SCÈNE X
ESBALDI, GAIRARD.
GA.IRARD.
Esbaldi !
ESBALDI.
Vous êtes seul ?
GAIRARD.
Ferme cette porte. Qu'as-tu fait de ma lettre ?
ESBALDI.
Je l'ai remise à un homme sûr et qui ne connaît que moi. Je lui ai dit, pour plvis de précautions, que je la tenais d'un de ces jeunes Fous dont la ville est remplie.
GAIRARD.
Y a-t-il long-temps ?
ESBALDI.
Deux heures environ.
GAIRARD.
Pourquoi donc avoir tant tardé?
ESBALDI.
C'est qu'en passant devant l'église des Augu8tins, j'y suis entré : et là, j'ai fait une prière, une prière ardente, mon maître, pour le succès de vos démarches.
GlIIURD.
GoBuneatt ,
ESBALDI.
Vous aimez la belle Portugaise.
GAIRARD.
Qui te l'a dit?
Je l'ai deviné.
Silence !
ESBALDI.
GAIRARD.
ESBALDI.
Ne craignez rien... vous m'avez recueilli dan» ma misère, et je vous suis dévoué de corps et d'âme, aussi vrai que je suis Italien et que j'ai juré haine et vengeance à Burdéus.
GAIRARD.
Je l'ai remarqué en effet; mais pour quelle raison?
ESBALDI.
C'est une histoire bien triste!... qui n'aurait point d'intérêt pour vous.
GAIRARD, vivement.
Tu le hais ! parle.
ESBALDI.
Il m'a ruiné, réduit au désespoir!... J'ai demandé grâce à cet homme impitoyable...^
GAIRARD.
Eh bien?
ESBALDI.
Il refusa même de me voir. Je ne pus parvenir jusqu'à lui. Armé de vos lois, il me dépouilla de tout ce que je possédais. Il me fit chasser de ma demeure, et, malgré mes serraens, je ne me suis pas encore vengé !
GAIRARD.
Qu'est-ce donc qui t'a retenu î
ESBALDI.
Vous.
GAIRARD.
Moi!
, ESBALDI.
Oui, vous mon bienfaiteur et qui traitiez cet homme en ami. Mais vous le haïssez aussi : vous l'attaquez dans son honneur ! Merci, maître; je vous servirai bien s'il le faut.
GAIRARD.
Voici donc un homme devant qui je puis parler à cœur ouvert! car ton ennemi, c'est le mien. Mais depuis six mois ma haine est restée secrète... et la tienne ?
ESBALDI.
Secrète aussi... depuis six ans.
GAIRARD.
Ta main.
ESBALDI.
Elle est à vous.
On entend frapper à la porte.
On frappe,., c'est lui! silence!
Esbildi va ouvrir*
LA FÊTE DES FOUS
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