SCENE V
Les Mêmes , HENRI , passant devant la fenêtre et entrant par le fond.
HENRI
Bonjour, Marie.
Il lui embrasse la main.
MARIE
Arrivez donc, mon père a bien des choses à vous dire.
HENRI
A moi? me voici? (A John.) C'est moi.
JOHN
Bonjour, mylord.
henri, surpris.
Mylord !
MARIE
Que dites-vous donc?
JOHN
Écoute-moi, ma fille : Monsieur, quand, après avoir suivi long-temps Marie au sortir de l'église, vous vîntes me dire que vous l'aimiez et me jurer qu'elle serait votre épouse, j'accueillis le jeune homme qui tendait la main à l'orpheline; mais vous ne l'eussiez jamais revue si vous m'eussiez dit : Je m'appelle lord Henri.
HENRI
C'est parce que j'avais prévu cela que je vous l'ai cache". Eh bicnl oui, je suis noble; je suis noble, Marie; mais mes sermens sont saints et sacrés.
john, élevant la voix.
Vos sermens! et votre prochain mariage avec Une noble dame ?
henri, altéré.
Quoi t vous savez ?
JOHN
Vous pensiez, n'est-ce pas, que, seul, je l'ignorais T
henri, anéanti.
Je l'avoue; j'ai tout fait pour empêcher ce bruit fatal d'arriver jusqu'à vous; mais ce mariage ne s'accomplira pas.
JOHN
Je ne vous crois plus, mylord , vous nous avez menti.
nENiw, désespf'é.
Oh 1 malheur! mais qui donc a pu vous dire?
le jeune homme, s' avançant.
Moi, monsieur.
HENRI
Vous? mais quel intérêt..,.
LE JL.L.NE HOMME
Un intérêt puissant.
HENRI
Qui êtes-vous donc?
LE JEUNE HOMME
Je me nomme Albinus.
MARIE et JOHN.
Albinus!
HENRI
Albinus le médecin?
ALBINUS
Oui, mylord; et si vous prenez la vérité que je viens de dire pour une offense...
HENRI
Non, monsieur, je connais votre amour pour miss Anna Weston, qui m'a confié qu'elle vous aimait, et voire présence ici, c'est ma justification, ma justification tout entière; car depuis trois jours je vous cherche dans Londres pour vous proposer un pacte, une alliance, et ce que je devais vous dire en secret, je veux le dire devant tous , et que Dieu me frappe si ma parole n'est pas sincère. Écoutez-moi donc, Albinus! vous êtes aimé de miss 'Weston , que des ambitions veulent me donner pour épouse et que je refuse, moi, qui ne saurais la rendre heureuse ; et ces mômes ambitions vous arrachent à jamais cetle femme, à vous, parce que vous M'êtes point noble. (Désignant John.) Voici le père de ma fiancée à moi; rendez-lui donc la vue, faites-lui revoirie jour, et je jure qu'alors j'irai me jeter aux pieds du roi d'Angleterre en lui criant : Sire, une lettre de noblesse pour celui qui vient de faire un miracle dans vos états. Le roi sera juste, miss Anna deviendra votre épouse et l'amie de Marie, dont le père aura revu la lumière, et dans deux ans, quand je serai libre, lorsque l'on pourra dire : Lord
Henri vient d'épouser Marie, la compagne, l'am de la femme d'Albinus anobli, nous aurons eu chacun notre part de bonheur. Voilà, monsieur, ce que, depuis trois jours, je brûlais de vous dire, et je pensais qu'alors nous ne serions point ennemis!
albinus, avec émotion.
Lord Henri, avez-vous un frère?
HENRI
Non, monsieur, et vous?
ALBINUS
Je n'en ai point non plus; voulez-vous être frères?
HENRI
Un frère, c'est plus qu'un ami.
ALBINUS
Je ne l'oublierai jamais si vous me donnez la main.
henri, lui tendant la main.
Soyons donc frères.
ALBINUS
Et pour accomplir chacun notre tâche sacrée, je vous donne ici rendez-vous dans huit jours.
JOHN
Qu'allez-vous faire?
ALBINUS
Étudier encore, tuer le doute, peser la science, et revenir, confiantet sûr, m'asseoir en face de l'aveugle qui verra poindre le jour et l'obscurité mourir.
Dans huit jours!
albinus, à Henri.
Dans huit jours, frère.
Albinus lui serre la main et sort.
fV\\\VV\\\VVV\\YVVV\VVYV\\v\v\\\\\\v\\\WVVVWVVl.*W*V\>VVVVV\
SCÈ^E VI.