MOLINA, JEAN
Jean reste dans un coin du the'àtre, appuyé', et semblant réfléchir profondement.
HOLDIA, à part, regardant Jean. Dans ce
pays, 6Ù le calvinisme fait des progrès si rapides, il faut veiller avec soin sur nos prosélytes; celui-ci surtout ne doit ])as nous échapper. i^S' approchant de Jrnn.^ jMon fils, vous suivez mes conseils et je vous en félicite ; vous vous abstenez de vous mêler trop souvent à ces malheureux huguenots dont Dieu s'est détourné.
JEA\. Pourtant, mon père, ils m'ont bien accueilli ! ils sont bons pour moi.
MOLIKA. Et c'est ce qui me fait vous plaindre, mon filsî l'erreur les enveloppe, et il y a danger à écouter leurs discours. Mon enfant, conservez-vous dans le chemin d'élection où vous ont guidé mes dignes frères d'Angouleme. Pourquoi avezvous quitté cette ville?
JEAN. Pourquoi? Ahl vous avez raison, mon père ; il est des moinens où je voudrais n'en être jamais sorti. Car, voyezvous, je suis triste, inquiet, ma tête est pleine de pensées dont je suis parfois effrayé ; souvent je suis le jouet d'une sorte de vertige, et il me vient dans l'ame des mouvemens de colère et de haine.
Qu'est-ce que cela, mon père? car enfin Je suis jeune, la vie devrait avoir pour moi des charmes, et pourtant je ne regretterais pas de mourir '
MOLi^A. ]Mon fils. Croyez-moi, une sainte retraite...
JEAN. Non , non . mon père , ce n'est pas cela : ce fut d'abord ma première pensée ; mais je ne le voudrais plus aujourd'hui.
MOLINA. Comment ? pourtant , mon fils...
JEAN. Tenez, mon père, c'est en rougissant que je l'avoue, mais j'ai tourné mes yeux d'un autre côté : oui , mon père , j'aime, et je voudrais...
MOLINA. Vous marier , peut-être! Enfant, à quelles pensées allez-vous vous livrer! c'est à peine si vous êtes arrivé à l'âge où l'on peut comprendre les devoirs que la religion prescrit pour bien commencer la vie, et déjà... Mais cette inquiétude qui vous domine et dont vous meparliez tout-à-l'heure, cette sorte de tristesse qui rend votre ame incertaine, c'est là, mon fils, un avertissement du ciel, qu'il faut vous fortifier par la prière et vous réfugier dans de saintes pratiques pour échapper aux vaines pensées du monde.
JE.AN. Oui , vous avez raison, peutêtre, je verrai. {Après une pause. ) Mon père ?
MOLINA. Eh bien! que voulez- vous?
JEAN. Ne trouvez-vous pas que le jeune prince de Navarre est bien heureux ï
H0LIN4. Pourquoi cola, mon fils ?
JEAN. Voyez comme il jouit des plaisirs de son âge! comme ou s'empresse autour de luil comme il est aiuié! quel avenir devant lui!
MOLINA. Qui sait!... Ne voyez-vous pas de quels uiécomptes peut être suivi ce bonheur qui vous fait envie? Allez, allez, mon fils, réjouissez- vous plutôt de votre condition; laissez les rois et les princes s'endormir follement dans leurs rêves dorés, tandis que Dieu veille et souvent les frappe pour ses lois méconnues. {Ici on entend: VIVE MESSIRE HENRIOT 1 NOËL.' NOEl!)
Qu'est-ce que cela?
JEA^, remontant la scène et regardant. Ce sont les acclamations du peuple saluant 'e vainqueur au tir à l'arbalète. Mais voici tout le monde qui revient.
Charles IX entre vivement le premier ; il est fort agite; Henriot le suit , il a encore son arbalète à la main. Viennent après toutes les personnes de la cour. Tout le monde garnit le fond du théâtre et observe avec curiosité'.
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