SCÈNE H
CLINTON, seul, s'évcillaiii.
Qui m'a ditqu'il fallait vivre?., est-ce le ciel ou rciifcr(iui m'a parlé?... Dois-je vivre pour le rcpenlir ou pour la vengeance?... Mais Cavalier... Cabestan... ils riront de ma lâcheté si je recule... Non, non... il faut en finir. (Il pose le pistolet sur la table.) 3Iaisj"y pense, je ne puis pas quitter la vie en fripon... Holàl garçon! (^11 sonne.;
LE GAr.JO.N, Cl) dehors.
On y va.
CLINTON
Et ]Mela... Oh ! l'avoir aimée à ce point de me perdre pour Toublier, et sentir là que je l'aime encore plus que jamais... Oh! lâche... lâche... finissons en... (Il appelle. Quelqu'un I... Cette pensée me brûle... me torture!... Garçon... garçon !...
oaooocc<oc^C'&ooo&OwO.:&c>o£OC'Odoojococoû:oo3oooooooouoc
s(;ÈiM': m.
CLINTON, LE GARÇON (cavalikr).
LE GAitçoN, entrant par la porte <lc gauche. Voilà, monsieur... voilà!
CLINTON
Garçon, la carte?
LE garçon, lui donnant une c.irlc.
Voilà!
CLINTON
Ce n'est pas ça... ma caite?
LE GARÇON
(]onnâis pas.
La carte à payer.
r.E GARÇON.
!Mi)iisieiir veut dire l'addition?
CLINTON
L'adiiilion, la carte à payer, conmie vous voudrez.
LE GARÇON
]\Ioii>ieur est de province?
CLINTON
Ilcin?
LE GARÇON
Sans ça, monsieur saurait qu'on ne dit plus !n ! carte à payer que chez les marchands de vins... ' Vous avez l'honneur d'clre à la grande Chartreuse, monsieur, maison chocnosophe, bal snperlifico(|uentieiiT... valse n.'mboyanle!... c.;churiia huntairtaire!... iio'Ka cchevelic cl slylc Poinpndoiir 1
ACTK II, PRRMIKR TABLRAU, SCKNH IV.
CLINTON
Donne-moi l'addition... puisque <;a s'npi)eljil comme ça du temps de M™' de Pompadoui . LE GARÇON, Sortant.
A l'instant.
CLINTON, seul.
Oui, il faut mourir... et cependant, à vingt ans!
CLINTON, UN GAMIN (cabestan).
LE GAMIN, entrant par la porte île droite. Ohé! hou pi là, là !
CLINTON
Eh bien ! celte carte ?
LE GAMIN
Monsieur Gaspard Clinton "? ohé !
CLINTON
C'est moi.
LE GAMIN, lui donnant une lettre.
Une lettre pour monsieur.
CLINTON
De quelle part ?
LE GAMIN
De la part d'un farceur joliment vêtu I deux habits, une redingote, un manteau, trois gilets... j'ai pas pu compter les pantalons et les chemises. CLINTON, regardant la letire.
C'est bien pour moi, et c'est récriture de mon drôle de domestique... Oii t'a-t-on remis celle lettre?
LE GAMIN
Au corps de garde ici prés... Le particulier m'a dit : Puisque mon maîtie n'est pas ici, tu le trouveras sans doute à la grande Chartreuse.
Il paraît que j'ai fait attendre M. Giroflée; lisons... (Il lit.) «Monsieur, j'ai appris par une let- » tre dont vous ni'avez chargé de la remettieà » M"" Forbarli, que vous étiez parti pour vous » suicider... Je ne peux que vous engager à con- » linuer... M. Forbach, noire nouveau pvoprié- » taire, m'ayant altrapé vctre lellre, pondant ijue » M'I" 3îela, à ce qu'il m'a dit, se pàm;iit de rire » en la lisant... a fait saisir et empoigner voire » mobilier, qui est pour le moment en étal d'ar- )> restation. Pour moi, comme élant hier votre » fête, et que vous ne m'avez rien donné... j'ai » pris en cadeau plusieurs linges et babils, dont » je me les ai mis sur le dos, afin de If-s sortir en )) fraude des huissiers; avec quoi j'ai l'honneur » de vous saluer. Votre fidèle dotncsliquc et af- » feelionné...FoRyosEGiROFM':r:,ril5 de veuve. »
LE OASMN,
Y a pa; de réponse?
CLIN) os, il Uii-nièine.
Honte de la misère!... je ne croyais pas qu'on pût descendre le malheur si bas que cela.
l.E (;A,Vii>.
Y a pas de réponse ?
CLINTON
\on !
LE GAMIN
Ji m'a dil que vous paieriez la coninii.«sion.
CLINTON
ftloi?
LE GAMIN
Oui, VOUS, pardieu ! De quoi?... vous êtes le maître, c'est votre état de payer.
CLINTON
Allons, je ne veux pas (|iie ce misérable même puisse se plaindre de moi... Tiens, voilà cent sous pour la rummissioii.
LE GAMIN
Y a pas de pour-boire ?
CLINTON
Drôle !
LK GAMIN
Dame! vous avez dit que c'était pour la commission ; le pour-boire, cest à part.. . c'est connu. .. faut être de Pézénas pour ne pas savoir ça.
CLINTON
Va-t'en! va-l'en! (Le gamin sort.) Meta te pâmait de rire, et je suis sans asile'... Allons, allons, c'est pour le coup qu'il faut en finir!
(Il prend le pistolet et le dirige vers son front.) LE GARÇON, lui présenlant l'addiiion.
L'addition de monsieur,
CLINTON
Ta ? (Il pose le pistolet sur la lalile.)
LE GAiiÇON.
Voyez : Cabinet treize, vendredi treize, lotal, cent treize francs.
CLINTON
Tu as dit cabinet?
LE GARÇON
Numéro treize.
CLINTON
Le jour?
LE GARÇON
Vendredi treize.
CLINTON
Le total?
LE GAIIÇOX.
Ccnl t'.eizc fratics.
CLINTON
C'est comme un fait exprès!... c'est comme un avis de la destinée!... Payons, et finissons-en, .. Tenez, voilà un, deux, trois, quatre, cinq louis.
LE GARÇON
Ça fait cent ; il en manque treize.
CLINTON
El Irci/e!... toujours!.,, toujours!...
LES TALISMANS
LE GAIirON.
J'allends!
CLINTOiX, prenant sa bourso.
A liiislanl... Allons, voilà que ma bourse est vide.
LE GAni;.ON.
Monsieur n'a pas quelques bijoux?... pas de montre, pas déchaîne? Je suis voK; ! (Pronaui le piitolct.) Ehl pardieu, voilà mon allaire!
CLINTON
Laisse cela, malheureux !
LE GAllÇON.
<Ja vaut bien treize francs.
CLINTOX.
C'est ma dernière ressource.
LK GAIîÇON.
(/est pour ça que je le prends.
CLINTON
Je ne pourrai donc pas même me tuer?
LE GARÇON
Vous luer... non !. .mais vous pouvez danser... Toilàlebal qui va commencer... Faites vos invitations... nous avons la belle Clara... Paquila la Fricotteiise... cl la reine Tintamarre, le tout sans rétribution... Ecoule/... (On onteiul la inuMf[ue.)El si vous croyez encore au nombre treize, sou\enezvous qu'il vous a sauvé la vie. (Ou appelle.) Voilà I... voilà:... (Il sort.)