MARIE, ALBERT
ALBERT, regardant l'écharpe avec égarement. Mon père!... mon père!...
mfi.ME, joignant les mains, et ge laiasant tomber sur un fauteuil. Oh! nous sommes maudits!
ALBERT. Maudits!... Oui, tu dis vrai, Marie ; car celte écharpe, il vient do me la jeter comme une malwlicUon.
' Marie, Albert, ('«■i(|npr, lîticiiiie.
MARIE. O mon Dieul
ALBERT. Ah! que n'a-t-il gardé son secret... Tant que j'ignorais ma naissance, je pouvais t'aimer sans remords, espérer que tu serais à moi... et maintenant il est venu placer un cadavre entre nous deux!., , Maintenant il faut que je parte... pour ne plus re-. venir.
MARIE. Que dis-tu, Albert?
ALBERT. Pourrais-je regarder ton père désormais sans sentir mon cœur se révolter. Ne viendraient-ils pas tous me dire, comme lui tout à l'heure, que je suis un lâche! O mon Dieu ! pourquoi ne sommes-nous pas tous deux orphelins, pauvres, abandonnés , puisque nos pères ne devaient nous apporter qu'un héritage de haine!... notre amour eût suffi à notre bonheur...
MARIE. Oui , mon Dieu !
ALBERT; comme fmppé d'une idée subite.
Mais ne peut-il y suffire encore?...
MARIE. Comment?
ALBERT. Tu m'aimes, Marie; tu me le disais tout à l'heure. Eh bien , ce que nous eussions désiré que Dieu fît pour nous , faisons-le nous-mêmes; oublions que nous avons une famille; brisons le» liens qui nous attachent à un monde plein d'ambition et de vengeance; soyons tout l'un pour l'autre... fuyons ensemble. . .
MARIE. Ah! que me proposez-vous!
ALBERT. C'est notre seule chance de sa» lut. Ici , tout nous sépare ; ici , on nous ferait un crime et une honte de notre amour. Cherchons une retraite écartée où le souvenir du passé ne puisse nous suivre.
MARIE. Moi... fuir mon père!.. .
ALBERT, sombre. Je renonce bien à venger le mien.
MARIE. Jamais!... Dieu est maître de mon sort ; mais du moins je ferai mon devoir.
ALORS. Alors!.., {il place l'écharpe sur sa poitrine) moi aussi, je ferai le mien.,, je partirai... Adieu.
Fausse sortie.
MARIE, Arrêtez, Albert!.., Restez... restez... O mon Dieu!... si vous saviez ce que je souffre... Partir!.., oh! c'est impossible... écoutez-moi.
ALBERT. On vient,. , Messire Landais,.,
MARIE. Mon père!
ALBERT. Adieu.
MARIE. Non, Albert.
ALBERT. J'attendrai là, sou^ cette fenêtru, Marie, et quand vous entendrez ma voix... vous choisirez entre votre père et moi.,,
H sort,
MARIE , se couvrant le visage. 0 mon Dieu !.,.
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