‹ [Magasin théâtralChapitre 1510 sur 1545 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

BURDÉUS, GÂIRA.RD.

BURDÉDS.

Monsieur le conseiller, j'ai à me plaindre de vous. Vous avez étrangenaent méconnu vos devoirs de tuteur.

GAIRARD, troublé.

Que voulez-vous dire ?

BURDÉDS.

N'est-ce pas une honte que j'aieappris hier, pour la première fois, l'existence d'un domaine que possédait don Fernando Tellez sur les côtes du Portugal ? Voilà un héritage qui a failli m'échapper par le peu de soins que vous avez mis à vous en enquérir : et savez- vous ce qui est arrivé? C'est qu'un aventurier s'en est emparé. Gomment le réclamer? je ne sais, et je remets cette afifaire entre vos mains, car c'est à vous de réparer le tort que m'a causé votre négligence, ou de m'en dédommager.

GAIRARD, 5e remettant.

Voilà donc le sujet de cette brusque colère?... mais en parlant ainsi, monsieur le marquis, vous oubliez que vous êtes chez moi.

BURDÉUS.

J'y suis au nom de ma femme, votre pupille, et j'y puis parler haut pour soutenir ses droits.

GAIRARD.

Quoi! Séraphine!...

BURDÉUS.

Séraphine demande justice. Nous l'obtiendrons par vous ou contre vous. Je vous ai apporté des contrats en langue étrangère, des titres généalogiques, toutes pièces auxquelles je n'entends rien et que Séraphine a mises en ordre... Ouvrezles, je vous prie, et ayez la bonté de m'en donner un reçu.

Sur le champ. ( Il se met à la table et brise le

$ceau qui fermait le paquet; à part. ) Une le'ttre

d'elle!

Il U prend et la cache.

BURDÉUS.

Que dites-vous ?

GAIRARD.

Rien. {Il commence à écrire.) Que me veutelle?

BURDÉUS.

Vous voudrez bien ensuite examiner ces titres et me donner votre avis promptement, avant que je quitte la France.

GAIRARD, qui écrivait, s'interrompt.

Quoi !

BURDÉUS.

Je pars dans quelques jours.

GAIRARD.

Et Séraphine?...

U se lève.

BURDÉUS.

Je l'emmène à Lisbonne. Ne faut-il pas que je prenne possession de l'héritage de son père? ,

Risquer sa santé, sa vie peut-être dans un voyage lointain !

BURDÉUS.

Sa santé? l'air natal lui devient nécessaire, et les environs de votre ville ne lui conviennent pas.

GAIRARD.

Que voulez-vous dire ?

BURDÉUS.

Ou la belle Séraphine est sérieusement malade, ou elle est en proie à quelque chagrin secret qui date des premiers jours de mon mariage.

GAIRilRD.

Vous pourriez croire?...

BURDÉUS.

Tenez, monsieur le conseiller, je ne sais, quand elle vous fut confiée, si votre vigilance a bien été celle d'un père; mais je soupçonne, et si mes soupçons se réalisaient, c'est à vous d'abord que je demanderais un compte sévère et que je ferais remonter lescandale;jesoupçonne quelque amour caché dans les replis de celte âme dissimulée... GAIRARD, à part, avec un mouvement de joie.

Ah ! {Haut.) D'où vient cette supposition ?

BURDÉUS.

Quelqu'un a cherché à la voir. On a trouvé des traces, des pas ^ur le sable autour de ma demeure : on a distingué, le soir, une forme humaine devant la petite porte de mon parc... d'autres indices encore... Malheur à celui qui tenterait de m'outrager ! Avant mon départ il pourrait expier son audace.

GAIRARD, avec entraînement.

Ah ! vous croiseriez le fer contre lui?

BURDÉUS.

Moi ! allons donc ! l'épée d'un ancien marchand ! ce serait ridicule. L'épée d'un vieillard! ce serait inutile! J'ai préparé un châtiment plu« sûr. Si ce

téméraire inconnu croyait profiter de mon absence, mon fidèle Anselme est là, bien armé, je vous jure, gardant l'abord de mon château, et le premier qui tente de s'y introduire par surprise... gàIrahd.

Eh bien?

Mort!

Mort !

BURDÉOS.

GAIRARD.

BCRDEU6.

Oui, tué sans pitié comme un brigand de nuit, et vous viendrez, messieurs du parlement, dresser chez moi procès-verbal, et vos lois m'absoudront sans que j'aie sottement exposé ma vie

GAIRARD.

Et Séraphine?

BURDÉUS.

' En attendant une autre vengeance, elle me suivrait.

GAIRARD, à part.

Jamais !

BCRDÉOS.

Eh bien, monsieur le conseiller, le reçu que je vous ai demandé?

GAIRARD, se remettant à la table.

Le voici 1

Il le lui donne.

BURDÉns, le lisant.

C'est cela, l'écriture renversée. Du premier coup d'oeil je reconnaîtrais la vôtre entre mille. {Il le serre dans son portefeuille.) J'ai été brusque, emporté avec vous; il faut ra'^xcuser. Des craintes m'agitent... des pressentimens peut-être!... J'ai quelques avis à envoyer à divers négocians de cette ville, et je voudrais écrire sans être dérangé.

GAIRARD.

Veuillez passer dans votre appartement.

Burdéus entre à droite.

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