SCÈNE IV
Les Mêmes, moins LE COCHER.
PIERRE. Là... maintenant nous voici tout à fait seuls ; nous pouvons nous expliquer à notre aise.
FRÉDÉRIC. Si vous avez une explication à me demander, j'entends que vous choisissiez mieux le lieu et l'heure, et quoique ion m'ait peut-être égaré à dessoiii au milieu de ce bois, vous me laisserez libre, je pense, d'y retrouver mon chemin.
PIERRE. Malheureusement, il serait peutêtre trop tard demain...
LAZARE. Quant à l'heure, elle est un peu avancée, j'en conviens ; mais enfin, on y voit encore clair, et c'e.'^t tout ce qu'il faut...
JACQUES. Et la place est peut-être mieux choisie que vous ne le croyez, pour l'explication que je voulais avoir avec vous,
FRÉDÉRIC. Foitbien, messieurs, je vous comprends tout à fait maintenant!... Je ne me trompais pas... c'est un infâme guetapens... et vous voulez m'assassiner...
JACQUES. Je veux me battre avec toi , je veux te demander raison de ton insolent amour pour Clémence... car moi aussi je l'aime...
FRÉDÉRIC. Vous l'aimez. . vous!... Et ces messieurs, suis-je aussi leur rival?... Les neveux de n)adaine Renaud ont-ils fait à mademoiselle de Clamarins l'honneur de l'aimer tous les trois...
LAZARE. Bien , raillez enc re , monsieur, éteignez en nous ju.scju'au dernier scrupule...
FRÉDÉRIC. Des scrupides! allons donc...
Votre plan est bien tracé, et le voilà tout prêt de s'accomplir... la victime est tondiée dans le piège, il n'y a plus qu'à frapper; mais on ne devient pas assassin d'un seul coup... et ce qu'il vous f'Ui encore, c'e.st une insulte sortie de ma boiicbe, niic insult<' pour provoquer eu vous la colère et vous faire oublier
PARIS ET LA BANLIEUE
un instani la lâcheté d'un pareil crime... une insulte pour égarer votre raison et vous donner ie courage de sortir et de montrer l'arme que votre main tient cachée là... là... n'est-ce pas, mchsieurs? (// leur touche la poitrine.) 31ais vous attendrez vainement, et vous m'assassinerex de sang-froid, entendez-vous?... (Croisant ses bras sur sapoitrine.) Allons, je suis l'homme qui s'est loyalement confié à votre honneur, frappezmoi!... je suis l'homme dont vous avez dix fois depuis hier serré la main dans la \ôfre, frappez-moi!... je suis le (ils du comte de Clamarins. .. et vous irez tout à l'heure manger le pain de mou père... Frappez-moi, messieurs , frappez-moi !
JACQUES. J'ai dit que je voulais un duel.
PIERRE. Et je dis, moi, que je ne veux pas que lu joues ta vie contre celle de monsieur...
LAZARE. Et je me souviens, moi, qu'il est venu renverser toutes nos espérances... et qu'il faut qu'il meure , à moins qu'il ne renonce à ses droits.
FKÉDÉRJC. Y renoncer... jamais!
PIERRE et LAZARE , Sortant leurs pistolets et l'ajustant. Eh bien, donc...
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Les Mêmes, PASCAL.
Pascal, eu entrant, voit le danger de Frédéric et pousse un cri*
TOUS. Pascal!
PASCAL. Pardon , si je vous dérange,., ce n'est que moi.
LES TROIS FREINES. Pascal !
PASCAL, tremblant. Oui... c'est... c'est Piscal... En apprenant que monsieur n'était pas allé chez son père, je me suis douté qu'il y avait quelque chose , un petit malentendu entre vuus. Je suis retourné au moulin , où l'on m'a dit que vous vous étiez dirigés sur le bois de Vincennes. Diable ! un bois, me suis-je dit, voilà ce que c'est... monsieur Frédéric aura fait de la peine à ces bons frères Renaud, et les frères Renaud , qui sont pleins d'honneur, lui auront demandé raison. . Je vois que je n<^ m'étais pas trompé... le lieu où je vous retrouve, ces ligures sévères... et par-de.-ssus tout, ces armes... c'est bien un duel, c'e.it bien un duel, n'esi-ce pas?
LAZARE, s'avançant. Un duel...
PASCAL, éloignant le pistolet de Lazare. Pardon... un peu plus loin, si ça vous est égal...
PIERRE. Que faire?
FRÉDÉRIC, bas. Malheureux, vous êtes perdus !
PASCAL, sans l'écouter . Je suis venu poussé par une idée, une réflexion... Je me suis
dit : Le jeune homme n'a pas de témoin, lui, et je viens lui en servir...
LAZARE. Et vous êtes venu seul ?
PASCAL. Mon Dieu, oui... je n'avais personne sous la main...
PIERRE. A merveille alors... {Passante Frédéric.) Une dernière fois, décidez-vous...
Il met le pistolet sur la gorge de Frédéric.
PASCAL. Eh bien ! qu'est-ce que vous faites donc? vous voyez bien que monsieur Frédéric n'a pas de pistolets...
PIERRE, d\m ton significatif. Celui-ci suffira
PASCAL. Faites excuse, et en voici d'autres dont je suis sûr...
Il lire de sa poche deux pistolets.
PIERRE. Armé!
PASCAL, donnant les pistolets à Frédéric. Ils sont tout chargés, prenez !
LAZARE, à Pascal, avec colère. Misérable Pascal I
PASCAL . Au besoin , même, j'en ai encore deux autres, voy<z!... {Il tire de sa poche deu.r autres pistolets très longs qu'il garde dans ses mains.) Et si ça ne vous plaît pas... serviteur de tout mon cœur...
