‹ [Magasin théâtralChapitre 228 sur 1545 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

PAUL, MONTORGUEIL, DIGONARD, DIDIER et BAGNOLET, au fond.

PAUL. Eh bien, à présent, nous voilà seuls, parlez! qui vous amène? vous, qui m'avez ruiné, perdu, venez-vous jouir du spectacle de ma misère ?

MONTORGUEIL. Au contrahc, ingrat, nous venons t'en tirer.

PAUL. M'en tirer!... vous!

DIGONARD. Oui , Paul , et dès demain il ne tiendra qu'à vous de recommencer cette existence de luxe et de plaisirs que vous meniez autrefois.

PAUL. Se pourrait-il?... mais par quel miracle? Vous savez bien que je ne possède rien , que je n'ai rien à espérer de l'avenir.

MONTORGUEIL. Excepté la fortune que nous venons l'apporter.

PAUL. La fortune !

MONTORGUEIL. Oui, les coffres de Digotnart sont bien garnis, tu le sais; dès demain u y puiseras autant que lu voudras.

DIGONARD. Permettez! permettez!... je vous ferai quelques avances... pour vous vêtir, vous meubler, vous garnir.

PAUL. Eh quoi ? je quitterais enfin ces haillons qui me pèsent, qui me brûlent!... et vous dites que cela ne dépend que de moi seul?...

MONTORGUEIL. De toi seul !

PAUL. Mais que faut-il faire?... parlez, parlez vite...

MONTORGUEIL. Ceci est notre secret... on t'iufetruira plus tard... jusque-U , il ae faut

que te laisser faire... consentir a être heureux, sans l'informer du reste... ce n'est pas bien difficile.

PAUL. Mais de quoi s'agit-il ?

DIDIER , qui veut s'élancer. Oh ! de quelque infamie , sans doute !

BAGNOLET , le retenant. Chut ! donc.

MONTORGUEIL. Il s'agit d'une haute spéculation , dans laquelle tu nous es indispensable ; quant à la moralité , aux dangers de l'affaire , Digonard est trop riche pour rien entreprendre qui puisse le brouiller avec le parquet... Enfin, veux-lu, oui ou non, sortir de la fange où lu es tombé?

PAUL. Sans doute , mais...

MONTORGUEIL. Veux-tu ressaisir la fortune qui t'a échappé une fois... cette existence brillante, que tu rêvais jadis?

PAUL. Si je le veux ?

DIGONARD. Acceptez donc alors , et demain vous porterez les habits les plus riches, les plus élégants.

MONTORGUEIL. Dès demain tu coucheras dans un brillant hôtel.

DIGONARD. Vous foulercz dans un joli cabriolet.

MONTORGUEIL. Tu dîneras au boulevard Italien.

DIGONARD. Vous aurez votre stalle à l'Opéra.

MONTORGUEIL. Et bientôt, bientôt tu seras milUonnaire.

PAUL. Moi?... Il serait possible! et sans crime, sans déshonneur, vous me le jurez?

MONTORGUEiL.Nous le jurons... D'ailleurs, tu en jugeras toi-même! car demain tu sauras loul.

PAUL. Demain! venez donc alors... Oh!

cette nuit va me sembler un siècle : car demain , c'est l'oubH de mes souffrances passées; le bonheur! la fortune!... l'accomplissement de mes plus beaux rêves.

MONTORGUEIL, bas. Il cst à Hous!...

{Haut.) Parlons!

Ils sortent tous les trois.

DIDIER. Oui , ce doit être quelque infamie que ces hommes méditent, et je veux...

BAGNOLET, l'arrêtant. Du tout, vous n'irez nulle part, ou ça serait tout gâtei'... Restez ici; dans un instant nous saurons de quoi il retourne ; pour ça , je vas les suivre à la piste et savoir où ils vont le loger... Vous connaissez ma demeure , demain je Vous en rendrai bon compte. .. ils sont à deux cents pas d'avance, mais je peux leur donner ça d'escarre...

DIDIER. Mais il faudrait alors...

t;a(;noi.et. Être bien sûr de les rattraper... soyez irancjuille, allez... je suis jaml)é comme un coq, et j'ai la rate en caoutchouc.

Il son en courant.

LES BOHÉMIEJNS DE PARIS

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