‹ [Magasin théâtralChapitre 1278 sur 1545 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les mêmes, louis DE ROHAN, Gentilshommes.

ROHAN. Il doit être ici.

COSQUER. Ce sont des gentilshommes.

LANDAIS, se détournant. Qui vient là?

ROHAN. Bonsoir, manants.

LANDAIS. Que demandent leurs seigneuries ?

ROHAN. Tu as, à la porte de ta cabane un cheval de chasse ?

LANDAIS. En effet.

ROHAN. Où est le cavalier qui le montait ?

LE GENTILHOMME. Il est ici , messire de Rohan !

ROHAN , sp découvrant. Ah ! nous vous cherchions , monseigneur le duc !

COSQUER. Le duc!... c'est fait de nous...

LE DUC , en souriant. Vous voyez , messire , que je n'avais point l'honneur d'être connu de mes hôtes. ... et je m'en réjouis. . . . leur conversation en a été plus hbre plus instructive, surtout.

COSQUER, tombant à genoux. Ah! monseigneur... grâce !...

LE DUC. Que fais-tu donc ? lève-toi. Messire, je vous présente maître... Cosquer...

COSQUER , à part. Il a retenu mon nom.

LE DUC. Manant fort ingénieux, qui a trouvé un nouveau moyen de combler les fondrières.

COSQUER , à part. Je suis mort !

LE DUC , venant près de Landais. Quant à maître Landais, c'est un homme d'état, auquel je dois d'utiles leçons sur l'art de gouverner mon duché.

LANDAIS. Mes paroles ont été hardies; mais dussé-je les payer de ma tête , je ne les regretterai point , si elles peuvent profiter à monseigneur le duc

LEDUC. Ainsi, tu ne les rétractes pas?

LANDAIS. Je ne les rétracte pas I

LE DUC , à part. Cet homme a le cœur ferme. ( Il le prend à part. ] Et as-tu bien réfléchi à ce que tu disais tout à l'heure?

LANDAIS. Dix années, monseigneur.

LE DUC. Les preuves dont tu as parlé. ..

LANDAIS. Je les ai écrites dé la main môme de messire (Chauvin.

LE DUC Et tu oserais les faire valoir au risque de ta vie ?

LANDAIS. Oui , monseigneur.

' Cosquer, le Gcntilliomme, UoLau, Landais.

LE DUC. Il suffit. {Haut.) Je vous suis, messires, car mon chancela-r doit être inquiet de ma disparition. (5e tournant vers Landais.) 3Iaître Landais... à partir d'aujourd'hui vous faites partie de ma maison.

LANDAIS. Moi?

COSQUER. Comment ?

LANDAIS, s' inclinant devant le Duc. Ah! monseigneur I

LE DUC. Vous nous suivrez.

ROHAN , qui est allé au fond. Votre litière vient d'arriver, monseigneur.

LE DUC. Dites qu'on l'approche.

Louis de Rohan parle à un gentilhomme qui sort; le Duc et lui causent au fond, en dehors.

LANDAIS , à part, avec exaltation. Enfin ! enfin, ma destinée commence !...

COSQUER. En voilà de la chance ! obtenir une place pour ce qui aurait dû le faire pendre!

LANDAIS, s' approchant de Cosquer*. Et bien 1 tu riais de mes espérances, loan !

COSQUER. Eh bien, j'avais tort; te voilà sur le chemin de la fortune...

LANDAIS. Ou du gibet.

COSQUER. Que dis-tu ?

LANDAIS. Rien; il faut que cela soit... il le faut... j'ai juré de conquérir un avenir à ma fille.

COSQUER. Tu l'emmènes ?...

LANDAIS, oh ! non ; je ne veux pas l'exposer avec moi aux hasards que je vais courir; je puis succomber, et que deviendrait-elle alors, seule, sans protecteur?... Sa présence d'ailleurs détournerait mon attention, amollirait mon âme ; et il faut que je marche devant moi sans distractions, sans attendrissement, enfermé dans mon unique pensée comme dans une armure d'acier !... Marie restera ici. ..

* Landais, Cosquer.

COSQUER. Et qui en prendra soin ?

LANDAIS. Écoute : l'abbesse du couvent d'Elvcn était sa marraine avant d'avoir pris le voile ; plusieurs fois elle m'a demandé de lui confier Marie, j'ai toujours refusé, mais aujourd'hui dans l'intérêt même de son avenir, il le faut ; tu lui conduiras ma fille; ce soir même tu lui diras... mais non, ne lui dis rien... tu ne saurais point lui parler comme il le faut , tu n'es point père.. . elle est femme, elle me devinera.

COSQUER. Bien...

LANDAIS. Mais tu me promets de faire ce que je te demande? .. . Tu me le promets sur ta vie et sur ton salut éternel ?

COSQUER. Je te le promets ; d'ailleurs tu pourras t' assurer toi-même.

LANDAIS. Tu as raison. {Avec une émotion croissante . ) Alors. . . c'est dit. . . la chasse approche... on va partir!... Ma fille!.... ô mon Dieu ! que je la voie au moins encore une fois !... oh ! non... si elle me regardait... si elle me parlait , je ne pourrais plus la quitter !,.. Allons, mon cœur, ne te brise pas ainsi. ( S' approchant de l'alcôve. ) Mon enfant ! ( Il tombe à genoux.) O Vierge

sainte, sa patrone, c'est à toi que je la confie; ô Marie, tu sais comment on aime son enfant , toi qui as pleuré le tien !...

UN VALET . à la porte. La litière de monseigneur...

LE DUC. Allons, messires, à cheval, où donc est maître Landais* ?

LANDAIS. Ici, monseigneur...

LE DUC. A cheval!...

Ils sortent.

LANDAIS. Je suis prêt. ( Se levant, pâle, à Cosquer. ) Rappelle- toi ta promesse ! — Allons, Dieu m'a donné l'occasion; à moi d'en profiter maintenant !

* Landais, Rohan, le Duc, Cosquer.

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