ACTE V, SCENR IV
ROVER
Tout à l'heure, je vous prie.
LES ÉTDDIANS, entrant à demi velus.
Eh 1 bien, qu'est-ce qu'il y a donc?
VICTOR
Pourquoi diable fait-on tout ce tapage?
BUCHOT.
Pourquoi ? Écoutez, Royer va vous le dire.
M™e PASSAGER.
Vous paierez le dégât I
BUCHOT.
L'accusée se révolte contre son juge, maintenez-la. (Deux éiudians s'emparent d'elle.) Mme PASSAGER.
Moi !... et de quoi m'accuse-t-on ?
PICONNEAU.
Oui, de quoi l'accuse-t-on ?
ROYER
De quoi ? le voici : M. Olivier, notre camarade, s'est trouvé hier, comme nous nous sommes trouvés tous bien souvent, il n'a pu payer son mois; eh bien ! cette femme, hier au soir, l'a insolemment chassé de chez elle, sans vouloir lui accorder cette nuit seulement.
C'est indigne.
OLIVIER, à mi-voix, à Royer.
Monsieur I
ROYER
Mais ce n'est pas tout, vous savez, cette pauvre vieille pour qui nous avons fait une quête hier matin...
TOUS
,Eh bien?
ROYER
Vous croyez qu'elle la lui a remise."
TOUS
Certainement!
BOYER
Eh bien , non ! elle s'est payée d'abord ; et comme la vieille était malade, était incapable de gagner son pain, elle l'a mise à la porte aussi... et, sans M. Olivier qui l'a rencontrée, elle serait niorle sur le pavé de la rue.
TOUS
Ah! c'est affreux !
Mme PASSAGER.
Cependant...
BUCHOT.
Qu'avez-vous à répondre, vertueuse hôtelière?
Rien ! rien !
Mme PASSAGER.
Ah! j'étouffe!...
PICONNEAU.
C'est juste; mais il faudrait écouter madame dans ses raisons.
Rime PASSAGER.
Oui, parlez pour moi, mon pelit monsieur Pi-
PICONNEAB.
Mme PASSAGER.
PICONNEAU.
conneau... défendez-moi. (Bas. ) Je vous ferai mettre un papier neuf.
PICONNEAU, bas.
Ah ! madame!
BUCHOT.
Eh bien! qu'avez-vous à dire en faveur de l'accusée ; parlez, avocat.
PICONNEAO.
Eh bien ! messieurs , dans mon opinion... je trouve... oui, je suis convaincu., je pense... que madame veuve Passager ne s'est pas bien conduite.
Mme PASSAGER.
Hein ?
Voilà l Paltoquet !
Gargotiérel
ROYER
Silence!
BUCHOT.
La cause est enlendue.
ROYER, ù tous.
Approchez, mes amis. (Il leur parle bas un moment, et s'écrie :) C'est dit?
TOUS
Oui!
ROYER, à M"" Passager.
Écoutez !
Une implacable main suspend sur votre tête Le glaive menaçant que la vengeance apprête.
Tous vos locataires vous donnent congé.
Mme PASSAGER.
Mais je ne veux pas.. .
ROYER
Votre table d'hôte est interdite... Vos gigots et vos haricots sont proscrits; vos chambres seront désertes, et vos écriteaux se balanceront éternellement avec ces mots inutiles : « Chambres garnies à louer. »
TOUS, s'avançant vers M""^^ Passager.
Chambres garnies à louer.
Mme PASSAGER.
Mais je suis ruinée, perdue. Je vais faire ma déclaration à la police.
(Elle rentre dans sa chambre.)
BUCHOT, riant.
Allez, lu vieille! (A tous.) Et nousautres, tirons de dessous nos remises les voilures de déménage^ mens.
TOUS, tirant un mouchoir de leur poche* Voilà !
BUCHOT,
.\llez, et faites vos malles,
LES ÉTUDIANS
TOUS
On y v;i.
(Toussoricru en luinulte parla porte de l'escalier. — En ce moment, Hoyer remonte la scène, et va ù sa sœur qui vient de paraître à la porte ilu fond; Il lui fait signe de ne pas entrer encore, tandis que Buchot, resté un moment près d'Olivier, lui dit à mi-voix.)
