SCÈNE IX
GAIRARD, seul.
Je l'attendais, cet homme, et je frémis au mo meut de le voir 1 Est-ce la honte du passé ou plu-
tôt n'est-ce pas la haine qui fait bouillonner mon sang? La haine dans ce qu'elle a de plus ardent, la haine qui déborde et que je crains de ne plus contenir ! Est-il donc vrai qu'une prenaière faute ait toujours des conséquences fatales? J'espérais échapper à mes souvenirs... cette femme! j'ai cru pouvoir l'oublier... Long-temps j'ai appliqué à ce dessein toutes les forces de mon àme... mais la pensée que peut-être elle aimait cet homme a réveillé toute ma passion irritée encore par la jalousie... Depuis six mois je n'ai pu la voir... il la dérobe à tous les yeux... elle pouvait m'écrire au moins... mais rien! rien! Forcé de ménager ma considération et son honneur... j'ai fait de secrets voyages pour me rapprocher d'elle. Quatre fois pendant la nuit, comme un malfaiteur... j'ai rôdé autour de sa demeure, et toujours l'aube du jour m'a surpris fatigué de tentatives inutiles. Comment parvenir jusqu'à elle? Oh! maudite soit cette dignité qui m'enchaine à l'apparence des vertus, quand la pensée du crime me ronge au dedans!... Que de barrières entre nous deux! mais si elle m'aimait! si elle m'aimait encore !... en une heure, en un instant, je les aurais brisées sous mes pieds! Maisce soir enfin, ce soir je connaîtrai monsort... je savais queBurdéus devait se rendre à Dijon; un messager, choisi par Esbaldi, porte à Séraphine une lettre où je lui peins mes tourmens, mes transports, mon désespoir. Sa réponse me décidera... la revoir ou mourir!... Qui Tient là ?
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