‹ [Magasin théâtralChapitre 375 sur 1545 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Les Mêmes, LE ROI.

TOUS. Le roi!

LE ROI. Eh bien! quel air singulier vous avez tous! est-ce que je suis importun? Dites une parole, je me retire.

M""^ DE POMPADOUR. Importun! vous, sire! Ah! quel mot est sorti de votre bouche !

LE ROI, à la marquise. Ma chère amie , vous oubliez toujours nos conventions:

vous savez qu'au Parc-aux-Cerfs je ne suis plus le roi.

ISAAC, à part. Oh! si je pouvais m'éloigner, fuir avec elle!

LE ROI , aperce fant Esther. Mais que vois-je? qu'est-ce que cela ?

ISAAC, troublé. Sire, c'est...

LE ROI. Cette jeune personne est vraiment charmante.

ISAAC, bas à Esther. Voilà un des plus grands dangers que tu aies courus. Ne me nomme point ton père, le souvenir de Manassès peut seul te protéger ici.

LE ROI, regardant Esther. Je n'avais pas encore soupe avec une nonne , l'idée est plaisante. {S^ approchant d' Esther et lui prenant la main.') Ma sœur, je vous vois

IS

LE MAGASIN THEATHAZ..

ici avec plaisir. La règle de la maison n'est pas trop austère , et nous ne négligerons rien pour qu'elle vous paraisse agréable.

LSTUER. Seigneur...

NÉRI , au coaJjuleWy avec intention tTétre entendu. Que le roi a d'esprit! qu'il est galant et chevaleresque !

LE ROI. Allons! allons! loin les soucis du trône et des all'aires ! que l'étiquette soit bannie, livrons-nous au plaisir et à la gaîté. {A la martfuise.) Toi la seule reine, toi l'enchanteresse de ces lieux , allons , Jeannette, fais-nous d'abord servir le souper.

M"* DE POMPADOUR. Retirez-vous , Lebel , et que les portes soient closes.

ISAAC, à Lehel. Un moment. ( A îuiméme.) Oui , cela pourra faire diversion au ipêrW... {Bus au loi.) Sire, il y a là, dans les lardins, un jeune gentilhomme de mes amis, dont je connais la famille depuis...

LE ROI , riant. Depuis deux ou trois mille ans, n'est-ce pas?

iSAAC. Non! mais depuis près de cinq siècles.

jjme DE POMPADOUR , riant. Ah ! ah !

ah ! cinq siècles!

SARTiNLS. Jongleur!

LE ROI , riant encore. Ah ! ah ! ah .' tu fais mon bonheur, je t'aime à la folie, comte de Sainl-Germain. Eh bien, donc ! ton ami , quel esl-il?

ISAAC. Sire, c'est le comte Jean Dubarry.

LE ROI. Ah! le plus mauvais sujet de France ef. de Navarre.

ISAAC II est accompagné de la plus jolie fille du vieux continent.

LE ROI. Plus jolie que cette... nonne?

ISAAC Cent fois.

LE uoi, virement. Lebel , dis au comte Jean Dubairy qu'il entre ; je l'invite à souper avec moi.

M"* DE POMPADOUR, à Sartines. Jean Dubarry , ce mauvais sujet?

SARTINES. Il s'amende.

LE ROI , lias u Lebel. Tu feras entrer aussi la demoiselle qui est avec lui.

Lebel sort.

M™* DE POMPADOUR , au roi. Sire, vous plaîi-il que nous soyons servis à tables volantes?

LE ROI , avec enjouement. Eh ! mais cela va sans dire, les tables volantes et le Parcaux-Ccrfs resteront comme les monumens de mon règne.

U loi remet son cliapeaa et la canne, dont elle frappe trois petit» coups sur le parquet } une table monte tonte servie et toute l'clairte.

NÉRI. C'est sans contredit une charmante invention.

LE ROI. Elle est due {il regarde Satan) au grand aumônier du Parc aux-Cerfs.

Musique.

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