SCENE IX
BURNS, seul, puis tl^OVkVxX).
I] regarde aller Charles. Launay entre pendant ce temps et s'appuie sur le dos d'un fauteuil.
BURNS. Pauvre jeune homme, va l'épuiser en vaines recherches , lorsque déjà des chevaux rapides emportent le criminel vers un pays où nos lois ne pourront l'atteindre...
EDOUARD , l'interrompant. Vous von.?
trompez, monsieur.
BURNSj avec effroi. Vous ici!., qu'y vr nez- vous faire?
EDOUARD, à roix basse. J'attendais que tout le monde fût retiré... Charles aussi. pour me présenter.. Vous ne m'atltn<lieî pas sans doute ?
BURNS. Il est vrai, d'ordinaire les assassins ont plus de prudence.
ÉDOUAno. Aussi en aurais-je davantage si j'étais un assassin; mais je tiens à vous détromper, monsieur.
BlRNS, secouant la tête. Ne le tentez pas, monsieur, ce serait prendre un soin inutile.
ÉDOrARD. Oh ! ne vous pressez pas de méjuger, ce que j'ai à vous dire me laisse assez coupable pour qu'on me croie; du reste, la preuve que je n'ai point trempé dans le crime est facile; à l'époque oîi il fut commis, je me trouvais depuis un an dans les mers du Sud avec Charles, mes états de service en font foi.
BL-RNS. D'où vous vient alors ce bijou? pourquoi votre trouble en écoutant mou récit?., il est évident que vous avez eu connaissance du crime, si vous n'y avez pas pris part.
EDOUARD. J'en ai ou connaissance.
BURNS. Vous avez remis cette agrafe à miss Fanny comme un héritage de famille; est-ce votre famille que je dois accuser?.. EDOUARD //c'm/f. Ma famille!... {A part.) Je pourrais... (^A près un silence) Oh î non... {Haut.) Won, monsieur, ma famille fut toujours respectée et digue de l'être.
BURNS. Quelle part avez- vous donc eu au crime, malheureux ?
EDOUARD. J'en ai accepté l'héritage, voilà ma faute ; j'avais consignée cela dans ces quelques lignes que je vous adressais d'abord... ne pensant plus vous revoir.... (// lui présente une lettre.) Lisez, monsieur, lisez vite... mes instans sont précieux.... (^Pendant que Burns lit a^cc tous les signes a une suprise ci cTunc émotion toujours croissante le papier qu Edouard lui a remis., celui-ci ajoute: ) Maintenant, j'ai une restitution à faire... c'est pour cela que je suis venu moi-même... ( // tire de sa poche un porte- feuille et un étrin.) Vos quatre cent mille francs ont été placé.s sur l'état, vous en trouverez là les reçus, avec un acte signé de ma main, qui vous en confère la propriété... l'écriu renferme le reste de ce qui vous avait été enlevé.
BURNS. Monsieur, ce que je viens de lire est tellement étrange... cette lestitution est pour moi si imprévue, que je ne sais quels sentimcns vous ténioijjner, et si je dois vous adre.sser des remerchneus ou des reproches !.. Vous aves commis une faute grave...
EDOUARD. Un crime, monsieur, un crime... oh ! je ne cherche pointa farder la vérité... Après la confidence deCranou, \ ai lutté quelque temps, mais san:^ succès ; |e ne pensais qu'au trésor caché... clnquc
nuit, je voyais l'Irglas dans mes rêves, j*y apercevais la cassette et le porte-feuille.... Quand un chef brodé d'or me rendait à peine mon salut; quand un équipage m'éclaboussait dans la rue ; quand une femme élégante passait près démon humble uniforme sans se détourner, j'entendais une voix qui criait en moi : L'Irglas ! l'Irglas I, là étaient tout! les saluts polis, les équipages, les sourires de femme... Pour devenir riche, il me suffisait comme dans les contes de fées , de dire : Je veux !.. je n'avais, nouveau Moïse, qu'à frapper le rocher, et j'en faisais couler un ruisseau d'or!., et pour cela, il ne fallait ni tuer, ni parjurer son nom, mais seulement essuyer le sang dont un autre avait taché le trésor, et l'emporter sans rien dire... Je succombai, mais avec ma pauvreté je perdis mon repos ; une ombre me suivait partout... à chaque instant il me semblait qu'une voix allait me dire : Rends-moi ce que tu as volé!.. Je me répétais en vain que mes craintes étaient insensées ; que le propriétaire de ces richesses ne vivait plus; car, si je n'en avais point été sûr, je crois que je l'aurais cherché pour le tuer! (^Moufement de Burns .)^\d\^té tout, par instans, et sans savoir pourquoi, j'avais peur.... Mais que vous importent tous ces détails, monsieur? le récit de mes tentations et de estourmens ne peut intéresser que moi. .. Pardon, je me retire... {Il fait quelques pas vers la porte, puis semlite hésiter.) Nous ne nous re verrons plus. . . {la voix embarrassée) l'adieu que je vous fais peut être considéré comme celui d'un mourant... Monsieur, j'aurais voulu... j'avais espéré qu'il ne .serait point entendu de vous seid, monsieur.... Oli ! qu'elle me jette im dernier coup-d'ceil , que je l'entende parler une seule fois. . . {^11 regarde sir Burns, qui a haisse les yeux, à son tour et garde lo silence.) Je comprends, vous me jugez indigne de cette dernière faveur, je n'ai pas droit de me plaindre, il n'y a que ceux qui sont purs qui peuvent exiger la pitié!..
Il va pour sortir ; il voit devant lui parnttre Fanny vêtue du blanc , loti cheveux i-par«.
FANNY. Arrêtez !..
EDOUARD. C'est elle!..