‹ Magasin théâtralChapitre 114 sur 1377 · JULIE, ÉLISE, NÉRIS · texte numérisé non relu

JULIE, ÉLISE, NÉRIS

ÉLISE, pâle et à voix basse. Ma mère!

ma mère !

julie. Juste ciel! qu'est-ce donc? et qu'as-tu, mon enfant?

élise. La honte, l'indignation... je ne puis parler !

néris. Achevez, ma fille!

élise. Votre fille ! Ah ! ce nom me fait

JILŒ.

du bien!.. A npelez-moi encore voire fil le, j'ai besoin de l Vn tendre !

HUA*, prêtant l'oreille. Mais quel bruit? quel tumulte? Qu'est-ce donc enfin?

Élise. Ea te quittant, je vais reprendre ma place auprès de Mmc la marquise de Brécourt, elle n'était plus à la sienne, et je l'aperçois au fond du salon, entourée de plusieurs dames à qui M",e de Césanne faisait lecture d'une lettre... M",ede Césanne s'interrompait et tournait la tète de mon côté, comme pour nie faire comprendre que c'était de moi qu'il était question. Ob! quel regard! qu'il exprimait de mépris et d'insulte! Je jette les yeux autour de moi pour trouver un appui., j'étais seule... une distance considérable me séparait de toutes ces demoiselles. Je me lève et vais m'asseoir à côté de Mn,c de Lussan : elle abandonne aussitôt sa place. Je me rapproebe de Mlle de Cireuil ; sa mère la rappelle, et ebacune de ces dames, imitant son exemple, s'éloigne de moi.

NÉRIS. Eb bien ! madame ! eh bien !

ÉLISE. Des groupesse forment, d'où partent des murmures confus auxquels se mêlent plus distinctement votre nom et le mien... Je prête l'oreille... les mots de séparation, de divorce, arrivent jusqu'à moi. M. Crépon est désigné du doigt ; le nom de M. Préval est prononcé !

m luis. M. Préval, madame !

ÉLISE. Et j'entends... Ah ! ma mère ! je ne dirai jamais ce que j'ai entendu !. ..

JULIE. Qu'est-ce que cela signifie ?

élise. Cependant je mourais de confusion et de douleur ; je faisais des efforts inutiles pour ne pas perdre contenance ; enfin Mlle de Lussan vient à moi , et sous les apparences de l'intérêt et de la compassion : «Sortez! sortez, » me dit-elle, » mettez un terme à ce scandale, à l'indi- » gnation générale!» Eh! qu'ai-je donc fait? grand Dieu ! — « Ce que vous avez » fait? Et le mariage de M,le Isaure et de » M. le duc de Theyal rompu par le ma- « nége et les intrigues de votre mère. »

JULIE. Ah ! quelle horreur !

Élise. «Elle, Isaure, votre amie, qui » vous accordait toute sa confiance ! je ne » le crois pas , non , je ne puis le croire. •> Mais vous voyez ce qui se passe. Sortez, » sortez! Mais voyez donc!... on nous re- » garde, on nous observe, on se demande » si vous céderez enfin à mes remontran- » ces !. .. Ah ! sortez , sortez! » — Oui , je sors, mademoiselle! me suis- je écriée; niais je reviendrai. Mon père, j'ai dit que je rentrerais! l'on m'attend, et il faut que je rentre, ou qu'un éternel allront pèse sur

ma tète ! Vous êtes notre appui, notre protecteur! c'est à vous de nous défendre et de nous venger ! Venez, montrez-vous!... mais point de réflexions ni de retards! c'est tout de suite , c'est à l'instant même ! La calomnie est là... debout... sa voix domine!... Entendez-vous! il faut se présenter à elle, et la confondre en face de tous ! Vous hésitez , mon père ! Ma mère , vous gardez le silence ! vous détournez la tête ! Eh! qu'importent de légers torts, quand l'honneur parle ! Plus de dissensions entre vous ! Venez, venez ensemble ! Ob ! qu'on vous voie ensemble ! faites cela ! ah ! pour moi, pour votre fille ! faut-il donc embrasser vos genoux ?

JULIE. Elise, que fais-tu? tous les yeux sont fixés sur nous. On vient.

ÉLISE. Ah! qu'on vienne ! c'est ce que je demande.

JULIE. C'est Mmc de Brécourt.

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