‹ [Magasin théâtralChapitre 1194 sur 1545 · LE BARON, LE COMTE, SALIMBENI · texte numérisé non relu

LE BARON, LE COMTE, SALIMBENI

LE COMTE, riant. Oh! c'est charmant...

Non, de ma vie, je ne me suis tant amusé.

LE MARQUIS. D'oùsortez-vousdooc, comte?

LE COMTE. De l'Opéra, marquis.

• LE MARQUIS. Et c'cst là que vous vous êtes tant amusé!... Il faut être Russe pour éprouver de ces effets-là.

LE BARON. Que s'cst-il donc passé?

SALIMBENI. C'est vostreservitour, mon ser baron, que lé premier il a découvert lé pot aux roses. . . z'en ai ravalé mon ont, tant z'en souis resté baba !

LE COMTE, naw;.' Ah! ah! [À Salimheni.) Petit, conie-leur donc cela!

LE MARQUIS. Je VOUS en supplie, prenez garde! vous allez réveiller la marquise; elle dort... sa chambre est là. {À gauche.)

LE COMTE, riant plus fort. Ah! ahi...

SàUmbeni... Elle dort!... comment le trouves-tu?...

LE MARQUIS, embarrassé. M'expliquerezvous?...

SALIMBENI. Z'exécoutais mon solo dou troi-

sième acte; crac ! z'entends se baisser le sétore d'ouné petite loze ; ze lève les zioux... cielo! que voize ? Sylvie, ma première inclination !

LE MARQUIS. Eh bien, mais, je ne vois pas quel rapport...

SALIMBENI, lui faisant signe iV attendre, et continuant. Rentré dans la coulisse , zé montre la Sylvie au comte Ivan; lé comte ilé s'avance contre oun pourtant, ézamine et s'écrie : Per Diou ! ta Sylvie, c'est la Minette de l'Opéra de Paris, la reine de nos petits soupers !

LE BARON. Ah! ah! cela se noue.

LE MARQUIS, souriant. Et laquelle des deux était-ce ?

SALIMBENL Palicntia !

LE COMTE. Va toujours, petit.

SALIMBENI. Lé comte, qui né santé pas loui, ilé court dé son pied lézer à la petite loze, interroze l'ouvreuse... perché? per savoir comme ilé se nommait sa cliente.

LE MARQUIS. Oui.

SALIMBENI, railleur. Oui, oui, oui... {Refrenant son récit.) Après oun quart d'houre d'investigations, l'oiTyreuse, il apprend au comte que la belle inconnoue, il n'est autre que. . .

LE COMTE. Ah! ah !...

SALIMBENI. Que...

LE MARQUIS, toujours riant, mais fort intrigué. Eh bien! que... quoi?

LE COMTE, s avançant vers le Marquis*.

Que votre marquise, marquis...

LE MARQUIS, regardant le Baron. Ma...

LE BARON, rencontrant son regard. Ouf!

LE MARQUIS. En vérilé, mon cher comte, vous extravaguez ! et " voilà qui passe les bornes.

LE COMTE. Du tout, du tout!... je ne suis pas homme à ui'en rapporter aux ouvreuses... je descends donc, certain de voir arriver votre fidèle serviteur Matthieu, qui, tous les soirs d'Opéra, vient vous attendre au petit escalier du foyer... Enfin, je le vois pointer; je l'arrête, le questionne. Oh ! il était ferme sur les deux étriers; je n'en pouvais pas tirer un monosyllabe. Bref, je lui conte ma découverte, et le prie de m'cxpliquer ce que signifie ce mic-mac de trinité féminine. Le bonhomme, jaloux en diable de votre honneur, me connaissant d'ailleurs de vos amis, m'avoue que votre femme... n'est pas votre femme... Ali! jaloux et perfide marquis, vous nous cachiez un pareil trésor!...

LE BARON, après avoir réfléchi un instant. Attendez donc!... Sylvie, Minette... en nia qualité de directeur, j'ai quelques souvenirs confus... je ne sais trop à quel personnage

» Le Baron, Salimbeni, le Comte, le Marquis. (Le Baron et le Marquis sont tournés l'un vis-à-vis Je l'autre.

ehanlant ou dansant rattacher ces deux noms ... J'y suis!... Aspasie!... oui, oui, ce doit être cela : Aspasio, deuxième chanteuse. . . je l'ai eue dans ma troupe.

Rires du Comte et Je Salimbeni.

LE MARQUIS*. Aspasie, ilJinette, Sylvie!... à la fin, c'est trop fort. Ecoutez, messieurs, je ne suis point marié, c'est vrai; je venais

d'eu faire la confidence au baron n'est-ce

pas ?. . .

LE BARON. Oui.

LE MARQUIS, uvec assurance. Mais ce n'est pas une raison. .. d'ailleurs, la preuve est là.. .

Il entre dans la chambre de la Marquise.

LE COMTE. Doucement ! doucement ! Prenez garde de troubler son sommeil!... ces philosophes sont d'une incrédulité !...

LE MARQUIS, rentrant**. Personne!

TOUS, excepté le Marquis. Ah!

LE BARON. Une idée ! allons tous à l'Opéra. . . ce sera curieux.

LE COMTE. Curieux comme un début!

SALIMBHNL Pcr Diou ! quel debout !

LE MARQUIS, gaiement. Ma foi, écoutez donc, je le veux bien ! *

TOUS, excepté le Marquis. Vivat!

