SCENE IX
Les Mêmes, PIÉTRO.
RAPHAËL , voyant entrer Piétro. Voici Piétro.
PIÉTRO , courant à Gaspardo. Gaspardo. . . laisse-moi d'abord te presser dans mes bras.
GASPARDO. Mon brave ami !
PIÉTRO. Et maintenant, compagnons, parlez, que voulez-vous de moi ?
RAPHAËL. De tous les soldats qui gardent le commandant , un seul est contre nous... celui-là veille au bas de l'escalier du Léopard et se nomme Brabantio.
PIÉTRO. Je l'ai vu ; ensuite ?
RAPHAËL. Pour l'attaquer, il faut un homme courageux et prudent, un homme dévoué.
PIÉTRO. Est-ce tout?
RAPHAËL. C'est tout.
PIÉTRO. Frères , nous nous reverrons , peut-être, tous trois sur l'échafaud... mais, si Dieu le veut , si nous réussissons, c'est ici que nous nous retrouverons. Quant à Brabantio , Raphaël , un pater pour son aine.
RAPHAËL. Le duc !..
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Les Mêmes, VISCONTI, RICCARDO puis LE CONNÉTABLE.
VISCONTI, suii'ide Riccardo., après avoir descendu lentement la scène. Laissez-nous , frère Raphaël. {Raphaël sort. A Riccardi).) Mamtenant , Riccardo... fais entrer le connétable. (/iitrarrfo sort. A part.)Guerre de ruse a toujours sauvé les Visconti... il faudra bien qu'il cède...
LE CONNÉTABLE , entrant. Vous m'avez fait appeler, duc ? que me voulez-vous ?
GASPARDO , surpris. Le connétable !
VISCONTI. Je veux vous proposer un traité de paix...
GASPAKDO.
LE CONNÉTABLE. Et si je ne l'accepte pas ?
VISCONTI. Vous serez libre de sortir du palais ducal , quoi qu'il advienne.
LE CONNÉTABLE. J'exige un serment Solennel.
VISCONTI, Sur quoi ?
LE CONNÉTABLE. Sur la Sainte croix du Christ.
VISCONTI. Je jure sur la sainte croix du Christ , que la personne du connétable sera , dans mon palais j inviolable et sacrée pour tous. Si je me parjure, que Dieu me frappe de sa colère.
LE CONNÉTABLE. Maintenant, parlez.
VISCONTI. J'ai en ma puissance le commandant , et cet homme. (// désigne Gaspardo.) Je laisserai libre votre fils, et j'exilerai Gaspardo , au lieu de le faire mourir!..
LE CONNÉTABLE. A quelles conditions ?
VISCONTI. Les voici : nous monterons tous deux à cheval sur l'heure , nous assemblerons tous les officiers de notre armée , et devant eux vous déclarerez que , trop âgé pour supporter les fatigues, vous abandonnez le commandement , que je veux prendre à votre place. Vous me rendrez votre épée de connétable.... et vous vous retirerez paisible dans votre manoir.
LE CONNÉTABLE. Quoi ! VOUS voulezque je me dégrade moi-même ! Depuis vingt ans mes vieux soldats m'ont toujours suivi malgré leur âge, et vous voulez que j'abandonne mes soldats !..
VISCONTI. Cet amour de l'armée vous a fait trop puissant.
LE CONNÉTABLE. Vous voulez que je rende mon épée de connétable , que j'ai reçue du peuple !
VISCONTI. L'éclat de cette épée que vous a donnée le peuple vous rend maître du Deuple , et je la veux.
LE CONNÉTABLE. Vous voulez que le vieux général aille attendre la mort dans son château , tandis que ses compagnons ^'armes iront glorieusement au-devant /f'elle sur les champs de bataille ?
VISCONTI. Vous espériez faire un champ de bataille de ma cité.
LE CONNÉTABLE, inquiet. Et mon fils...
quel serait son sort?..
VISCONTI. Je choisirai mes chefs, comme vous avez choisi les vôtres.
LE CONNÉTABLE. Vous voulez à la fois abréger les jours du vieillard , et briser l'avenir du jeune homme.
VISCONTI. A ces conditions seulement , le jeune homme ne sera pas jugé comme rebelle à sou prince , et le vieillard n'aura
pas à pleurer son fils... Consentez-vous? (On entend sonner la cloche.)
GASPARDO, aoecjoie. La cloche de Saint* Pierre l
LE CONNÉTABLE , effrayé. C'est impossible... sans mon ordre...
VISCONTI. C'est la cloche qui appelle aux armes les rebelles.
LE CONNÉTABLE. Et qui appelle les bourreaux de Francesco... Duc... arrêtez leurs bras... suspendez son arrêt..'., j'étouftérai la révolte,
VISCONTI. Point de pitié.
LE CONNÉTABLE. Duc , je renonce à tout... je m'humilierai devant tous... Je me traîne à vos pieds... tenez , voici mon épée... grâce pour mon enfant...
GA^ARDO , s' avançant. Gardez cette épée, connétable... vous en aurez besoin pour rallier le peuple.
LE CONNÉTABLE. Mais ils vont le tuer.
GASPARDO. Celte cloche annonce sa délivrante , et c'est lui qui la fait sonner.
LE CONNÉTABLE. Que dis-tu ?
GASPARDO. Que la trahison nous avait perdus... que la trahison nous sauve... et que le commandant vous attend au rendezvous, connétable!..
VISCONTI , furieux. Oh ! cet homme a menti.
RICCARDO , accourant. Duc ! Michielli nous a trahis... Bî-abanlio vient d'être tué , le commandant n'est plus entre nos mains...
VISCONTI. Enfer !..
LE CONNÉTABLE. Duc, cet homme n'a pas menti.. . je garde mon épée... et maintenant la guerre.
VISCONTI. Va-t'en, connétable, va-t'en j mon serment te fait sacré pour tous dans mon palais. . mais, une fois hors de ces nmrs, tu ne seras plus inviolable... va-t'en.
LE CONNÉTABLE. Espoir et courage, Gaspardo... Place à moi , sentinelles!... place à moi !...
(Il sort.)