‹ [Magasin théâtralChapitre 1398 sur 1545 · LANDAIS, ROBERT D'ESTOUTEVILLE · texte numérisé non relu

LANDAIS, ROBERT D'ESTOUTEVILLE

.ROBERT, de la porte du fond.

Un ami; Robert d'Estouteville, Prévôt de Paris.

LANDAIS

Vous, Robert, en cette ville!

nOBEUT.

Moi-môme... et touchez là!

Regardant autour de lui.

Dites-moi...

LANDAIS

Qu'est-ce?

ROBERT

LANDAIS

ROBERT

Vous le voyez.

Merci.

Pourquoi?

Sommes-nous seuls, bien seuls?

Ici,

ROBERT

Vous êtes sûr que personne n'écoute?...

Que ces murs sont discrets?

LANDAIS

Mais sans doute, sans doute!

Vous êtes défiant.

ROBERT

Oui, c'est ainsi chez nous ; Mais ce n'est pas pour moi que je crains, c'est pour

LANDAIS. [ vous.

Pour moi?

ROBERT

D'abord, voyons celte tapisserie.

Revenant.

Personne !

LANDAIS

Expliquez-vous, Robert, je vous en prie.

ROBERT

Savez-vous bien là-bas ce quiw'est arrivé? Des voleurs m'ont surpris, qui m'ont tout enlevé !

Eh bien!

ROBERT

Votre police est en défaut, mon maître I El ce vol vous regarde autant que moi peut-être...

LANDAIS

Que voulez-vous dire ?

ROBERT

Ah ! c'est que j'étais porteur D'un message du roi, message accusateur, Qui vous compromet, vous!

LANDAIS

Moi!

ROBERT

Du moins je soupçonne.

Que cette trahison touche à votre personne !

LANDAIS

Je ne vous comprends pas.

ROBERT

Certes Paris est plein D'un sale populaire, à tous vices enclin ; Notre grande cité de malfaiteurs fourmille: Pipeurs, ribleurs de nuit, larrons, vaste famille. Race patibulaire, et que vomit le soir La cour miraculeuse, égout fétide et noir! La ville est chaque nuit de ces démons peuplée; Mais jamais leur audace à ce point n'est allée Qu'il faille à nos bourgeois , tromblans d'un tel

[séjour, Une escorte d'archers pourmarchcr en plein jour.

LANDAIS

C'est au prévôt de Nante à venger votre injure. Tout vous sera rendu ce soir, je vous le jure... Mais...

ROBERT

Tout, avez-Yous dit ?

LANDAIS

Robert, soyez certain

MATHIEU LUC

Qu'on punira ce soir le vol de ce matin. Mais cette trahison... dites, que signifie...

ROBERT

Ce secret que tout bas ma crainte vous confie N'est plus le mien....

LANDAIS

Robert, que je sache.. .

ROBERT

Écoutez :

De Louis dès long-temps les regards irrités Suivent les sourds complots que nourrit en silence La cour du duc breton contre la cour deFrancej; François deux, après tout, n'est du roi très-chrétien Que le premier vassal et le premier soutien. Sa place, qu'il oublie, est aux marches du trône; Et pourtant ses édits, scellés en cire jaune, Ainsi que ceux du roi, placardés en tout lieu, Le font duc souverain par la grâce de Dieu'. Déjà, pour châtier d'anciennes insolences. On a fait vers le duc marcher dix mille lances. Mais ce n'est point assez, et maintenant il faut Que la guerre chez vous se réveille en sursaut. N'est-ce pas ? A Senlis, nous l'avions endormie ; Mais de votre vieux duc la noblesse ennemie Lasse d'un tel repos s'agite en ce palais, Et tend samain bretonne à Richard trois, l'Anglais! Digne alliance ! un roi meurtrier et parjure. Dont le règne est là-bas souffert comme une injure. Vous enverrait ici des soldats blasonnés Aux armes d'Angleterre; et vous, déterminés A tenir contre nous, dans votre indifférence. Vous vous feriez Anglais pour combattre la France!

