‹ [Magasin théâtralChapitre 54 sur 1545 · SCÈNE Mil · texte numérisé non relu

SCÈNE Mil

Les MÊMES, FRÉDÉRIC, pwîs CLÉMENCE.

PASCAL, apercevant Frédéric. Mon jeune homme!...

FRÉDÉRIC. Vous, monsicur?...

LE COMTE. Eh bien, ce jeune homme?...

M"*^ RENAUD, distraite. Ce jeune homme... le voilà... Approchez, monsieur, approchez.. .

FRÉDÉRIC. Pardon , monsieur , si je me présente sans être connu de vous; [en montrant Pascal) mais monsieur, qui m'a remis cette lettre de recommandation, m'a assuré...

LE COMTE. Toi, Pascal?...

PASCAL. Oui , monsieur le comte , j'ai pensé... j'ai espéré...

M-"^ RENAUD, à part. Un fils. . . il a un fils. . .

LE COMTE. Que je recevrais bien ton protégé; tu as eu raison... Oui, c'est une bonne recommandation que vous avez là , jeune homme... et tout le monde ici est prévenu en votre faveur ; n'est-ce pas, madame Renaud?...

M""' RENAUD, distraite. Oui, oui... certainement, monsieur le comte...

PASCAL, bas à Frédéric. Ça va bien... ça va bienl...

LE COMTE. Voyons, dites -nous ce que vous espérez faire à Paris... car si vous aimez le bruit, les fêtes, les plaisirs, vous devez avoir aussi un but plus sérieux, plus noble, plus élevé.

FRÉDÉRIC. En effet... c'est que...

LE COMTE, c'est quc?... parlez sans crainte...

FiiÉDÉiuc. Oh! monsieur... je n'ose...

j'en ai parié à monsieur Pascal...

LE COMTE. A loi?...

PASCAL, cherchant. A moi!... Ahl oui...

[Au Comte.) Folie de jeunesse...

LE COMTE. Un amour?...

FP.ÉDÊIUC. Oui, monsieur; un amour, hélas I sans espéranc»'. Après avoir perdu le .seul aiui cjui .soutint ma j»'unes.se. .. si je suis venu à l'aris, c'est qu'un sentiment plus fort que ma volonté m'y entraînait!...

PARIS ET LA BANLIEUE

LE COMTE. Et celle que vous aimez. . .

CLÉMENCE, entrant. Mon oncle!... [Apercevant Frédéric.) Ciel!

FRÉDÉRIC. Grand Dieu !. . •

LE COMTE, les considérant. Hein?... comment?...

PASCAL. Diable, diable... ça se complique...

M"^ RENAUD. Qu'est-ce que vous avez donc, mamselle?

LE COMTE. Qu'est-ce que vous avez donc, jeune homme ?

CLÉMENCE. C'est lui!

FRÉDÉRIC. C'est elle!

M""= RENAUD. Ah ! ils se connaissent!...

LE COMTE. C'est lui ! c'est elle! {À Pascal.) As-tu remarqué!... Ciel!... Grand Dieu!... C'est lui ! c'est elle ! Et puis les yeux baissés de part et d'autre... Il est très-bien, ce jeune homme... {A M'"^ Renaud.) Il vous intétéresse, vous me l'avez dit, n'est-ce pas?...

M""* RENAUD, froidement. Ça dépend...

PASCAL. Hum ! je crois que ça va se gâter.

FRÉDÉRIC. Je vous disais, monsieur...

LE COMTE, oh! oh! c'est inutile... nous en savons maintenant plus que vous n'en pourriez dire...

FRÉDÉRIC. Comment?...

LE COMTE. Vous nous avez appris que vous n'êtes pas de Paris... et nous avons deviné, nous, que vous venez de Toulouse.

FRÉDÉRIC. En effet, je. . .

LE COMTE. C'est bien cela , n'est-ce pas, mademoiselle ma nièce?

CLÉMENCE. A peu près, mon oncle.

LE COMTE. Ah ! à peu près !. . .{A Frédéric.) Nous avons encore deviné qu'à Toulouse, vous avez rencontré quelquefois d'abord, et plus souvent ensuite, une jeune fdle charmante... c'est encore cela, n'est-ce pas?...

CLÉMENCE. Mais... à pcu près, mon oncle,

LE COMTE. Toujours à peu près cette

jeune fille dont vous êtes devenu amoureux fou, ne vous voyait pas tout à fait avec indifférence... c'est toujours cela, n'est-ce pas?...

CLÉMENCE, bas. 3Ion oncle, mon bon petit oncle, vous êtes rempli d'esprit.

LE COMTE. Merci Et cette jeune personne que vous aimez ?.. .

