‹ [Magasin théâtralChapitre 408 sur 1545 · HENRI, LA GAUCHERIE · texte numérisé non relu

HENRI, LA GAUCHERIE

n^NRi. Partie' ! non... Oli I non certes, je n'obéirai pas...

LA GAUCHERIE. Paidon , monseigneur; niai.«, avant de songer à nos préparatifs de départ...

HENRI. Mes préparatifs de départ ! Oh I pas de vains détours, messire de La Gaucherie î vous me (connaissez a^ssez, et vous avez lu dans mes yiewjt que je ne partirais pas.!

LA (GAUCHERIE. Qu'ii>qx>rte (ce que disent vos yewi? J'ai lu <ilai)s votre cœur, que j'ai forinif^ iY^v vous o!)ririez à l'Iionneurî

HENRI. Ecoutez- nioi, La Gaucherie ; on veut m'éloignei , parce qu'on a découvert mon amour pour Fieurelle : on n'y parviendra pas , car cet amour fait toute ma vie, et je ne quitterai pas Nérnc, car c'est ici .seiil/>menl que je puis eue heureux.

LA GAUCHERIE. Ileureux, dites-vous? et quand uième il .vous faudrait laisser là le bonheur pour accomplir un devoir, où serait le m: I? On pourrait vous plaindre en agissant ainsi ; mais si vous faisiez autrement, on vous mépriserait peut-être...

HE\RI. Missile...

LA GAUCHERIE. Sachez-le bien, on n'est pas (h stiné à i^orier une couronne pour livn r tranqiiiilement sa jeunesse aux passions qui |M iiveiit l'aNsailiir... La gloire... et ce mol n'est pas sans écho pour vous , je pi-nse .. la gloire ne s'ac.piiert [)as sans que le bonlieiir ait à soiiffiir; etd'a Heurs, c'est justice... assez de princes sacrifient les iiaiioiis à h nis fantaisies , |*our qu'une fois l'un d'eux sacrifieses fantaisies auK ua* tions...

HENRI. Mais lorsque rien ne l'exige i;npérieusement, faiidra-(-il me cond-uniier à un sacrifice qui bi isf rait mon anie ... tandis que je puis vivre piibiblo?...

LA QAl'CHKRIK. Vivre paisible !... c'est cela... et puis, quelque jour, il me faudra dire à votre mère, à la Navarre- Cet enfant abdique d'avance ses hautes destinées; ces promesses que vous faisaient son courage et son génie ; ces transports que jadis excitait en lui le seul mot de gloire ! . . . tout cela est anéanti! perdu, perdu à jamais'... je vous avais prédit un prince qui servait grand dans l'avenir, et vous n'aurez qu'un de ces rois qui dorment lâchement sur le trpne avant de s'endormir dans le tonjbeauî

HEi\ul. Oh ! vous ne le croyez pas, nie.ssire, vous ne le croyez pas !...

LA GAUCHEUIE. Et moi , si on me demande : Qu'avez-vous fait pour l'empêcher de descendre si bas? je répondrai : J'ai pris les mains de cet enfant dans mes mains qui tremblaient... je me suis jeté à ses genoux en lui disant : Priiice! il se prépare de grands événemens... les rois de l'Europe oublient les plaisirs pour la gloire!... le peuple navavrois se demande qui lui dira : En avant î dans cette lutte qui commence à gronder... Vos frères en religion s'indignent et frémissent , car les insultes ne leur manquent pas!... il leur faut un chef!... eh bien! nous Caudra-t-il choisir en rougissant quelque obscur genlilhomme?... tandis que, tout entier aux plaisirs , seul entre tous , vous resterez calme, insensible, et rejeterez loin de vous le vieux drapeau de la Navarre !

HENRI. Oh ! lion , non... mais il faudra donc sacrifier Fleurette, Fleurette si douce, si aimante, et que j'aime tant!...

LA GAUCHERIE, Eh bien! oui, yjpus l'aimez, et elle est digne de cet amour; oui, icj v/ous seriez hejLireux , mais yous partirez d'ici, et vous vous séparerez d'elle... vous yers>erez des lajrmes de regret et de douleur... vous sacrifierez votre bonheur au to^teur du peuple... mais, îjenri de Navarre, un jour vous seriez un grand roi.., Dieu et le peuple vous béniront ! . . .

HENRI. Mais partir sur le champ, mais fli.e pouvoir...

LA GAjtppiipiE. Quoi! gagner quelques jou'S... non pas!... au en de Dieu et d'indéptndance, le peuple donne sa vie sans hésiter, lui, un prince peut bit n donner son bonheur de quelques instans... Ecoutez-moi, Henri; je sais qu'un jour vousmesaurez gré de mes conseilsd'aujourd'hui, et qu'entouré de tout unpeuple qui chantera votre louange

FLEDRETIt. 1$

et exaltera votre nom , du haut du trône , vous jetterez un regard en arrière , vous donnerez un regret, un souvenir à la jeune fille; piiis, vous vous rappellerez votre sacrifice d'aujourd'hui , mes prières d'à présent; et au milieu du bonheur et des larmes de joie de tout un peuple, il s'en échappera une de votre paupière, et celle-là sera pour la cendre de votre vieux gouverneur!...

HENRI. Oh! mon ami, assez, assez, oui , je comprends... il le faut, disposez de moi, de ma vie, j'obéirai!...

LA GAUCHERIE. Henri! ah! je le savais bien, moi, que l'honneur l'emporterait sur l'amour...

HENRI, se jetant clanf ses bras. Mon ami{ la voici... laissez-moi seul un instant avee elle, un instant seulement, et je vous donne ma parole de gentilhom^içke qu'après je serai prêt à partir.

LA GAUCHERip. Vous le voulez, je cècjçî m.ais j'ai bien peur...

HENRI. Allez, allez, ;ixon ainii, ne craignez rien.

JLA GAUCHERIE, sortant. Je VOUS attend^ là, Henri, songez à votre promesse !

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SCME XIV.

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