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SCENE V

Les Mêmes, ÉLISA.

ÊLiSA, qui esi rentrée en petite robe de toile et en tablier, et qui a entendu les derniers mots. De personne! ah! c'est mal

ce que vous venez de dire, monsieur René, c'est bien mal.

RENÉ. Pardon, pardon, mademoiselle ; je suis si malheureux.

ÉMSA. Oui, en effet, le sort a été bien ciiiel pour vous deux ; aussi , quand tu me demandais cette nuit, frère, pourquoi je prenais si peu de part aux plaisirs de la fête,

c'est (pui je songeais au lendemain à ton

départ; c'est que je me disais combien j'éprouvais de douleur à être séparée... démon iVère !

MICHEL, souriant. Mon départ! ton frère l rt pns auire chose, n'est-ce pas? C'est juste, tu ne peux pas témoigner tout haut, ma petite sœur, que les chagrins ne sont pas pour moi seul , que tu souffres à l'avance d'un autre départ que le mien... et que ton frère n'e.st pas le seul ami dont tu vas être séparée.

ÉLISA. Michel !

RENÉ. Que dis-tu ?

MICHEL. Oh! je devine bien des choses dont on ne me parle pas, et qu'on voudrait se cacher à soi-même... Oui , j'ai lu dans votre cœur à tous les deux , et quelquefois je me suis dit...

ÉLISA et RENÉ. Eh bien ?

MICHEL, c'était un rêve !... il ne faut plus y penser, mes pauvres amis : la loi et la patrie sont plus fortes que nous tous, et... et je vais à 1 état-major m'informer des intentions du gouvernement à notre égard.. . et puis, en avant, le sac sur le dos, le fusil sur l'épaule, nous lâchenms de partir le moins tristement po.ssible.

Fredonnant.

Il ne faut pas vous étonner Que l'argent ilu prêt z'est mangé ; Nos caporaux vont boire de la bière.

Et loi, pauvre solJat, va boire à la riv^rc.

// sort.

M.\(.ASI> l lîl'A'Il'.Ai..

SCKNK M.

r.KMl î;lisa.

i:\AS.\, (I inii t. () mon Diuii!... ce (ju'il \ii>nt (le (lire... ei <!c\iiiit lui — iiiaintcnnnt, je n'osciiii plus le i egiird» r.

RÉNÈ. Msi-il bien vrai , madeu)oiselle. . . à ce bal... vous n'éMc/, pas heureuse, et parmi toutes les pensées de tristesse (jue vous faisait éprouver le prochain départ de voire frère, il y e:î avait une pour moi, pour votre r.mi d'enf;iuce.. .. Oh! ne refusez pas de me le (lire, de m'accorder celte consolation, ce bonhtur. .. le seul (pii me reste au monde... Si vous saviez, mademoiselle, toui ce (pie j'ai hoiiffert celle nuit, moi!

ÉLISA. Cette nuit!

RÉ^É. Tout ce que je souflre depuis c[u'il ( st (jneslion de cette fêle cliez le banquier l)es\arennes.-.. et combien je le hais, lui, cet honure iiu' je ne connais pas, et qui r^e m'a pas fait de mal, pouiUint; si vous saviez com- ! ien j'ai maudit le jour où pour la prcmièie lois il est venu dans la demeur.- de vo'rc père.

Kf.iSA. Ah! ne dites pas ceia, mon.siemlléné .. ce jour nous devons le bénir, caimonsieur Uesvarenues venait olfrir à muu |)cre un emploi qui devait nous faire vivre. • RÉ^'É. Oui , mais est-ce donc par bonté <l'àme qu'il lui a donné cette place de commis dans sfs bureaux?... Kst-ce par bonté (pi'il vous a invitée à sa soirée, vous et votre pauvre ■:" lamiile... !\on, c'est... eh bien! eh l)ien,oui! c'est pji.:e ([u'il vous aime, mademoiselle..

lii.iSA. Il m'.iime!

lif:Nfi. Oh! cttie aiïreu.se pensée, elle est là depuis hier ;i;i soir surtout; elle me poursuit, elle m'oppres.se, et c'est elle qui cette nuit ma eiiiiaiiié loin d'ici justiue devant le> portes du brillant h(')lel où l'on donnait ((• bal.

Él.lsA. ()iie dites \()us?... conumnl, vous étiez. ..

RtiN'É. Sous les fenêtres du salon de monsieur Uesvarennes.

SCENK \ll.

I rs Ml Mrs, IIO.SSKJ.NOL, qat rcfHiiaU à Iti pi>i le de (Iroilr.

lu ).s.si(. N( u,.- r/c ;/(€»/(('. lÀ ni(»i aus^i, j'y él;'is!

RtM;. Kl là, jii;;ez (If mes lourmenis, je vous ai \ue entourée d'adorati'urs, objet des ie-.sidiiités, des h'iinuia^cs de (lianin, mais

I lus (pu; tous les autres, deux de ces messieurs se .sont attachés à vos pas, vous invitant sans ce.sse, et comme s'il y eût euentie eux un déli, une sorte de gageure, de sr dis puler votre alteuliou... le premier, cétail lui... I(; maitre de la maison, le millionnaire De.svarennes; l'autre... je l'ai bien reconnu... monsieur Lionel.

é:lisa, (t pari. Il esi vrai, je me rappelle.

RENÉ. Oui, cet élégant, ce jeune homme à la mode qui a connu monsieur Maurice dans je ne sais quels salons où vous étiez invités dOp il y a six mois, et depuis ce temps, il a cherché toutes les occasions de vous revoir... VA celui-là aussi, celui-là... vous le dirai-je? je le hais malgré moi... er maintenant... demandez-moi pourquoi j'ai soulfert celte nuit... ma tète était brùlanie, mon cœur battait avec violence... j'étai.s... j'étais fou '... j'étais jaloux !

ÉLI.SA. Jaloux !

RENÉ. Et la pensée que bientôt, demain peut-èire, il faudrait vous dire un éU'rnel adieu, ajoutait encore à ces inexpriujables soull'rances. . . c'est alors que j'ai pensé m'évaru)uir, et (pi'un pauvre diable (pii se Irou- \ait par là a |)ris pillé de moi, et ma ramené lians c<>t e U)ais:)u.

Iri on '-(iniif au l'utul .lu tiiéàirc. l'.lisa vii oinrir; entre t^n sr('tie Lionpl, i]Mi s.iliie tout !e monde avec iinp cvtrèrtie {ioli;es<;H, Ro-;sigiioi di'^parait di' nouveau Maurire rentre à gauche.

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