LANDAIS

Quelle preuve avez-vous ?

ROBERT

Ah ! les preuves, tantôt Je les avais encor : C'est un hardi complot Que le vôtre! Pourtant, il eût fallu, messire, Ne point le raconter, surtout ne point l'écrire.

LANDAIS

Ne point l'écrire?

ROBERT

Non; vous ne comprenez pas!...

Parmi tous ces papiers, qu'on m'a pris à deux pas De chez vous, se trouvaient, je ne puis vous le taire, Quelques lettres du duc au Néron d'Angleterre...

* Aceslettres parfois, Richard a répondu ; * *Mais un jour son courrier en chemin s'est perdu. 'Louis onze, en Artois, apprit ce jour-là même

* Vos desseins criminels contre son diadème. *Furieux, ilmefit venir, etse signant

* Comme un soldat blessé qui prie en s'indignant :

* « D'Estouteville, il faut, me dit-il, et sur l'heure, ' M'aller quérir le duc François en sa demeure ;

* Me l'amener àTours!... Mais plus calme il reprit : *Nonpas, d'Estoutevillc, au nomduSaint-Esprit, *Nefaites pas cela; car, par ma Notre-Dame, *C'est autre chose ici que de vous je réclame! *N'allez donc pas à Nante encore... mais tâchez 'De suivre le complot dans ses ressorts cachés.

* Les vers précédés d'un astérisque sont supprimés à la représentation.

* Saisissez chaque lettre; arrangez tout de sorte

* Que leur courrier lui-même ici vous les apporte;

* Payez, donnez de l'or. Il ne faut épargner *Rien pour connaître tout: intriguer, c'estrégner.»

* J'ai suivi ces conseils, et grâce à ma prudence, "On sait avec l'Anglais votre correspondance.

* Vingt lettres par mes soins surprises à vos gens , *Nous ont dit vos complots. Des clercs intelligens,

* Dociles imagiers, ouvriers en peinture,

* Ont de chaque dépêche imité l'écriture ; 'Si bien que votre duc, à ce piège déçu, *N'a véritablement rien écrit, rien reçu,

*Et que le roi Louis, qui tous deux vous épie,

* N'a du pacte félon livré que la copie.

LANDAIS

Eh bien?

Eh bien ! tantôt ici je me rendais Pour demander au duc la tête de Landais...

LANDAIS

Ma tête...

ROBERT

Car le roi Louis vous sait capable D'avoir ourdi vous seul cette intrigue coupable. Et le duc assez faible, assez las du pouvoir Pour avoir tout permis, tout signé sans rien voir.

LANDAIS

Vous veniez m'arrêter, vous, Robert ?

ROBERT

Oui, moi-même.

Mais, Landais, ne crains pas un vieil ami qui t'aime. Je n'ai pas oublié qu'en des jours désastreux, Quand les partis jaloux se déchiraient entre eux. Et que, du Rien Public les querelles armées Faisaient tinterpartout nos cloches alarmées; Tandis que tout hurlait à travers la cité, Je me souviens, Landais, que toi seul m'es resté. Et qu'alors de mon fils demeuré sans défense, A tes soins assidus j'ai confié l'enfance... Je n'ai rien oublié, non ; et quand mon effroi Eut reconnu ton nom dans les ordres du roi ; Lorsque de son courroux la tempête grondante S'amoncela de loin sur ta tête imprudente ; Afin que, sans l'atteindre, elle pût éclater, Je réclamai le droit de venir t'arrêter... Un autre fût venu ; je m'offris à sa place ; Et c'est Tristan l'Hermite enfin que je remplace. En secret, du péril je venais l'avertir. Et je t'aurais laissé cette nuit pour partir.

Landais lui serre la main.