BUCHOT.
Quanl à loi, Olivier, lu dois comprendre que ce duel est impossible.
OLIVIEU.
Tu te Irompes, Buchot, ce duel doit avoir lieu.
ROYEU.
El si je le refuse, moi!
OLlVIEIt.
Vous, monsieur, vous!
BUCHOT.
Ah ! j'en étais sur.
ROYEU.
Laisse-nous ! Buchot. (Buchot sort, Roycr va au fond et appelle.) Louise, Louise! tu peux entrer.
(Louise entre.) OLIVIER.
Mil» d'Orilly!
ROYER
IN''aviez-vous pas dit à ma sœur : Je vous renverrai ce médaillon à l'heure de ma mort ?
OLIVIER
(^est vrai, monsieur !
LOUISE
Il n'est pas encore temps monsieur, rcprenczle... J'ai tout dit à mon frère, et il ne se battra pas avec celui qui m'a sauvée.
OLIVIER
Vous ne m'avez pas tenu parole. Vous m'aviez juré de ne pas le dire.
ROYER
Mais pourquoi mêle cacher?
OLIVIER
Parce que... Ne nie le demandez pas, et laissezmoi m'éloigner.
LOUISE
Il part... Oh ! mon frère!...
ROYER
Kcoulez-moi, nionsienr Olivier , je ne sais ni (pii vous èlcs, ni quelle a été votre existrnce. M A ni , paraissant.
Ah! mon Dieu ! les voilà ensemble.
ROYER
.le ne \oiis connais (juc parce que >ons a\('/ sauvé ma sœur; je ne sais de vous que la noble modestie qui voulail me cacher rc bienfait; vous ne m'avez parlé que pour nie rappeler sévèrement les devoirs de riionnenr quand je les oubliais près d'une noble et pnu\re enfant (jue j'ai insullre, et à (|ui je \ou(lrais demander pardon pour avoir inéconn<i ce qu'il v avait de saint cl de noble flans sa inisèic.
OLIVIER
Oh! faites-le, monsieur... car celle-là aussi est victime d'une bien fatale infortune.
MARIE, au fond.
Noble frère !
ROYER
El ce que vous me dites à ce moment même me prouve qu'un horrible malheur pèse sur vous comme sur elle; ce malheur, ne puis- je le consoler?... Et si ma rudesse n'a pas pour cela des paroles assez douces, n'y a-l-il pas près de moi un ccpur qui vous a déjà compris... une voix que vous aimez à entendre?
OLIVIER
Oh! queditcs-vous, monsieur, que dites-vous?
ROYER
Olivier, voulez-vous être mon ami, voulezvous être mon frère?
OLIVIER
Votre frère, moi ! c'est impossible.
LOUISE
Impossible!
ROYEU.
Mais pourquoi donc?
MARIE
Parce que c'est mon frère, à moi, monsieur.
ROVER, reculant.
M"e de Morlagnc!
LOUISE
Grand Dieu!
ROYER
Ainsi, lui?...
Olivier de Mortagne !
noYER reste silencieux, et tout à coup il dit. Viens, Louise!
LOUISE, suppliante.
Oh ! mon frère ! mon frère !
MARIE
Viens, Olivier, noire mère nous attend.
LOUISE, de ni(3me.
Mon frère!... Oh! ils sont si malheureux !
ROYER
El si nobles, et si innocens tous deux , n'est-ce l)as? Voila ce que tu veux dire... Oh! tenez, pardonnez-moi, c'est la vérité. Jamais plus no- Ides cœur» n'onl choisi avec plus de courage entre la misère cl la honte; jamais, lu as raison, Louise, jamais tu ne trouveras un mari sur llionneur de qui tu puisses plus compter, et moi-même, jamais, non, jamais, Marie, je ne pourrai donner mon nom à une femme plus digne (jue vous de le porter... Mais, voyez-vous, malgré tout ce que j'ai d'estime pour vous, Olivier... d'amour pour vous, Marie, de respect pour Ions deux, Jamais je ne pourrai oublier (jue l'homme quia perdu mon pete est vivaiil,et (pic je pour-