ACTE n, PREMIER TÂRLEAU, SCÈNE I
CLINTON , cherchant à comballre le sommeil. Non, certes, non... Du reste, comme j'aime les alTaircs bien en règle, finissons-en tout de snite , et faisons-nous nos adieiix... Vo're main , à tous dcnx... Vivez si cela vous va, et amusez-vous si vous pouvez... Quant à moi ..
(Il tombe sur une chaise, appuie sa itle sur la lalile et s'endort.)
CAVALIER
Il dort !
CABESTAN
Mais il va bientôt s'éveiller... et alors il m'appartiendra... alors il accomplira le crime qui doit me le livrer.
CAVALIER
Peut-êlrc ?
CABESTAN
Tu sais qui je suis, (Cavalier ?
CAVALIER
Oui, tu es le démon à qui son maiire a dit : « Il y a sur la terre le dernier rejeton d'une famille maudite dans toutes ses générations... Celui-ci a été racheté par sa mère du pouvoir surhumain que j'exerçais sur ses ancêtres... mais il n'est pas à l'abri derinflnence fatale que les hommes ont sur les hommes. Démon, deviens homme et renils-moi le dernier des barons de Clinton. » Alors tu es venu, tu t'es mis à rtruvre, tu as débauche cette nature faible , tu a.s perverti toutes ses idées, flétri toutes ses aîTections... Et moi , en te voyant si lâche, si il iîtcur, si infâme... en le voyant, pour comble de crimes, le pousser au suicide après l'avoir poussé au mal , je me suis dit : Mais ce n'est pas là un homm.c , c'est un de ces démons fangeux dont l'enfer lui-même rougit.
CABESTAN
Ah! diable, nous jouons donc cartes sur t.'ib'o... vaillant esprit du ciel? Depuis tantôt quinze ans que je te trouve entre moi et ce niais , je me suis quelquefois dit : Mai>, ce Melcliior Cavalier, qui 1 n'est ni menteur, ni ii'.téressé, ni bas, ni lâche, j ni traître... ce malheureux qui n'a aucuii des bons j vices qui profitent aux humains, n'est pas un I homme; et, il m'est venu quelquefois en pensée que tu étais un de ces bannis d'en haut qui n'y peuvent rentrer qu'à charge d"y ramener une àme, et que tu t'étais fiattc de lirer ccUc-ci de mes grifi'es... Mais, je dois l'avouer aussi, en voyant | la sottise de tes eilorts pour m'arrachcr ce pauvre | Gaspard Cliulon, je n'ai jamais pu me résoudre j à te prendre pour tiii esprit... J'ai eu tort... je ' t'en demande pardo:i.
cavalie;î.
La lutte n'est pns finie et sera plus longue que tu ne penses.
CABi;STAN.
Tu l'ns donc endormi po'îr un siècle?
CAVALIER
Pour un quart d'heure.
CABESTAN
Ce n'c?t guère.
CAVALIER
Quimportel si c'est assez pour l'empêcher d'accoinplir son crime... Car avec le vin que je lui ai présenlé, il a bu l'amour de la vie et cet effroi de la mort qui fait supporter l'existence, si misérable qu'elle soit.
CABESTAN
Ah! bon génie... mon doux ennemi, vous vous servez de petits philtres divins pour le sauver... Eh bien! nous nous servirons de pclits talismans diaboliques pour le perdre... C'est la loi de nos combats, vous le .savez?
CAVAL3EIÎ.
Parfaitement, .spirituel démon, il en est un peu entre nous comme chez les hommes, ce ne sont pas seulcn)cnt les voleurs qui savent le Code... Que lui donneras-tu donc?
CABESTAN
Ce qui en prendrait de plus sages que lui... Je lui donnerai ce qu'il désire, ces talismans qui lui apporteront, à ce qu'il croit, le pouvoir de faire ce qu'il voudra.
CAVALIER
Cela comprend le bien.
CABESTAN
I! choisira le mal.
CAVALIER
Et tu l'y aideras?
CABESTAN
De tous mes moyens... En vérité, tu me fais la partie trop belle... Quoi!... tu m'as vu renoncer au projet de perdre à la fois , et l'un par l'autre, Clinton le maudit. Meta la bénie (je savais que la vertu de ?,îela résister;iit à toutes les séductions huniai:ies\ cl lorsque je uieconienlaisde celui-ci, tu me permets de soumettre l'autre aux séductions que va prêter à son amant la puissance de mes talismans ?...
CAVALIER
Dont il pourra seul se servir...
CA3ÎESTAN.
C'est convenu, doctissimeduclor.. La position est claire; nous avons lulté quinze ans sans nous connaître, tous deux enrermcsdans les misérables pouvoirs que la nature a donnés aux simples mortels.. Au moment où tu te sentais vaincu, tu en as appelé aux puissances célestes; ceci m'éclaire, je riposte, el j'en appellcaux puissancesinfernalcs... Il a ton éloxir, elje lui donnerai n-.cs talismans; puis, une fois nmni de nos présrns, il marcherai sa guise, libre entre ses deux bons amis, Melchior Cavalier et Balthazar Cabestan... jusqu'au jour 011 il tombera pile ou face... pour toi ou pour moi... Est-ce bien cela?... as-tu quelque chose à
us TALISMANS.
aJDiiler on ;i rchaiulKT... nesl-cc pas cliiircdririip nn Ir.iitécnlie deux fiipons, où ni l'im ni l'aulrc ne lai<senl jamais licii de (loiilcii\?
CAVAI,li;i*,.
I-^I tu i)ré(e:i(l.s que nous resterons cnrcrniés, loi (lins Ion rôle de Caiieslan, moi dans mon rôle de Cavalier... rson , non, mauvais histrion, je le suivrai dans tous les dcyniscrncns infâmes que lu prendras pour le conduire à sa perle.
CABi:STA>.
Viens donc, habile cl céicsîe comédien.
CAVALIER
Soit! et je lui fcr.ii voir que tes prcsens son),..
CAIiESTAN.
Dangereux?
CAVAI.IKII.
Ce n'est pas cela (|ui Inrrclerail.
CABKSTAN.
Inutiles?
CAVALIKU.
Il ne me croirait pas.
(:abi;sta>.
Comment les lui montreras lu donc?
CAVALirit.
Que timporte?
CABLSTAN.
Ah I voilà que lu Iccarlics et que tu veux nie (roHiper.
CAVAI,Ii;U.
Je le laisse le menson-^e.
CAEtSTAN.
(^cit un vice, il m'appartient, cl lu me le prends,
CAVAI,IEK.
\on, mais la discrétion. . c'est une vertu, cl je la garde.
CABKsTAN, à part.
(Jui sait, le remède n'a pas encore opéré peulélie, cl s'il lui reste un grain d'envie de se tuer, il ne faut pas le perdre... lesmaiivaises idées sont précieuses.
CAVALIi:», .1 p:irl.
Il n'cs! pis diable à lâcher sa proie sans tenter un dernier cfTorl... veillons sur lui.
CABKSTAX.
Ainsi donc, c'est convenu?
CAVALIlUt.
Con>enu.
CABESTAN
yVllonsddnr: à nousfieux, pauvre esprit!
r,Av\Mi;n.
A nous deux, pauvre diable!
CABK^TAN et CAVAi.itt; , (l'iiiK; voix élc^Oc en
srill.int.
Gaspsid Ciiiituii.ii faut \iv;e.
((^vaiicr ,'Oil i p.iuilic cl Calxslaii h ilioite ■