‹ [Magasin théâtralChapitre 488 sur 1545 · PIERRE, BERTRAND · texte numérisé non relu

PIERRE, BERTRAND

BERTRAND. Avance donc à l'ordre , ca marade : ah! je t'apprendrai à passer comme ça sans pousser une reconnaissance.

PIERRE. C'est que , voyez-vous , père Bertrand , je n'osais pas.

BERTRAND. Joli propos de soldat!

Mais , Dieu me pardonne , tu es caporal , et il n'y a que neuf mois que tu es parti ; tu a gentiment fait ton chemin tout de même! Ne vas donc pas me dire : je n'ose pas , comme si tu étais une recrue de quinze jours !... et ça , parce que^je suis dans un heau château?... Eh bien, puisque je suis le beau-père.

PIERRE. C'est précisément à cause de ça !... Mamzelle Charlotte était si jolie I

BERTRAND. Est-ce que tu y songerais encore , conscrit ?

PIERRE. Oh non ! Je sais bien que c'est une grande dame ! Mais en vous revoyant, père Bertrand , ça m'a fait tout de même un certain effet I... Savez- vous que vous avez là un beau bivouac ?

BERTRAND. Je n'en suis pas plus fier.

Depuis que ma fille est mariée au commandant, qui est si riche, moi je suis riche aussi ! Eh bien , s'il faut te dire la vérité, je m'ennuie.

PIERRE. Vous êtes difficile.

BERTRAND. Quand j'étais canonnier , je ne m'ennuyais pas ! C'est im si bel état que l'état de soldat!.,. Et les coups de fusil?... hein , c'est-il amusant ? qu'en dis-tu ?

PIERRE. Moi, je n'ai jamais entendu que ceux de l'exercice à feu.

BERTRAND. Mais tu me disais tout à l'heure que tu as fait une campagne.

PIERRE. Oui, siirement, j'arrive d'Italie.

BERTRAND. Ah ! l'Italie ! .l'y ai été aussi dans le tems ; il y faisait chaud.

PIERRE. Pardine, je crois bien ! un soleil superbe.

BERTRAND. J'y ai déchiré joliment des cartouches. Et toi ?

PIERRE. Moi !... j'y ai eu trois mois la fièvre.

BERTRAND. Ah !... Et dans quelle ville est-ce que tu étais?

PIERRE. Dans Ancône.

BERTRAND. Je comprends : tu t'es battu contre les Autrichiens ?

PIERRE. Pas du tout!... nous sommes très-bien avec les Autrichiens.

BERTRAND. Vous avez donc rossé les soldats du pape ?

PIERRE. Pas davantage ! . . . Nous sommes au mieux avec le pape.

BERTRAND. Contre qui donc est-ce que vous vous battiez ?

PIERRE. Contre personne.

BERTRAND. C'est une drôle de guerre !

PIERRE. C'est la nouvelle mode.

BERTRAND. C'est moins dangereux que de mon tems.

PIERRE. Oh ! je sais bien. Vous avez joliment gagné les Invalides , vous ! Mais aussi , voilà une fameuse retraite. Vous buvez du meilleur , et vous mangez à la table du maître, comme en pays ennemi.

BERTRAND. Qu'est-ce quc tu dis donc là? En pays ennemi!... le commandant est mon gendre.

PIERRE. Ce mariage-là a dii faire ur fier bruit dans le quartier ! Moi , je n'ai pas eu le courage de rester un jour de plus , et je vas à Paris , pour la première fois, depuis ce moment-là. Le régiment est de service le mois prochain.

BERTRAND. Je suis bien aise de t'avoir trouvé sur la route.

PIERRE. Oh ! je me souviendrai toute ma vie du jour où le commandant a dit^

« Comtesse d'Aigleinont , vous êtes chez vous! »

BEUTRAi^D. La mère a eu beau crier , il a épousé Charlotte ; la vieille ne l'a plus revu , et, depuis neuf mois que le mariage est fait , nous demeurons ici, à cinq lieues de Paris. Sais-tu bien que monsieur mon ji,ondre a sacrifié une place de quatre mille doux cents francs sans barguigner? Le ministre de la guerre lui a dit : « Ce mariage ne me convient pas. » Et lui il a répondu : « IMon général , je donne ma démission. » Pas plus gêné que ça.

PiEURE. Voyez-vous I BERTRAND. Le commandant n'est pas ici aujourd'hui : il est allé à Paris pouiuicher de se raccommoder avec sa mère; la clière dame est fière.

PIERRE. Esl-ce qu'il a emmené mademoiselle... madame .. conunent donc dire?... iVIadame la comtesse?... Ouf! j'ai bien de la peine à hicher ce mot-là.

BERTRAND. Kon , tu la verras tout à l'heure : c'est qu'elle est à prendie sa leçon de français.

PIERRE. Comment, sa leçon de français !... Est-ce qu'elle ne sait pas le français connue vous et moi ?

BERTRAND. Si fait, comme toi-z-et moi ; mais c'est que son mari, vois-tu, il est difficile ; il est toujours à éplucher ce qu'elle dit: si bien, qu'elle veut apprendre... là... tu m'entends?

PIERRE. Oh! oui ; elle va devenir savante, elle prendra de belles manières , elle rougira de nous 1... Moi aussi , j'apprendrai , j'étudierai !...

BERTRAND. Apprends l'exercice , mon garçon.

PIERRE. Ah ! vous verrez , quelque jour, père Bertrand !... Je ne veux pas qu'elle

ait honte de moi, et avec du travail

Laissez-moi faire !

BERTRAND. Je crois quc tu en tiens toujours un peu?

PIERRE. Ah dam , ça ne peut pas se prisscr si vite. Et est-elle heureuse?

BERTRAND. .le t'en réponds !...Son mari l'aime tant ! Par exemple , il est drôle ; il lui défend de parler avec une demoiselle (|u'estici. et qu'il appelle sa femme de chambre ; c'e^l pourtant, une fille qu'isl Irès-bien!... A ça près, c'est le meilleur mari du monde : si elle a envie de quel- Jpie cliose , elle l'a tout de suite. Il i abàihe uii peu ; il trouve bien souvent à redire cpiaïul elle parle ; et , l'autre jour encore , vois donc ce qiu; c'est que les gens sus(e|)tihles , il lui disait : « Ciiarlolte , je vous ai répété vingt fois qu'il ne faut pas dire :

monsieur un tel et son épouse ; on '^é sa

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PJERRE. Ah ;... , , ij^

BERTRAND. Il lui avait fait comnmencer

la musique , le piano... Mais au bout d'tin

mois , le commandant s'est impatienté ; il

a dit que ce n'était pas la peine ; qu'elle

n'apprendrait jamais. Eh ! pardieu , je ne

me trompe pas !

Air de la Maison de Plaisance.

La voilà ! (6«.)

Vois comme elle est jolie I

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