‹ [Magasin théâtralChapitre 1395 sur 1545 · L'ENVOYÉ DE LOUIS XI , MATHIEU LUC · texte numérisé non relu

L'ENVOYÉ DE LOUIS XI , MATHIEU LUC

Eh bien!

MATHIEU LUC , à l'Envoyé.

N'aurez-vous cette fois rien à me dire? l'bnvoyé.

Rien.

Lui présentant un parchemin scellé aux armes du roi.

Lisez.

MATHIEU LUC

Toujours muet! Ne pourriez- vous, beau sire, Rompre pour moi ce nœud et briser cette cire?

L'envoyé reste immobile. Mathieu Luc continue.

La santé du vieux roi ?

l'envoyé, hochant la tête.

Mauvaise! J'ai laissé Notre sire au Plessîs plus froid qu'un trépassé. Du médecin Coictier le savoir s'évertue A conjurer du nord la bise qui le tue. Mais le sang du vieillard par l'âge refroidi Ne ranimera plus ce cadavre engourdi.

Pourtant la volonté vit encor, grande et forte! Et le sceptre est debout dans la main qui le porte.

MATHIEU LUC

De ces instructions, dites, quel est l'objet? l'envoïé paraît hésiter un instant, puis, sur l'insisiance de Mathieu Luc, il se décide à ouvrir le pli royal. — Lisant.

« Mathieu Luc, notre ami, notre féal sujet, » Vous nous avez servi toujours avec le zèle » D'un loyal domestique et d'un agent lidi-le. n Monseigneur Saint-Martin vous bâille ses par-

[dons!

Cest pourquoi cejourd'hui nous vous recom-

[mandons » Qiie vous ayez à faire entière diligence » Pour garantir l'elTct de ma juste vengeance. » Voici que devers vous, en hâte, va venir » Quelqu'un de ma maison envoyé pour punir ; » Quelqu'un que pour intègre à Paris on renomme :

» Le sieur d'Estouteville; ayez l'oeil sur cet homme, » Afin que jusqu'au bout, ainsi que de raison, » Soit par lui recherché le fait de trahison, » Et que du trésorier l'insigne félonie » Suivant nos volontés soit jugée et punie. » De griève justice il s'agit maintenant. » Soyez notre interprète et notre lieutenant, » Et faites au besoin appel à la noblesse » Pour que d'Estouteville agisse sans faiblesse. » Avec mon sceau royal que vous verrez ici, » Je vous donne pouvoir de tout conduire ainsi. » Faites discrètement, observez bien. Peut-être » N'aurez-vous nul besoin d'agir ni de paraître; » Contentez-vous alors d'écouter et de voir, » Et, tout incontinent, faites-moi tout savoir. » Mathieu Luc, dès demain, selon son espérance, » Sera fait riche et noble autant qu'homme de

[France, » S'il nous livre Landais, l'insolent favori. » Autrement, par la croix d'Embrunet de Cléry, » Malheur à Mathieu Luc ! Que Dieu M'ait en 'sa

[garde!

» Car c'est lui maintenant que tout ceci regarde. » Ecrit de notre main au château du Plessis [ six » Lès-Tours, mil quatre cent quatre-vingt-trois, le » Du mois d'août. » Et plus bas : « Xe soleil, roi

[superbe, » Regarde jusqu'au ver qui se glisse sous l'herbe ; » Et les rois, couronnés d'or pur comme les saints, » Font servir l'homme obscur àd'augustcs desseins! » Que même après ma mort cet ordre s'accom-

[plisse !

» Et, s'il m'est dénié, chargez-vous du supplice. » Le devoir, songez-y, parle aussi haut que Dieu ; » Ayez ceci pour dit, et faites vite. Adieu. » MATHIEU LUC prend la lettre des mains de l'Envoyé, et relit le post-scriptum à partir de ces mots :

» Que même après ma mort cet ordre s'accom-

[plisse!

)) Et, s'il m'est dénié, chargez-vous du supplice. » Le devoir, songez-y, parle aussi haut que Dieu! » Ayez ceci pour dit, et faites vite. Adieu. »

Pliant la lettre.

Me voilà donc chargé, Louis ne s'en fait faute, De renilre au nom du roi justice basse et haute!... L'ordre est impératif! et si le roi songeait Que Mathieu Luc n'est pas son lidèle sujet, Mais bien un bon Breton, qui, sans rien craindre

[au monde.

S'est pris un jour pour lui d'une estime profonde; S'il savait à son poids peser mon dévouement. Votre roi, j'en suis sûr, parlerait autrement. N'importe, je le veux obliger, et je compte N'être pour tout ceci créé ni duc ni comte. Veuillez redire au roi Louis, dites-lui bien, Que quand mon bras se donne, il se donne pour rien> Adieu.

L'Envoyé sort.

J'accomplirai cet ordre qu'il m'envoie.

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