO, bas.
Allons donc!
GUSMAN
Répondez à ma flamme amoureuse; Je ne puis être heureux qu'eu vous rendant heu-
•A part.
Ouf! [reuse.
II se tourne vers Pedro, qui le félicite. ISABELLE.
Mon cœur de celte offre est vivement flatté ; Mais pour moi le bonheur est dans la liberté.
PEDRO, avec feu (6).
La liberté? qui peut vous avoir mis dans l'âme Que votre liberté soit en danger, madame?
Montrant Gusman.
Avec lui, juste ciel ! j'ose vous protester Que jamais mon ami n'y voudrait attenter; 11 en est incapable! Ah!... ce sont, dit un sage, Les contrastes qui font l'harmonie en ménage.
(a) Emerancf, Isabelle, Gusman, Pedro.
(b) Emeraace, Isabelle, Pedro, Gusmao.
LE BACHELIÉJV DE SÉGOVIE
Vous vous convenef donc beaucoup ; car, grâce à
[Dieu, Au physique, au moral, vous vous ressemblez peu. Vous êtes pétulante et pleine de malice; Gusman est indolent et calme avec délice. Vous aimez le grand monde , il se plaît dans les
[bois ; Il est silencieux... vous parlez... quelquefois. II possède un beau nom, dont il ne sait que faire. Vous de rares talents pour le mettre en lumière. Enfin, Gusman...
A part.
Ici je frappe le grand coup !
Haut.
A peu de volonté; vous en avez beaucoup. Défauts et qualités, tout en vous se seconde; Vous serez les époux les plus heureux du monde.
. ISABELLE, bas, à Émerance.
Mais sais-tu qu'il raisonne à merveille, dis -moi?
GCSMAN, bas, à Pedro.
Tu me rabaisses trop, mon cher ami. (o) PEDRO, avec dignité.
Tais-toi!
ISABELLE, à Gusman, en jouant de la prunelle. Vous venez de m'ouvrir bien franchement votre
{âme; J'en voudrais faire autant, mais, seigneur, je suis
[femme.
L'usage est là, je dois encor dissimuler, Et, par esprit de corps, je ne puis pas parler. Le jour où dans mes biens je serai replacée. Ce jour-là seulement vous saurez ma pensée.
GUSMAN, avec feu et volubilité.
J'embrasse votre cause, et puis vous protester Qu'elle triomphera! Je vais solliciter La justice d'abord ; si j'échoue auprès d'elle, C'est au conseil privé que ma voix en appelle; Et s'il est à son tour inflexible pour moi. J'irai jusqu'à la reine, et de là jusqu'au roi.
Il veut sortir PEDRO, le ramenant.
Brrr... Tu t'animes trop! Ne va pas, je le prie, Dépenser, en parlant, toute ton énergie; Gardes-en pour agir.
(a) Emerance, Isabelle, Gusman, Pedro.
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