‹ [Magasin théâtralChapitre 179 sur 1545 · LIONEL, D'ARCY · texte numérisé non relu

LIONEL, D'ARCY

d'arcy. Je devine qu'il s'agit de celte jeune fille dont tu m'as parlé avec de si pompeux éloges.

LIONEL. Précisément; son père m '" "énond qu'il est honoré de ma recherche, mais c[u'avant de me voir il avait disposé de la main de sa fille. [Parcourant encore la lettre avec acjitation.) Elle aussi, elle est d'accord avec son père , elle me refuse parce qu'elle en aime un autre, un autre, son égal, pauvre comme elle , mais dont l'amour lui paraît

préférable à toutes les richesses Elle a

raison, n'est-ce pas ? mille fois raison.

d'arcy. Je ne dis pas cela mais pour

toi, Lionel, c'était, h mon avis, un acte de démence insigne, d'aller demander en mariage quelqu'un que tu connaissais si peu , et c'en serait un bien plus grand encore de t'aflliger, de te désespérer, parce que...

LIONEL, affectant de rire. C'est juste, je suis un fou, un extravagant... je me demande comment j'avais pu supposer un instant qu'il put m'arriver quelque chose d'heureux.... à moi , moi qui en suis si peu digne , moi qui ai perdu si misérablement les plus belles années de ma vie c'eût été sacrifier cette

jeune fille que d'enchaîner son existence à la mienne , et son père a bien fait , très-bien

fait Allons, allons, n'y pensons plus que

pour rire de ma folie.... D'Arcy, un dernier verre de punch. A ton avenir. .. à votre avancement, monsieur le substitut, au succès de vos réquisitoires!.... Tenez... [Il donne une pièce de monnaie au Garçon qui vient d'entrer.) Bonsoir, cher ami.

d'arcy. Je rentre chez moi.... Tu ne me fais pas compagnie ?.. .

LIONEL. Non, je reste dans le quartier.

d'arcy. Oiî vas-tu? et que veux-tu faire?

LIONEL. Où je vais? Par là, rue Dauphine, une maison très.-rccommandablc, maison de jeu clandestine , où l'on trouve tous les soirs cinq ou six tables de bouillotte et une roulette.

d'arcy. Que dis-tu ?

LIONEL. Ce que je veux y faire? Rien de plus simple. Tu connais, cher ami, mon refrain habituel, celui de Robert le Diable :

L'or est une chimùrc.

Sachons nous en servir,

Le vrai bien sur la terre, etc.

Bref, je vais jeter là sur un tapis veirt le reste de ma fortune.

d'arcy. Tu renonceras à cette nouvelle extravagance.

LIONEL. Du tout ! I\[algr6 moi je suis rejeté dans celte vie de folies et de dissipations, il laquelle j'avais espéré me soustraire.. . et ce contrai qui me reste, ce contrat, le seul que je n'aie pas été jeter encore dans les mains de l'nsnrior Desvareimes,je vais lo jouer pour renouveler tout d'un coup toute ma fortune! ou bien je la perdrai jusqu'au dernier sou,

cette nnii mémo... Ktalors (rj;>«r/) alors

ma résolution sera bientôt prise.

D'ARfiY. IJonel , jo te prie encore , je te conjure de me reconduire mi instant. Peutêtre, malgré tout, parviondrai-je à te faire entendre la voix de la raison , sinon tu seras libre de revenir sur tes pas.

LIONEL. Oh ! je t'en réponds d'avance ; mais tu le veux, je suis à toi.

Pendant ces derniers mots sont entrés de la droite à la gauche, et marchant vers le café, Desvarennes et Mathias ; l'un toujours très-richement habillé, l'autre couvert d'un habit râpé et misérable.

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