‹ Magasin théâtralChapitre 1024 sur 1377 · FERNAND, MONTALÈGRE · texte numérisé non relu

FERNAND, MONTALÈGRE

FERNAND

Eh bien! mon oncle, la comtesse?

montalègre, sonnant.

Elle est mieux ; elle sortira.

Il Ole sa robe de chambre et se dispose à s'habiller. FERNAND, Û pari.

Je lisais pourtant bien autrefois sur cetie physionomie.

Le Domestiqué entre.

MONTALÈGRE, en s'habillant.

Allons, Fernand, mets-moi maintenant au courant de ce qui s'est passé ici pendant notre

voyage. Donne-moi quelques détails sur nos amis, sur ce qu'on est convenu d'appeler des amis, au moins. Commence, si tu veux, par notre nouveau banquier, cet original de Biroteau, à cause de sa femme que la comtesse aime toujours beaucoup.

FERNAND

Eh bien alors, mon oncle, si nous commencions par la femme?

MONTALÈGRE

Soit! Toujours jolie?

Comme un ange! c'est aujourd'hui ce qu'il y a de mieux et de plus recherché dans tout Paris. Son esprit, sa grâce, ses talens, car elle a fini par en acquérir... du reste, légère, étourdie, moqueuse, coquette comme pas une, et sage avec tout cela.

MONTALÈGRE

Voilà ce qui vous désole, mauvais sujet!

FERNAND

Moi et beaucoup d'autres, mon oncle.

MONTALÈGRE

Ce M. Biroteau est réellement bien heureux.

FERNAND

Oui, il y a des grâces d'état.

Le Domestique sort et emporte la robe Je chambre. MONTALÈGRE.

Et s'est-il au moins formé à l'exemple de sa femme? s'est-il décrassé un peu?

FERNAND

Lui ! il a changé de tailleur; c'est tout ce qu'on a pu obtenir; et ses façons paraissent plus communes encore, depuis que celles de ses habits le sont un peu moins; voilà pour la forme. Quant au fond, son esprit a toujours la même portée : les affaires; hors de là, rien! Son cœur... personne n'est encore bien sûr qu'il en ait un. Où il y a progrès, par exemple, c'est dans cette familiarité de mauvais ton qui veut toujours vous descendre à son niveau, et dans cette confiance en lui-même qui fait qu'il ne doute jamais de rien.

Et un pareil homme est aimé!

FERNAND

Aimé! oh! non, ce n'est pas probable... mais au moins est-il sûr qu'on n'en aime pas d'autre, et c'est quelque chose que cette certitude.

MONTALÈGRE

Oui, sans doute!... (Changeant brusquement de ton.) As-tu lu les papiers que je t'ai remis? FERNAND, revenant aussi au ton sérieux.

Oui, mon oncle, et j'exécuterai ponctuellement vos ordres. Ce qui rendra un peu moins pénible pour moi une séparation, quej'abrégerai d'ailleurs autant que possible, ce sera d'emporter, en vous quittant, l'assurance que je vous laisse calme, tranquille, heureux...

montalègrf., lui prenant la main.

Fcrnand, tu ne < rois p.-is ce que tu dis.

FERNAND

Mon oncle..a

MONTALÈGRE

Non, tu ne le crois pas, et tu as raison de ne pas le croire... je ne sm. pas heureux, en effet

! . '■ Oit.

La comtesse cependant...

MONTAXÊGHfe.

Oh! sa conduite est irréprochable, sa vertu à l'abri de tout soupçon.

MONTALÈGRE

Eh bien, écoule-moi; mais, sur ta vie, que ce soit un secret entre nous: Je n'ai tenu aucun des engagemens que j'avais pris avec moi-même en épousant Julie ; jesuisjaloux, jaloux d'elle comme je l'ai été de doua El vice I

FERNAND

Mais dona Elvire était coupable, vous en avez eu la preuve, tandis que la comtesse...

MONTALÈGRE

Est innocente, oui, sans doute. Ici, non seulement aucune preuve, mais pas même un indice du contraire; aussi caché-je ma jalousie à tous les yeux, aux siens surtout, comme on cache une mauvaise passion ; mais, pour la bien cacher, je n'en souffre pas moins.

FERNAND

Mais mon oncle...

MONTALÈGRE

C'est de la démence, vas-tu dire. Eh bien, oui, je suis fou, car c'est folie d'exiger d'une pauvre femme plus qu'elle ne peut donner : Julie est pure, candide, esclave de ses devoirs... Est-ce sa faute si elle ne m'aime pas ?

FERNAND

Et quand il serait vrai, quand elle n'aurait encore, aujourd'hui pour vous, en effet, qu'une profonde estime, une reconnaissance sincère, cela prouverait-il qu'un jour un sentiment plus tendre ne vous paiera pas enfin de votre amour? vous avez dans le passé des garanties pour l'avenir ; car c'est une justice que vous avez toujours rendue à la comtesse ; si son cœur n'a pas suivi le don de sa main, (appuyant) du moins ce cœur était libre, il n'avait jamais appartenu à personne avant vous.

.montalègre, avec impatience

Assez !...

JULIE, dans la coulisse.

Donnez-moi mon châle.

montalègre, redevenu calme.

C'est elle! laisse-nous.

FERNAND

Oui, mon oncle; je vais tout disposer pour mon prochain départ.

Il salue la Comtesse, qui entre en ce moment par la porte de gauche, et il sort par celle du fond.

DEUX JEUNES FEMMES

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