Grâce aux hardis voleurs dont Nante est si fertile. Ma générosité te devient inutile ; Les preuves du complot ne sont plus en mes mains, Et ta honte est restée aux buissons des chemins.

LANDAIS, troublé.

Mon Dieu! pas un moment à perdre alors!

11 fait quelques pas pour sortir.

ROBERT, l'arrêtant.

Sans doute Il faut faire chercher ces papiers; mais écoute : Porteur de ce message, entré chez toi, sans bruit, Je t'aurais, pour partir, laissé toute la nuit :

Mais autant, inconnu de tous en cette ville, Il eût à ton ami Robert d'Estoutevillc Coûté de te livrer, autant, si quelque voix Portait mon nom terrible au chevet de François, Il serait dangereux, entends-tu, pour moi-même, D'entraver de Louis la justice suprême; Et je ne pourrais plus te laisser ce moment Sans partager ton crime avec ton châtiment. LANDAIS, se troublant de plus en plus.

Que ne repartez-vous pour Paris!...

ROBERT

Je suis père, Et de ma mission sais-tu ce que j'espère? Le bonheur d'embrasser mon fils !

LANDAIS

Quoi! vous voulez...

ROBERT

Oui; qu'a cela d'étrange?... Est-il ici? parlez! Que je le voie!... Hélas! depuis quatorze années, Au service du roi mes heures enchaînées. Dans ce châtelct sombre, où tristement je vis, M'ont toujours enfermé loin de lui, de mon fils, De mon noble Brommel, l'héritier de ma race!... Fais-le-moi voir, bon Pierre! oh! fais que je l'em-

[ brasse !

Dame Ambroise de Lore, à Paris, maintenant. Des élans de mon cœur, témoin froid et gênant. Ne viendra pas ici, belle-mère jalouse.

Aux droits sacrés du fils heurter ceux de l'épouse. Parle donc! et dis-moi s'il est beau cavalier. S'il peut aux plus grands noms dignement s'al-

[lier, S'il est brave, et soumis, et généreux!... Enivre Ce cœur long-temps fermé qui recommence à vivre, Et de tous mes chagrins, d'un seul mot triom-

[ phant, Fais plus encor, Landais : montre~moi mon en-

[fant.

LA.\DAis , après une pause pendant laquelle il a

regardé attentivement Robert.

Votre fils... vous l'aimez? ..

ROBERT

Si je l'aime!...

LANDAIS

Et, sans doute, Ses jours vous sont plus chers que les vôtres...

ROBERT

J'écoute Et je ne puis comprendre...

Et d'un pouvoir d'airain, fîelui du roi Louis, votre dur suzerain, Vous iriez, n'est-ce pas, affronter la colère, Plutôt que d'exposer une tête si chère?...

ROBERT

Que signifie... achève ! Où tendent ces discours ?

LANDAIS

C'est qu'en venant à moi, c'est à lui que tu cours !

ROBERT

A lui, dis-tu ?

LANDAIS

Robert, je l'ai lai.ssé tout dire; [dire, Et, quoiqu'un tel message eût droit de m'intcr-

Je me suis tu! d'un mot je pouvais l'arrêter... Mais à toi maintenant, à toi de m'écoutér t Brommel, ton fils...

ROBERT

Eh bien !

LANDAIS

Ton fils est mon complice 1

ROBERT

Brommel !

LANDAIS

Que maintenant, réclamant mon supplice, Ton roi dresse pour moi ses échafauds hideux ; Au lieu d'un seul coupable on t'en livrera deux.

ROBERT, baissant la voix avec terreur.

Silence! As-lu dit vrai?

LANDAIS

Tu le vois bien, je tremble !

ROBERT

Quoi ! ce fatal complot vous réunit ensemble ?

LANDAIS

Oui, j'avais là de quoi te faire repentir D'être venu, Robert...

ROBERT

Oh ! je vais repartir !

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