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SCÈNE IV

GUILLAUME, BERTHOL.

GRILLAUME, à part. Oui... je dois éviter de prolonger son espoir... [Apercevant Berthol.) Ah! c'est vous, maître Berthol... Approchez. . .

BERTHOL. Pardonnez, mon prince au

trouble qui m'agite.

GUILLAUME. Appiochez... ct ditcs mol , vous êtes l'époux de Jeanne?...

BERTHOL. Oui, mon prince !. ..

GUILLAUME. Et VOUS êtes venu sans elle?

BERTHOL. Je l'ai précédée, monseigneur.

GUILLAUME. Donc... elle va venir?

BERTHOL. Bientôt, mon piince : mais j'ai voulu être le premier à m'approcher de vous, afin qu'aucune arrière-pensée ne puisse vous venir au cœur quand vous embrasserez votre fille.

GUILLAUME. Je ne vous comprends pas.

BERTHOL. Je vais m'expliquer, mon prince , si l'émotion qui m'oppresse me laisse un instant de trêve ctde lucidité.

GUILLAUME, s'fl«set/an^ Remettez-vous...

ct parlez...

BERTHOL. Après plus d'une année d'affection et d'amour, j'étais devenu l'époux de Jeanne ; j'avais mis dans notre vie modeste mes joies et toutes mes espérances, quand

LES ORPHELINES D'ANVERS

le destin, irrité de mon trop grand bonheur me frappa de son tonnerre, en m'apprenant qu'un sang noble animait celle que mon cœur ignorant avait prise pour compagne.... Alors je résolus de disparaître, à jamais après avoir poussé Jeanne, seule, étonnée, sur le chemin sablé d'or qui se dessinait devant elle... Mais au moment de quitter la compagne qui était plus que mon sang, plus que ma vie, mon cœur s'est arrêté dans ma poitrine, et j'ai osé espérer dans ma douleur que peutêtre le comte Guillaume, que le prince chéri du peuple flamand, ne repousserait pas à jamais l'homme du peuple que le ciel a désigné pour l'époux de sa fdle... Mais, mon prince, n'en accusez que mon désespoir, car maintenant que je suis près de vous, je sens que je dois vous rendre votre fille belle de toute sa jeunesse efde sa liberté. . . et je viens, dussé-je en mourir, entendre de vous ma sentence, sans plainte et sans murmure.

Il tombe à geuoux.

GUILLAUME, à paî^f. Cet homme est généreux!

BERTHOL, à part. Il est ému ! .. .

GUILLAUME, allant relever Berthol. Ne vous désolez plus, pauvre Berthol; vous ne serez pas séparé de Jeanne.

BERTHOL, se levant. Quoi, mon prince !... tant de bonté.

GUILLAUME. Le prince vous dira de vous éloigner de ce pays avec elle.

BERTHOL, surpris. Avec Jeanne !

GUILLAUME. Et VOUS apprendrez bientôt la cause de cet éloignement auquel je vous condamne; mais vous ne serez point séparé de cette compagne, qui est plus que votre sang, plus que votre âme... Et maintenant éloignez-vous, Berthol , je suis impatient, moi, d'embrasser ma fille bien aimée, qui, depuis hier, règne dans ce palais.

BERTHOL. Votre fille?...

GUILLAUME. Oui, ma fille Marie.

BERTHOL. Jeanne, monseigneur...

GUILLAUME. Non, noH, Marie!

BERTHOL. Mais je pourrais prouver à votre altesse que Jeanne...

GUILLAUME. Jeanne , votre épouse, n'est pas ma fille... soyez donc heureusement détrompé... Elle va venir, m'avez- vous dit... allez donc l'attendre... allez...

Guillaume va s'asseoir.

BERTHOL, à part. Marie!... Ces deux Jeanne, Marie, se confondent et se suijcent comme deux ombres... il faut qu'il y ait magie...

GUILLAUME, voyant Berthol immobile.

Allez. .. et restez au palais, tout vous sera fidèlement expliqué avant votre départ.... Allez...

BERTHOL, s'incline et dit à part. Ma foi!

je joue depuis si longtemps contre le diable, que je veux aller jusqu'au bout, pour savoir enfin, qui du diable... ou de moi, remportera la victoire.

Il s'incline de nouveau et sort par le fond à droite.

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