ACTE I, SCÈNE II
vous demander sa main, à présent qu'elle est assez riche pour que je sois pauvre à côté de vos immenses trésors. »
CAVALIER
Espères-lu arriver ainsi ?
Je ne sais.
CABESTAN
Tu réussiras, Gaspard... Tu es jeune... tu es beau... lu es brave... le père ne peut te refuser sans ôlre un méchant homme... (A part.) C'est un atroce gredin.
CAVALIER
Fasse Dieu que cet homme, poussé par un bon sentiment, consente à ce mariage !
CLINTON
A!i! s'il me fallait perdre Meta, mes amis, je ne sais à quoi me pousserait mon désespoir! C'est que ce n'est pas seulement un amour de la terre , c'est aussi comme uu amour du ciel... Quand je la regarde, quand je l'écoute, je ne sais, mais il me semble qu'à travers l'azur de ses yeux brille une flamme qui purifie... que dans sa voi\ il y a coînine un étho de la voix des anges... et c'est si vrai, que la première fois que j'ai voulu lui dire que je l'aimais, je suis tombé à genoux, et je lui ai dil : « Prenez pitié de moi ! »
CAVALIER
Bien... bien... Gaspard, bien!
CABESTAN
Oh! oh! oh! je ne te croyais pas un lecteur assidu des feuilletons de monsieur... monsieur... je ne sais plus son nom... Tu le remplaceras, un jour.
CLINTON
Tu ris, Cabestan, et peut-être dis-tu, en riant, une singulière vérité... C'est que, sans talent, sans imagination, je ferais peut être un roman fort Intéressant... rien qu'en écrivant l'histoire de ma vie.
CABESTAN
Tu as raison; tout une fauiille consumée, disparue dans l'incendie d'un vieux château, sur le bord de la mer... un inconnu qui te sauve... et, si l'on en croit la chronique qui se raconte tout bas... tout bas... pendant que les vieilles femmes filent leur chanvre... descendant d'une race vouée à Satan.
CAVALIER
Tais-toi, Cabestan ; les mauvais souvenirs sont aussi pernicieux que les n\auvais conseils... Tu le sais, à ce que je vois.