ACTE I, I" TABLEAU, SCÈNE III
LOUISE
ÂUeudrel... toujours ce luot : attendre!... Ecoule, Georges... si tu me méprises, parce que je t'ai aimé pour t'uvoir vu renié et maltrailé par too père; si lu veux m'abandonner, parce quej'ai pleuré avec toi, lorsque tu criais avec des larmes: « Je soiilTrc ! je souffie ! et personne n'a pillé de moi... n si lu veux me traiter comme une fille perdue, parce qu'à l'heure où tu voulais mourir je t'ai donné ma vie pour te faire aimer la tienne; si, enfin, je ne suis à les yeux que la misérable qu'on écrase après l'avoir déshonorée... dis-lemoi !... J'aurai du courage pour mourir... mais je n'en ai pas contre ce silence que tu m'imposes et qui me tue !
GEORGES
Louise, je t'aime; je l'aime comme on aime Dieu... mais il y a dans ma destinée une fatalité épouvantable, un ?ecret terrible...
LOUISE
Est-ce un crime ?... Si c'est un crime, tou père te l'a à moitié pardonné, puisqu'il l'a rappelé près (le lui... Eh bien! moi, je le le pardonnerai toutàfait... Mais parle!... oh ! parle! GEORGES.
Ahl lu ne sais pas quel malheur lu cherches!
LOUISE
Est-ce la colère de ton père qui l'épouvante? Et me mépriserait il à ce poinl qu'il t'empêchât de me rendre l'honneur?
Ahl ce n'est pas mon père qui m'arrête!
LOUISE
Est-ce le mien!... il me tuera... Eh bien ! la morl plulôl que celte torture incessante que je souffre depuis le jour où la sœur, chaste et noble cœur, m'a poursuivie et atteinte dans ma fuite, m'a relevée du lit funèbre où je m'étais couchée pour mourir avec mon enfant, et m'a ramenée dans la maison de mon père, en me couvrant, moi coupable, de sa robe d'innocence.
GEORGES
Oh ! oui... tu souffres, pauvre enfant I mais tu me plaindrais, va, si lu pouvais mesurer ma part de douleurs.
LOUISE
Tu es coupable, n'est-ce pas?... Tu as compromis l'honneur de Ion nom ?... Ton père t'a inaudil?... El,je le comprends en effet... c'est un malheur affreux !... mais enfin, Georges, ion âme s'est ouverte à Ion père, et lu as bu la honte de la faute ; ce qu'il t'accorde de pitié est bien à toi... lu ue le trompes plus... .Mais moi, ma honte m'étouffe!... Tiens, vois-lu, Georges, vivre dans ce perpétuel mensonge, sourire à mon frère, si simplement honnête et bon!... Embrai^ser mou père, ce vieux et loyal soldat de la religion, de l'hottHCur... voir ses inquiétudes quand je souf-
fre.,, entendre ses prières quand je pleure, c'est un supplice au dessus de mes forces!... je ne puis pas, mon Dieu !... Je lui vole ses caresses, je lui vole son affection dont je suis indigne... je lui vole jusqu'au pain de sa table où il m'a donné la place de ma mère !... de ma mère, chaste etsainle épouse, que i'oulrage ainsi dans sa tombe... Ah ! c'est trop !... Tiens, il faut en finir... il faut dire la vérité !
C'est nous condamner à la morl...
LOUISE
Tu as donc bien peur de mourir?...
GEORGES
Moi?... non, Louise... mais j'ai peur de te faire mourir avec un supplice de plus.
LOUISE
Mais qu'as-lu donc fait, malheureux? Qu'as-tu fait, que tu n'aies même pas voulu que je dise le nom du frère qui m'a perdue 5 la sœur qui m'a sauvée?... Mais tu ne sais donc pas que sa pitié s'étonne de ce qu'elle est seule à me plaindre et à me consoler?... El ne penses-lu pas que, quelquefois, elle doit se demander jusqu'où a pu descendre l'infamie de ma faute, puisque je n'ose pas en nommer l'auteur?
GEORGES
Ah ! ma sœur est un ange dont l'inépuisable bonté ne le manquera jamais,
LOUISE, avec un sourd désespoir.
Maisceci ne doit donc pas avoir un terme ?.,. Mais un jour ne viendra donc pas où ton crime, quel qu'il soit, sera expié, et où tu pourras me donner ton nom, réhabilité... ou flétri?... Quoi! pas mêmecetcspoirdansl'avenir!... Ah! Georges, c'est plus que je n'eu puis accepter... Garde ton secret... je dirai le mien !
GEORGES
Ah ! malheureuse, par piiié !
Adieu, Georges!... et maudit soit ton amour!
(Elle s'est élancée vers le tond ; Georges a voulu en vain la reteiur ; tout à coup, Mootéclain paraît et s'oppose à sa sortie.)