I.\ GUERRE DE L'INDÉPENDANCE
i>remil cet écrit que je te laisse. » Elle ufe ten- <lii ce papier avec efl'ort, et elle retomba sur son lit. Je jurai auprès de la morte d'accomplir la mission que, vivante, elle m'avait donnée; et je
quittai mini peuple qui voulait retenir son sncliem révéré ; je suis venu pies «les villes, cherchant partout l'homme qui m'a enlevé ma sœur; il doit être dans l'un ou l'autre camp... et je le
retrouverai... à moins qu'il ne soit mort, ce (pie le grand esprit a permis, peut-être, car, jusqu'ici, je n'ai pu découvrir aucun indice.
DJALLIE.
Dame ! s'il est mort , il n'y a plus guère moyen de le rencontrer ; et si tu le cherchais long-temps, mon pauvre Natty, tu risquerais de te fatiguer pour rien. (Prêtant l'oreille.) Mais je ne
me trompe pas, c'est miss Clara qui revient.
Les Mêmes, CLARA.
CLARA , entrant sans voir Natty, à Djallie. Mon père n'est pas rentré ?
Non, Miss, il est lui-même à Philadelphie.
CLARA , à part.
Parmi ces officiers qni arrivent de France, je ne l'ai pas vu, lui... ni personne qui me parle de lui... C'en est fait, mon dernier espoir est déçu!..
NATTY, bas à Djallie.
On dirait qu'elle a du chagrin...
djallie, de même.
Elle est toujours ainsi depuis son retour de France.
CLARA , à part.
Et mon père... chaque jour il paraît plus soucieux... Quels sont ses projets?.. Hier, il a prononcé le nom de M. Andersen...
DJALLIE , bas à Natty.
Je vais te présenter. (Haut.) Miss, voici Natty le sauvage , autrement dit Bas-de-Cuir.
CLARA
Natty ! soyez le bien venu dans la maison du général Arnold , vous qui avez sauvé sa lille ; je n'oublie pas le jour où je m'étais aventurée si imprudemment dans la forêt...
NATTY
Oh! ne parlez pas de cela, Miss; tout le monde en eût fait autant à ma place... Quand je vous.ai vue sur le point d'être dévorée par cette panthère , vous que tout le monde aime et respecte dans cette province , je n'ai eu pour vous sauver qu'à continuer ma chasse ; c'est un coup de fusil heureux. Je n'en dirai pas autant de celui que j'ai tiré sur un daim il y a quelques jours.
CLARA
Que dites-vous?
NATTY
Je dis, Miss, que si vous n'intercédez pas en ma faveur, on va m'emprisonner trois mois pour avoir tué un daim , quand la faim me dévorait.
DJALLIE.
Tiens ! pourquoi cette injustice ?
CLARA
\h ! j<- comprends... Dans ce moment , la
(liasse est défendue.
Et pourquoi défendre la chasse? Dieu n'a-t-il pas créé les daims ei les buffles pour la nourriture de l'homme ?
CLARA
Mon pauvre Natty !
N a 1 1 v , virement.
Je me suis toujours tenu en dehors des villes, j'ai bâti de mes mains ma hutte au milieu des bois, je me suis désaltéré' de l'eau du ciel , et j'ai vécu des fruits des montagnes et du gibier de la plaine; et pour prix de cette existence paisible et solitaire, on me condamne à passet trois mois de ma vie entre quatre murailles !.. Kl vous appelez cela de la justice.'.. Ah! miss Clara; vous ne savez pas ce que c'est que la liberté pour un sauvage. Plutôt que de me laisser enfermer, je me ferais tuer, voyez-vous... .i ma mon coûterait cher!., qui... moi!.. Natty!.. trois mois privé d'air et de soleil!.. Dé l'air!.. du soleil!., les seules choses qu'on n'ait pas encore trouvé moyen de civiliser!..
DJALLIE.
Il n'en démordra pas!..
CLARA
Calmez-vous, calmez-vous, mon cher Natty! Je parlerai à mon père, je lui demanderai votre grâce, et je l'obtiendrai; mais à l'avenir...
NATTY
A l'avenir, je serai bien forcé de manger quand j'aurai faim.
DJALLIE, qui a remonté au fond.
J'aperçois le général.
CLARA
Mon père !
DJALLIE.
11 revient avec plusieurs officiers... Il n'a pas l'air de bonne humeur.
CLARA
Sans doute, un de ses accès de colère... l'instant n'est pas favorable pour parler de vous, je voudrais même qu'il ne vous rencontrât pas ici
Demain, je reviendrai savoir ce que vous avez obtenu; jusque-là, je me cacherai... Au revoir, miss. (Il va pour sortir au fond.)
DJALLIE.
Pas par-là... c'est de ce côté qu'il vient.
natty, montrant la fenêtre.
Eh bien ! par ici alors...
DJALLIE.
C'est ça ; fameux chemin pour ne pas être suivi.
CLARA
Par la fenêtre!...
natty.
Ne craignez rien ! je suis descendu de rochers plus escarpés et où il y avait moins de prise qu'ici... au revoir, miss Clara.
(Il sort par la fenêtre.) DJALLIE.
Ali ! il est déjà dans le jardin ; comme il descend d'une fenêtre... on dirait qu'il a eu des egjs bonnes fortunes toute sa vie.