SCÈNE PREMIÈRE
GÀTRARD, ESBALDI.
GairarJ arrive par la portfi de gauche. Esbaldi par rinlérieur de l'église. Ils se rencontrent.
GAIRARD.
Personne ne t'a remarqué?
ESBALDI.
.Te suis entré par la grande porte de l'église avec des fidèles attirés ici par le nouveau prédicateur.
GAIRARD.
Et moi j'ai pris par celte rue déto-urnée. On ne soupçonnera pas que nous nous trouvions ensemble. Cette salle <iiii sépare l'église du couvent des Augustins est déserte...
ESBAI.DI.
Mais elle peut se rorijtlir de monde; c'est aujourd'hui la veille de la fête des Fous, et il est d'usage que l'église la consacre par une cérémonie.
GAIRARD.
Dans quelques heures tu seras loin d'ici.
ESBALDI.
Vous voulez donc que je parte?
GAIRARD.
Il le faut. Un mois déjà s'est écoulé depuis cette nuit fatale, et maiiitenant tu peux disparaître sans éveiller aucun soupçon. Tu nous perdrais, malheureux 1... Pourquoi cette agitation fiévreuse, ces tressaillemens, ces soupirs...
ESBALDI.
Puis-je commander à mes remords?
GAIRARD.
N'en ai-je ])as aussi? et cependant je suis maître de moi. Tu avais tant d'énergie, tant d'audace ! Qui donc a réveillé tes superstitions italiennes?
ESBALDI.
Ce prodige qui me glace encore de terreur!
GAIRARD.
Un prodige!
ESBALDI.
Ici, le soir des funérailles, quand j'ai osé m'apprrxhcr du rorps, j'.'ii vu le sang jaillir de la i)ir5<!urc; je crois toujours le voir.
GAIHAHD.
Tu ii;ii£ !r;iliir;iis, te dip-je! Ne s.iis-t;: r,;is
combien toute la ville est encore émue de ce meurtre qu'environne tant de mystère? ne sais-tu pas tout ce qu'il m'a fallu d'adresse et de ruse pour faire naître ou détruire les soupçons, pour fatiguer la justice en vaines poursuites? 3Ioi! chargé de cette enquête! chargé d'interroger des innocens! mais je les ai sauvés, oui, j'ai soustrait à la torture des malheureux dont le peuple abusé demandait le supplice, car j'aurais en horreur d'acheter ainsi mon impunité... mais ce rôle était au-dessus de mes forces, je l'ai cédé à un autre. Séraphine ! Séraphine! toi qui as conduit ma main homicide, craindras-tu de rac revoir encore quand ce complice aura disparu?
ESBALDI.
}e vous obéirai.
GAIRARD.
J'ai voulu veiller moi-même à tous les apprêts de ton départ. Dans deux heures, quand il fera nuit, un cheval sellé t'attendra à la porte du nord qui est tout près de cette église. Un contrebandier, que j'ai sauvé de la prison, et qui te croit compromis dans le même trafic, favorisera la rapidité de ta fuite. Voici une bourse bien remplie, prends-la, et retourne dans ta patrie.
ESBALDI.
Dans deux heures, dites-vous?
GAIRARD.
Dans deux heures... je reviendrai te chercher ici. Quelqu'un s'approche ! il ne faut pas qu'on nous voie ensemble.
Il sort par la porte de gauche.
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