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SCÈNE IV

BERTHOL, DANIEL.

BERTHOL. Ferme la porte... [Daniel la ferme.) J'ai de grandes nouvelles... Et toi, qu'as-tu fait... as-tu de l'or?... Il m'en faut, Daniel...

DANIEL. Comme je te l'avais promis, je viens de vendre mon fonds de marchand d'armes, ma boutique et mon enseigne.

BERTHOL. Pour quelle somme ?

DANIEL. Trente ducats !... (Lui donnant une bourse.) Tiens!

BERTHOL , pesant la bourse. C'est pour moi... tu as gardé ta part?

DANIEL. Oui, oui !

BERTHOL. Que diable en as-tu donc fait?

DANIEL. Je l'ai là dans mon sac. Pourquoi ?

BERTHOL. Pour rien... Enfin tu as ta pari. (Daniel, inquiet, change sa besace de côté.) Demain, Daniel, il me faut, dans \ixx quartier retiré d'Amsterdam, une petite maison d'une modeste apparence, et toi pour valet à mes ordres.

DANIEL. Valet!

BERTHOL. Oui, demain, je vais chercher Marie et la conduis chez moi.

DANIEL. Elle a donc consenti ?

BERTHOL. Et en continuant le rôle que j'ai joué près d'elle, avant huit jours j'en saurai faire ma légitime épouse.

DANIEL. Et Jeanne ?

.BERTHOL. Qu'en penses-tu, Daniel?

DANIEL. Ne pourras-tu l'éloigner, la perdre dans le monde ?

BERTiïOL. Je le voulais d'abord... Mais j'ai sagement pensé que Jeanne et Marie se chercheront sans cesse, et que, pour que je puisse épouser Marie sans terreur, il faudrait. . .

DANIEL. Que Jeanne n'eût jamais vécu...

ou que.. .

BERTHOL. Ou qu'elle cessât de vivre...

Mais elle a de la religion.

DANIEL. Tu peux attendre quelques iours encore.

BERTTîOL. Attendre quelques jours , pendant lesquels un hasard peut instruire Jeanne ou Marie ; attendre un jour, quand Marie trompée aujourd'hui peut apprendre demain mon crime et sa naissance... Non, l'heure est venue, Daniel... Après trois mois de luttes, de déceptions... et presque d'agonie, je n'ai qu'un jour pour choisir entre la forlune éclatante ou la pâle misère...

Il reste pensif.

DANIEL. Et que feras-tu?

BERTHOL. Et que ferais-tu, toi, Daniel?

DANIEL. Moi... j'ai si peu d'imagination... .Mais toi, Bèrthol...

BERTHOL. Moi... j'ai bien envie que nous acceptions la misère.

DANIEL. Quand tu as tant fait pour arriver à la fortune!

BERTHOL. oh ! oui, j'ai fait bien des efforts... et je viens de marcher deux jours pour me procurer ceci... {il lui montre une fiole) dont j'ai vu les effets certains, quand autrefois je servais d'Albe l'empoisonneur.

DANIEL. Du poison!...

Un silence.

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