LE MARQUIS. A l'Opéra !

TOUS. A l'Opéra !

Ils sortent par le fond* *.

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LOULOU, MGETTE.

Ils entrent par la droite.

NiCLTTE. Par ici, par ici, monsieur Cocbois.

LOULOU, à pari. Le cabinet aux bastonnades!... c'est bien lui... il me passe un frisson...

NicETïE. Vous concevez que je ne puis plus recevoir vos visites dans ma ciiambre.

LOULOU. Tout ce (jui est honnête me va. Ici ou ailleurs.... c'est très-bien. [A part.) J'aimerais mieux ailleurs, mais l'honneur de la famille avant tout!

NiCETTE. Quel air en dessous vous avez ! Ecoutez donc ! vous me trompiez, je m'en suis aperçue, et j'ai accepté la main de M. Trulter, le perruquier de l'Opéra.

LOULOU. (>'i si honorable, je ne dis pas précisément le parti, parce (juc. .. [il fait le ;jeste de crêper) mais c'est honorable... eu soi...

NICLTTE. Eh! bien, alors...

LOULOU. Je vous dis (lue c'est très-lionorable... mais j'ai mon hoiuueur à venger... où est la maîtresse?

* Le Baron, Salimbeni, le Mnrqnis, le Comte. " Le Baron, Saiim'jeni, la Comte, le Marquis. •*• Ordre de sortie. Le Comte avec le Baron, le Marquis avec Salimbeni.

NICETTE. O mon Dieu !

LOULOU. Eh bien?

NICETTE. Madame dort.

LOULOU. Et monsieur ? NICETTE. Est sorti.

LOULOU. OÙ dort madame?

NICETTE. Dans sa chambre, apparemment.

LOULOU. Et sa chambre est?...

NICETTE, indiquant la porte à gauche.

Là.

LOULOU.- J" entre.

Il fait deux pas vers la gauche.

NICETTE, l'arrêtant. Arrêtez!... que voulez-vous faire ?

LOULOU. Je... je... ça ne te regarde pas.

NICETTE. Moi, je veux le savoir, ou j'appelle," je crie.

LOULOU. Eh bien, sache-le : ils sont trois, plus ou moins grands seigneurs, qui affichent mon honneur dans les personnes de mes sœurs; sur ses trois, un seul est marié; je veux à mon !our, et par réciproque, afficher son honneur dans la personne de sa femme.

NICETTE. Par exemple !

LOULOU. Pour l'exemple!... Tiens, depuis trois mois, je te le jure, je n'ai pas une autre idée dans la tête.

NICETTE. Alors, toutes les tendresses que vous me débitiez étaient autant de faussetés ?

LOULOU. Autant.

NICETTE. Oh!... et vous pensez que je prêterai les mains ?

LOULOU. Je n'ai besoin de personne.

NICETTE. Vous vous imaginez que madame va vous écouter?... On va vous jeter par les fenêtres et me mettre à la porte.

LOULOU. Du scandale ! tant mieux! c'est ce que je cherche. . . je ne cherche même que cela... Gare! que je passe.

NICETTE , lui barrant le passage. Je vous le défends.

LOULOU, l'éloignant. Faible.femme! *

NICETTE, à part. Au fait, qu'est-ce que je risque ? madame est sortie.

LOULOU. // s'est dirigé vers la gauche, et s' arrêtant tout à coup près dufcmteuilsur lequel est la robe de chambre du Marquis. Qu'est-ce que ccst que cela ?

NICETTE. Cela ! c'est la robe de chambre de monsieur le maif[uis.

LOui.OU , regardant la robe de chambre avec attention. Je la reconnais... brodée par les mains de la trop imprudente liabe^ !... (// traverse brusquement le théâtre**. A part.) Je réfléchis... (luelle idée!... {Se rapprochant de Nicctte. Haut.) Je n'entrerai pas dans la chambre... Va dire à ta maîtresse que le luarcpiis... {appuyant) le marquis... lui demande un quart d'heure d'entretien ici.

* Nicctl»', Loulou.

" Loulou, Nicçtte.

LA FAMILLE COCHOIS

NICETTE. J'obéis.

Loui.ou, la retenant. Pas de trahison , au moins ! ou bien je divulgue tout ce qui s'est passé entre nous.

NICETTE. Eh ! que s'est-il donc passé, bon Dieu !

LOULOU. Rien.., mais avec de l'imagination on trouve.

MCETTE. 31iséricorde!

LOULOU. Point de miséricorde !. .. tais-toi et je sCrai convenable... La robe de chambre.

KICETTE, la lui donnant. La voici.

LOULOU. Aide-moi à la passer... l'autre manche... très-bien.. . le bonnet.

KICETTE, le lui donnant. Le voilà.

LOULOU, regardant le bonnet. Fi ! l'horrible coiffure!... si Babet la voyait!... {Il se coiffe e s'assied.) Tiens, avisermoi un peu cette tête de marquis *.

KICETTE. C'est qu'il lui ressemble, au moins ! (Le poussant par la tête.) Singe que vous êtes !

LOULOU, faisant le marquis. Eh bien , eh bien, ne vous gênez pas, petite!. .. Qu'on aille m'annoncer.

KICETTE. Annoncerai-je monsieur le marquis d'Arlequin ?

LOULOU. Prends garde à toi!... je ne te

dis que cela.

Nicette sort à gauche.

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