FRÉDÉRIC. Messieurs, la question va changer maintenant.
PASCAL. Oui, oui... elle va changer la ques ion... Allons-nous-en.
FRÉDÉRIC Non, Puscal, non... je veux leur apprendre qu'ils n'ont pas affaire à un iâche...
PASCAL. Ces messieurs le savent bien...
Allons-nous-en.
FRÉDÉRIC, à Jacques. Ce duel que vous m'avez offert, (O duel que vos frères ont traîtreusement refusé, eh bien ! je vous le propose à mon tour...
JACQUES. Enfin!
LAZARE. Mais...
JACQUES, à ses frères. A votre tour, laissez-moi; ceci me regarde...
PIERRE. Cependant...
JACQUES. Oh ! pas de réplique... puisqu'il n'y a pas moyen de faire autremenL
LAZARE. Va pour le duel'
JACQUES, montrant ses frères. Voici mes témoins.
FRÉDÉRIC , montrant Pascal. Voici le mien .
PASCAL. Ah ca. mais c'est donc pour tout de bon!... Un duel 1 quand je vons apporte des armes! un duel, quand à nous deux nous pouvions mettre en fuite ces gredins-là... avec nos quatre pistolets!.. Quand on fait tant que prendre des précautions, on n'en saurait trop prendre
PIERRE, à Pascal, avec mépris. Allons, voyons, approchez, monsieur le témoin.
PASCAL. Que... que j'approche... me
voilà.... Mopsienr,... monsieur Frédéric, oioy»7,-nH)i, alli'ns-iM>ns-en.
fkëdêRk; Impossible, mon bon Pascal; je ne l'iiis, sai)S bonle, é\ lier ce rcmbiU.
Pa<ral marciipa^ec craitite vers Pierre et Lazarre.
PihRKK. Vuuitz-vous que nous rechargions les arnes?
Pxsr.Ar,. Les recharger!... non, non, non, je su s >ùr, parfiiiieuieiit sur...
LAZARE. Il suffit.... c'est une question de pure formaliié.
PASCAL, « ptirl. Des formalités. .. lorsque tout .'i l'he re ils \ouUii> nt...
pjEiiRK. A combien de pas ente ndez-vou-t qu'on si'pporie le feu?
PASCAi . Le leu ! du plus loin possible.
Lazare. Allons doi.c!
PIERRE. A quinze pas.
PASCAL. A quinzt^i'as! y pensez-vous? je touche à tout conp, moi. à quinze pas... Il en f-ui cent, au moins... et encore...
LAZARE. [Monsieur piiisantel
PIERRE. Oui, oui... à quinze pas!
PASCAL. Non 1
PU RRE. Lh bien, à vingt-cinq, et l'on marchera l'un sur l'autre.
jACQi LS à Frédé'ic. Songez-bien, monsieur. (|ue c'est un duel à mort!
FUÉDÉRic. Soit, monsieur.
piERiîi;. Il faut conif ter les pas.
PASCAL Je m'en charge .. je me défie d'eux. .. ils n'eu mettraient que quinze.. . et puis j'ai de gi and' s jambes.
piERRi. Voyons, dépêchez-vous!
Pei'ilaiit que Pascal mesure les distanres. Frédéric se rappiorli'd' s trois frères. La/are fait signe à Pascal de prendre de plus loin; lui et Pascal disparaissent un montent.
LAZARF. C'est fait !
FRÉDÉRIC. Allons, messieurs, finissonsen !
PIERRE. Quand vousvouflrez... il ne s'agit plus (|ue de liier les places au sort.
FRÉDÉRff:. Kh! (pi'importe 1 place!
PII RRE, à Jacques cl à Frédéric. Messieur^, i' est entendu qu'au tr()i>ième coup voU' serez maîtres de tirer ou de n arclier l'im sur l'autio, à voire choix... (^4 Pascal.) ;\laiuienant, à distance!
PASCAL, ^on, c'cs' î'ff eux ! je ne le souffrirai pas! mai'^ vous al ez le tuer .. le fils de mon maîire, le (i s de votre piolecieur ! Au nom du ci'jl, me.ssieurs, ne le tuez pas, ne le tU(Z |)as!
PII RKE, renlraînant. Assez, assez, monsieur!
FRÉDÉRIC. Sois tranquille, Pascal, le ciel sera pour moi!
PASCAL. Ah! mon Dieu, mon Dieu! {Jacqu'i ef Fiéi'éric se pincent ; les tétuoins ne metlent à (listance; Pierre dor've le signal. Au troisième coup, Frédéric tire et manque
son adversaire.) Le malheureux! il l'a manqué!
JACQUES. A mon tour...
PASCAL. Ui! c'est (lui ,. ilestpTdu? {Jaccjues marche lentement sur Frédéric.) Arrêtez ! au notn du ciel, arrèîez!
Il ■'(■ut s'élancer.
LAZARE, le retenant. Allons, ne bougez pas !
PASCAL. Pauvre jeune homme!... mon pauvie maître I
Il tombe à gp' eux et ?e raclie la tAte dans les mains.
Jacques, quis'e^t avancé jusque sur Frédn'ic. Cne demièie fois, vonkz-vous renoncer à (liéinence ?
FRÉDLRic. .lamiis! plutôt mourir!
Jacques. Eh bien... tu mourras!
Il s'approch** encore, dirige son pistolet sur la poitrine (le Fié'lerif, pendant que Pascal fait de vains eiïorts pour échapper à Pierre et à Lazare.
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