‹ [Magasin théâtralChapitre 215 sur 1545 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

Les Mêmes , DIGONARD.

DIGONARD , à part. Quatre heures moins seize minutes... iMontorgueil me marque dans sa lettre qu'il arrivera par la voiture de quatre heures; j'ai encore le temps de nie promener.

Il se promène de long en large.

VO?LA.i\n , s' approchant de lui. Allumettes chimiques , mon bourgeois.

LE MARCHAND DE CHAINES. Yoyez, à viugt-

neuf , pour la sûreté des montres.

DIGONARD. Laissez-moi tranquille , je n'ai besoin de rien.

CHALUMEAU. Faut-ll une voiture ?... Voilà,, voilà , bourgeoi.s,

DIGONARD. Allez au diable! Cette rue est remplie d'un tas de mendiants ; entrons au café, lire un journal.

Il disparait.

CHALUMEAU. Tiens ! qu'est-ce qu'il a douc ce particulier?... [Lui faisant des gestes.)

Oh! c'te binette... Bonjour, monsieur

Pardon si je ne vous reconduis pas.

BACNOLLT. Ça lui va joliment de nous traiter connue ca; qu'est-ce qu'il est donc, lui?...

CHALUMEAU. Tu Ic COUUais ?

BAGNOLET. Pardiue, c'est le nonmié Antoine Digonard, un fameux faiseur de mauvaises affaires.

CHALUMEAU. De mauvaises afaires... ça ne doit pns l'enrichir.

BAGNOLET. A u Contraire... elles sont mauvaises, c'est vrai, mais pour les autres.

CHALUMEAU. Ah ! bon , je saisis !

BAGNOLET. Je l'ai connu dans mes temps de fortune... il m'a dévoré mon patrimoine.

TOUS, riant, I!a! ha! ha! son patrimoine !

CHALUMEAU, Tu as eu un patrimoine, loi , P)agnoIet ?

BAGNOLET. Oui, moi , Bagnolet. Qu'est-ce qu'il y a d'étonnant à ça ? est-ce que dans la vie on n'a pas des hauts et des bas!

CHALUMEAU. Ah ! tu as eu des hauts?

BAGNOLET. Et maintenant , c'est tout au plus si j'ai des bas... mais enfin, j'ai appartenu à une famille très -distinguée; mon père était établi à Tours en Touraine ; il ven dail des instruments...

CHALUMEAU. Des instruments à vent?

BAGNOLET. Nou , des instruments à eau.

MA(iASlN TF1RATRAL.

CHALUMi-AU. A oau? Ah! bon, connu, connu, dos clarinoltcs d'apolliicaire.

RAGNOF.KT. J'aurais dû me contenter de celle position honorable .. mais j'étais dévoré d'ambition ; à la mort de |)apa, je cédai son fonds, et je vins à Paris avec la moitié de la somnie en argent, et l'antre en un billet que m'avait fait l'acquéreur.

CHALUMEAU. Et à couibieu ((u'il se montait ton |)atriinoine?

RAG>oi.ET. A quinze cents francs...

CHALUMEAU. Tu u'as pas dû aller loin avec ça .

RAGNOLET. iMon existence de lion dura un mois, pendant leqnel je lis la connaissance d'une délicieuse giletière. .. avec qui je passai une lune de miel et d'argent... mais bientôt il ne me resta plus que mon billet.

CHALUMEAU. C'était une res.soiirce !

BAGNOLET. Oui, elle était gentille, la ressource ; un nommé IMontorgueil, un habile, un fameux que j'avais connu au divan des Panoramas, se chargea de me le faire escompter; il nie mena chez le Digonard.

CHALUMEAU. Et celui-ci te donna...

r.AGNOLET. Cinquante francs en argent, quarante flageolets, et un veau à deux têtes.

TOUS, riant. Un veau à deux tètes!

BAGNOLET. Et encore il était malade...

huit jours après, il rendit le dernier sonpir entre mes bras... bref, je me trouvai bientôt dans une coniplèle débine , obligé de vivre d'industrie.

CHALUMEAU. El la giletière l'avait planté là !

l'.AGNOLET. (>halumean, vous calomniez son cœur... Elle était partie, c'est vrai ; mais pour recueillir l'héritage d'une vieille tante qui venait de trépasser du côté de l)iep|)e.

CHALUMEAU. Alors, c'est différent!

[Otaiit s(âcasquetlc.) Honneur aux dames.

^AG^OLET. Du moins, je n'ai pas à rougir flevanl elle... O Arlhémi>e ! loi qui m'as connu si coquet, lu ne soupçonnes pas, sur les bords de la iManclie, les irons qui se forment aux miennes.

CHALUMi:au. Ce panvre liagin)let!... el tu n'as pas llanqné une bonne; roulée à ce gueux de Montorgneil?

r.AGNOLEr. J'en ai eu l'idée... oui, je l'aurais éreinlé de bon cœur... si j'avais pu... mais il est plus fort que moi.

CHALUMEAU. Ail ça, iii le craius douc?

lUGNOLEï. Non, mais j'en ai peur...

()r\ fntciiii sonner (iiiatre heures.

DiGONAr.i), revenant. Quatre heures! Je ■suis d'une unpalience. .. celte alTaire dont me parle Monlorgneil dans .sa dernière lettre... {On entend le nu net et le roulement de la vnilnre.) Ah! enlin, voici la voiture!

CHALUMEAU. Allons, VOUS autres, à la voi-

ture. {Allant à ('rèvrrœur.) Allons, viens avec nous, la vieille... gagner la petite goutte.

CRÈVECOEUR. La petite gonlle... oui... oui.

TOUS. A la voiture!

Us roiiront au fond ; la scène se vide.

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