ACTE DEUXIEME
Le théâtre représente un salon chez, le marquis d'Argens. Une porte au fond; deux autres portes, l'une à droite, l'autre à gauche. Deux appliques figurant des appareils de chimie et d'électricité. Adroite, une table, un carton, de< papiers, deux bougies allumées. A gauche, un grand fauteuil ; sur le dos de ce fauteuil, une robe de chambre riche et iin bonnet de nuit.
LA MARQUISE, iMCLTTE.
LA MARQUISE, assise près de la table et examinant les. papiers dit marquis. J'ai i)eau chercher, pas de preuves !.. pas une lettre!... et tu en es bien sûre, Nicette?
NICETTL. Oh ! oui, madame; monsieur le marquis, votie mari, est amoureux de mademoiselle IJabet, il est toute la journée dans la mai'son Cochois; c'est le (ils Cochois qui me l'a dit, il n'y a pas à en douter. [Discrètement. ) Si madame voulait lui parler, rien n'e.st si facile; il vient presque tous les soirs ici,- quand il ne danse pas.
LA MARQUISE, vivement. Oh non !
NICETTE. En ce cas, ma conversation avec lui ne sera pas longue, vu que je me marie avec monsieur Trutter, le perruquier de l'Opéra, et que je ne dois plus parler à d'autres... Je croyais qu'il allait m'épouser, ce monsieur (lochois ; mais il est fiancé à une chanteuse de province.. . J'ai su cela en ville.
LA MARQUISE, (lommcnt le fils Cochois t'a-t-il connue?
NICETTE. Ah ! c'est que monsieur le marquis m'envoyait souvent chez monsieur Loulou , pour lui donner son heure ou lui demander la sienne. Il faut vous dire,
madame, que monsieur le marquis allait prendre en cachette des leçons dans la maison Cochois, et qu'il m'avait bien défendu de vous en parler, prétendant que vous vous moqueriez de lui, si vous saviez qu'il apprenait à danser. J'ai d'abord trouvé cela trèsnaturel ; ensuite, quand j'ai découvert que ce n'était qu'un prétexte pour s'introduire clie^ les Cochois, j'ai pensé qu'il était trop tard pour vous en parler, 'et que ce serait troubler pour rien votre repos.
LA MARQUISE. On la dit bien jolie, celle Babet.
NICETTE. Ah! dam! c'est si peinturluré, ces demoiselles- là , que cela fait toujours son petit effet.
LA MARQUISE, avcc impatience. Oui, oui... Monsieur le liiarquis est-il ici ?
NICETTE. Il est sorti, madame.
LA MARQUISE. Quand il rentrera, s'il me demande, tu lui diras que je me suis couchée, que j'ai la migraine... et tu attendras mou retour dans ma chambre *.
NICETTE. Madame sort donc?
LA MARQUISE. Oui, je vais à l'Opéra : je veux voir ma rivale. Le théâtre est à deux ■pas d'ici, je ne serai qu'un instant dehors. Silence au moins, petite.
NICETTE. Oh! madame!... J'entends la
* Nicette, la l\Iarqiiise.
MAGASIN THÉATKAL.
voix (le monsieur le marquis dans le grand escalivr.
L\ MARQiiSE, Fais ce que je l'ai dit.
NlCKTTE. Soyez tranquille, madame.
La Marquise sort à gauche.