FRÉDÉRIC. C'est le hasard seul qui me l'a fait retrouver ici, et maintenant que je sais que mademoiselle est votre nièce, à vous, monsieur, si riche, si considéré, je me sens tout honteux du peu que je suis, tout épouvanté de mon audace; car mon amour, c'est de Tégarement, de la folie, et cependant, si je dois y renoncer, je sens que je n'ai plus qu'à mourir!...

LE COMTE. Mourir allons, voyons, calmez-vous. .. Est-ce qu'il faut parler ainsi

mourir. . .

CLÉMENCE, bas. Mon oncle, on m'a dit qu*il avait très-mauvaise tête...

LE COMTE. Vraiment... [Votjant madame Renaud qui s'approche de lui.) Qu'en ditesvous, madame Renaud?...

M""^ RENAUD, se levant. Moi...

PASCAL. Je suis fâché d'avoir amené ce jeune homme ici...

M"'" RENAUD. Il me semble , monsieur le comte, qu'avant tout il faudrait savoir à qui on a affaire...

LE COMTE. C'est juste.

M"" RENAUD. Connaître la famille de monsieur...

FRÉDÉRIC. Ma famille!... oui, j'aurais dû vous dire. . .

LE COMTE, l'interrompant. Ne vous excusez pas, c'est inutile d'abord, le nom de

voire père I

FRÉDÉRIC. Mon père!...

LE COMTE. Eh bien ?. ..

FRÉDÉuic. Hélas, monsieur, je n'en ai pas... Je suis seul au monde...

M""" RENAUD. Pasdenom... pas de famille... et voilà ce que votre nièce a encouragé. . .

LE COMTE. Seul et vous habitiez Tour-

louse depuis longtemps ?...

FRÉDÉRIC. Depuis mon enfance...

LE COMTE, vioem,ent. Depuis votre enfance...

PASCAL, vivement. Ah ! bah !...

M"" RENAUD. Qu'est-ce donc... qu'avezvous tous les deux...

Le Comte et Pascal se regardent.

LE COMTE. Rien, rien...

PASCAL. Ce n'est absolument rien...

M"'" RENAUD. Comme ça l'a ému !. ..

LE COMTE. Ce pauvre jeune homme il

est seul au monde... sans parents, sans ami, et cela m'intéresse, cela me fait impression !. . .

PASCAL. Et à moi... à moi aussi...

Il regarde le Comte.

M™'' RENAUD, à part. Est-ce que par hasard ça serait. . .

LE COMTE. Et comment vous appelez-

FRÉDÉRIC. Frédéric.

PASCAL. Frédéric.

LE COMTE, se levant. Frédéric!... {Ils se regardent encore avec Pascal. A part.) C'est cela, c'est bien cela...

M""^ RENAUD , les observant toujours , à part. C'est lui.. . [Elle sonne.) Prenez garde, monsieur le comte, votre bon cœur vous entraîne trop loin. .. vous voilà tout tremblant et j'ai peur...

LE COMTE. Non, laissez... laissez, vous disje... Et à Toulouse... Frédéric... monsieur Frédéric... qui donc a pris soin.. .

M"" RENAUD. Assez, asscz , monsieur le comte... cette scène vous fait mal... vous ne

porteriez pas plus d'intérêt à votre propre enfant...

LE COMTE. Mon enfant... mais...

PASCAL, s'élançantet lui prenant la main. Silence, monsieur le comte... [1 1 lui montre les troia neveux qui sont entrés au coup de sonnette.) Silence... ils le tueraient...

LE COMTE, à madame Renaud. Mon

mon enfant.... quelle folie... non... Je veux seulement savoir.... {à Frédéric) quia pris soin de votre enfance...

FRÉDÉRIC. Un pauvre homme appelé Gervais.

LE COMTE. Gervais c'est lui mais

elle!... mais ces trois hommes... je ne puis l'embrasser... tu veilleras sur lui, n'est-ce pas?

PASCAL, bas. Oui, oui, oui!...

LE COMTE. Tu ne le quitteras pas.. .

PASCAL. Non, non, non !...

LE COMTE. Tu le protégeras.

PASCAL. Oui, oui, oui!...

M"" RENAUD. Mais, monsicuF le comte...

LE COMTE, à part. Et ne pouvoir lui parler, le presser sur mon cœur. .. Oh ! l'émotion me suffoque... la force la force m'abandonne...

M"" RENAUD. Ah ! mon Dieu... mais vous souffrez, monsieur le comte...

LE COMTE, bas à Pascal. Oh ! oui, je souffre... Viens, Pascal, viens, car je sens que je me trahirais.

PASCAL. .Alonsieur le comte!...

CLÉMENCE. Mon oncle! {Le Comte sort soutenu par Pascal et madame Renaud. Ensortant.) Ah ! Frédéric, tout est fini pour nous...

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