SCÈNE
Les Mêmes, moins CARDAILLAN, puis .JACQUES.
PIERRE, regardant du côté de la barrière. Lazare, regarde donc, la-bas !
LAZARE. Eh! oui, vraiment, c'est lui ! PIERRE. Il nous avait devancés.
Tous deux se lèvent, passent la barrière et vont au-devant de Jacques, qui arrive par le boulevard.
PIERRE et LAZARE. Eli bien?
JACQUES. Je n'ai pu la voir.
PIERRE. Couiment !
JACQUES. >iini n'est pas à la ferme.
LAZARE. Ma foi, tant mieux ! j'ai dans l'idée que ta passion pour mademoiselli; Clémence nous jouera ([uehiue mauvais tour.
JACQUES. Pourquoi ?
LAZARE. Devenir amoureux de la nièce de monsieur de Clamarins, toi ! tu aurais dû te souvenir que nous ne sommes cjue les neveux de sa dame de confiance...
JACQUES. D'abord, l'amour ne raisonne jamais... ensuite Clémence est si jolie, et sou oncle est si riche...
PIERRE. Diable! si l'amour ne raisonne jamais, cela ne l'empêche pas de calculer à merveille.
JACQUES. C'est possible!... toujours esi-il que la première fois (|uc je l'ai vue lorsqu'elle est arrivée dernièrement de Toulouse... j'ai senti que j'en deviendrais amoureux fou.
i.AZARF. El tu espères...
JACQUES. J'espère l'épousor!...
PIERRE. Aurais- tu déjà commencé l'attaque ■' ..
JACQUES. Oui, |)ar un billet (pie j'ai fait arlroiiemenl remettre; mais je n'ai pas de répouM'... et j'espérais (pie Niiii m'en doiiiM'iait une . .
LAZARE. Mettre celle jeune fille dans ta confidence, y penses-lu?
JACQUES. Une sœur de lait, une amie
D'ailleurs, ÎNiiii habite la banlieue, et maintenant que Clémence vient demeurer à l'hôtel, elle n'aura que très-peu de relations avec Nini.
PIERRE. El si madame Renaud se doutait. . .
JACQUES. Notre tante. .. la superbe madame Renaud, ce diplomate féminin, coMiichiavel en jupons! que lui importe... et n'esl-elle pas tout entière à sa domination chez le vieux Clamarins? Croyez-moi, elle ne songe guère à DOS amours.
PIERRE. Elle songe à tout ; témoin Pascal Remy. ce vieux domestique, dont trente années de services avaient éprouvé la fidélité; elle a trouvé le moyen de s'en débarrasser.
LAZARE. Ma foi, ce n'est pas sans plaisir que j'ai vu déguerpir ce vieux drôle.
PIERRE. 11 avait pourtant une figure assez plaisante.
LAZARE. Il me semble toujours le voir avec sa grande redingote marron, son petit pantalon noir, son grand chapeau et ses grands bras maigres allongés comme lesailesd'un télégraphe.
PIERRE. L'air égaré, le visage inquiet.
LAZARE. Essuyant son front comme si la sueur l'inondait, regardant de tous côtés avec crainte, et quand il se repose, ayant plutôt l'air de se dérober sous lui, que de chercher à s'asseoir.
PIERRE. Et ce mot qu'il répèle sans cesse avec un air narquois : Serviteur de tout mon cœur.
Pendant ce tableau fait par les deux frères, un hwiMue portant une valise, en tout point semblable au portrait que l'on vient de faire, est arrivé par le chemin de Paris. Il s'est essuyé le front, a regardé derrière lui avec inquiétude, a ùlé son chapeau et s'est laissé tomber assis prèsde la lableoïiil dépose sa valise en disant:
PASCAL. Ahîscrviteurde tout mon cœur...
Je n'en puis plus!
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