‹ [Magasin théâtralChapitre 170 sur 1545 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

MALIUCK, ÉLISA, IIÉNÉ, LIONEL.

liÉiNÉ, Ijas à Eiha , regardant Lv !.

("/eslltù ! monsieur Lionel.

ÉI.ISA, à part. Kn elfel, quel motif,.

1,10NEI,. Monsieur iMaïuice. .. mademoiselle... pardon de la liberté que j'ai uov* prendre, sans avoir auiani (pu' jç ' voudrais l'avantage d'élie coniui de vous; mais ilesi |)(iur moi de la plus haute luipor lance d'oblenir de vous, de toute votre f"» nulle un instant d'enlreiien.

.MAI uici; . iMonsieiir, je vous écoule!

i,iOiNi:r., à liéné <jui [ail un jHis pour s'e loifjner. Oh! je puis parler devant vous, monsieur; voirs êtes, je suppose, le frère de madeuloi^l>lle.

K/^^ï•. Sou frère!

MAIjRK;i., souriant. Oui, oui, c'est .son hère, il \<mis pniivrz pariri dexaul nous trois !

Sur un ff'<\r de Maurirr, les <(ualri' per^ )|>'s s'a'*-

^pveni dans rnnlri- suivant en cnninienrant par la aaïK-lir, Hciié, l.iiMi.l, M.iurir.', Kli-a.

(;,00() lUAiNCS I)l-: HFCOMPKNSH.

MOMî!.. Kli bien, monsieur Maurice, je sais qui vous êtes, moi, je sais que j'ai affaire il un homme loyal et honorable, estimé de ions ceux (|ui le connaissent; mais de votre côté, quoi(|ue vous m'ayez rencontré plusieurs t'ois chez des personnes qui vous accordent leur conliance, vous ignorez qui je Miis... je vais vous k- dire, ,1e me nomme Lionel, je n'ai pas de famille; j'ai vint^t-six ails; on a |)u me reprocher quelques folies, (pielques torts envers moi-même, mais pas un seul envers les autres; il me reste plus de fortune encore qu'il n'eu faut pour être heutciix, s'il est vrai que le bonheur soit jamais lait pour moi sur cette lerre. .. franchement, j'en ai toujours douté

Mx^URlCii.Jenepuiscompîendre, monsieur.

LiOMiL. J'arrive au fait; hier- encore, j'étais l(^ |)lus iiiste, le plus misérable, le plus désillusionné de tous les hommes... hier avant ce bal. .

ÉUSA, à elle-même, (le bal.

RÉi\É, à fmrt. Oh ! je iremble!

LIONEL Oui, messieurs, oui, mademoiseii^\.. j'étais allé à la fête donnée par lexécrable usurier Desvarenues... Pardon, vous êieSd'epuis quinze jours, je crois, son employé, et j)our vous, il doit être respectable, mais pour moi ijui ai fait des affaires avec lui, c'est dilféreut... lîref, j'étais allé à son bal, pour avoir \\n(t fois encore sous les yeux un des tableaux les plus vivants des folies de l'espèce "lumiaine. ,1e me disais que celte suifée ne ferait (pie m'aiïennirdans ma haine cM' rues sen)blables, mou mépris de tous les plaisirs de ce monde; mais depuis celte soi - :ée, au contraire, mes idées ne sont plus les «iièmes... c'est que... je V4,us ai revue, mademoiselle, vous qui m'étiez ap|)arue si raieinentdepuissix mois, et dont le s(Ui venir pourtant ne m'avait pas quitté... je vous ai revue, et un instant, j'ai pu croire au bonheur !...

ÉLISA, se levant. Monsieur!

'UiucL. Que dites-vous?

. JNEL, se levant aussi. Ce langage vous pouvez l'entendre, mademoiselle, puisque /est devant votre père que je vous l'adresse. K'iliu, monsieur Maurice, je viens vous supplier de me recevoir dans votre famille... je viens, mademoiselle, vous demander de uje faire l'honneur de m'accepter pour époux.

ÉLlSA, à part. Grand Dieu !

RENÉ, à part. Lui, son époux!

MAURICE. Dans ma famille !

LIONEL. Je sais (oui ce que celte ollre a de brusque et d'étrange, mais, je vous le jure, cet ennui, ce spleen, et toute cette bizarrerie de earaclère (pu' j'ai dû vous exposer avec franchise chau<^eraient à jamais de l'instant iiù j'aurais l'aNeu de l'un el île l'autre... il y ;i chez m li, si vous ne la brisez pas par un

refus, une rénolulion profonde el invincible; je me suis toujours dit que, le mariage élani ce qu'il y a de plus hasardeux au monde , il fallait s'y décider sur une pre.nière impression et à première vue .. Lh bien, cette première vue a décidé de toute ma vie. Vniis seule, mademoiselle, pouvez encore me la faire chérir... le voudrez-vous ?... et vous me sauveriez de moi-même, et à tout l'amour ([ue vous m'avez inspiré se joindrait uiieéternelle reconnaissance; le voudrez-vous? et tous mes soins, tous mes eiïorts seraient consacrés à vous rendre heureuse.

MAURICE. Monsieur, vous me pardonnerez... la surprise... j'étais si loin de m'atlendre. .. votre démarche est sans doute fort honorable pour ma famille...

ÉLiSA. Mon père...

LIONEL. Oh ! n'achevez pas, mademoiselle, n'achevez pis, car je crains trop de bien interpréter votre frayeur, et vous, monsieur, ne me répondez |)as encore, non, un iefus en face me serait trop cruel à entendre... je me suis adres.sé à la famille réunie... qu'elle se consulte avant de me dire une parole qui va détruire peut-être mes plus chères espérances, mes dernières illusions... Réfléchissez... et d'abord, prenez sur moi, je vous en prie, toutes les informations qui vous paraîtraient convenables... {Remettant une carte.) Quand vous aurez pris une résolution, c'est là que vous me ferez parvenir votre réponse... Adieu monsieur... mademoiselle. [A René.) Vous, son frère, parlez pour moi... plaidez ma cause... Adieu!... l'ourquoi n'osé-je pas dire : Au revoir !

Il sort.

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