‹ Magasin théâtralChapitre 1327 sur 1377 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ARNOLD, puis MISS CLARA.

ARNOLD, entrant par le fond.

Avec quelle insolente audace ils m'ont traité !.. ce Washington , comme il cherchait à m'humilier encore...

CLARA, entrant. C'est lui... comme il a l'air courroucé ! cependant je dois lui parler sans délai.

Arnold, à lui-même.

Quelle que soit leur sentence, peu m'importe ! Anderson viendra m'en prévenir, dès qu'elle sera rendue... Anderson, resté fidèle dans la bienveillance qu'il me porte, autant qu'eux tous dans leur désir de me perdre... Et je ne pourrais me venger!., me venger surtout de ce Washington exécré!.. Ah !

(Il s'assied, la tète dans ses mains.) CLARA, s'approchant.

Mon père !

ARNOLD

Qu'est-ce?., que me voulez-vous?.. Plus tard, car dans ce moment...

CLARA

Je vois et partage votre chagrin ; mais, depuis que nous avons quitté Philadelphie, "c'est la première fois que je me trouve seule avec vous, et je vous supplie de m'écouter.

ARNOLD

Qu'avez -vous donc de si important à me dire ?

CLARA, hésitant.

11 s'agit... je voudrais vous parler de M. Anderson...

ARNOLD

M. Anderson ?.. vous pourriez dire votre époux, car il le sera dès demain.

CLARA

Demain ?

Il)

LA GUEMIE DE L'INDÉPENDANCE

ARNOLD. «t*J»

Et ce mariage prouvera à toute l'armée qu'on cherche en vain à me perdre de réputation.

CLARA

Quoi, mon père, demain...

ARNOLD

Oui, demain, (a part.) Jl faut que j'enchaîne cet homme par des liens indissolubles...

CLARA

Mon père, ce mariage est impossible; je ne puis épouser M. Anderson, je ne l'aime pas, et... (Avec hésitation.) j'en aime un autre. ARNOLD.

Un autre ?.. Et d'où vous vient cet amour subit, cette folle passion d'un joui':' CLARA, vivement.

Vous vous trompez, mon père ; depuis deux ans je l'aime et j'en suis aimée.

ARNOLD

Deux ans, dites- vous?., mais, à cette époque, vous étiez en France avec moi.

CL \r. \.

Oui, mon père, et c'est là que je l'ai connu.

En France?., et jamais je n'en ai rien su, pourtant.

CLARA

Ah ! c'est qu'alors comme aujourd'hui, vous négligiez votre fille, et vous paraissiez l'oublier de plus en plus tous les jours... Il venait souvent, lui... Quand il me voyait pleurer voir,' tendresse éteinte, il cherchait à rassurer mon cœur... il m'aimait tant !.. et je l'aimais aussi, mon père ; car il est noble, il est brave, il est digne d'être le gendre du général Arnold. 11 allait vous demander ma main ; mais son père, qui avait formé pour lui d'auires projets d'alliance, refusa son consentement, et le refusa obstinément... Pourtant nous ne désespérions pas de vaincre sa résistance, lorsque vous reçûtes l'ordre de retourner en Amérique immédiatement. Nous eûmes à peine le temps d'échanger un adieu; dans cette dernière entrevue, il me jura qu'il viendrait me retrouver en ce pays, réclamer ma main et tenir ses sermens. 11 me le jura, et je partis confiante dans l'avenir, et, pendant deux ans, j'ai conservé cet amour, le seul espoir de ma vie.

ARNOLD

Eh bien ! ce Français a fait comme tant d'autres ; il s'est marié dans sa patrie, il a perdu jusqu'au souvenir de celle qui eut l'imprudence de l'aimer sans l'aveu de son père.

CLARA

Ce Français a tenu son serment. Après la mort de son père, il a traversé l'Océan, il est arrivé en Amérique ; il est ici, je l'ai revu.

ARNOLD

Ici?., vous l'avez revu? Quel est donc cet homme ?

C'est le colonel Saint-Vallier, qui est venu nous trouver à Philadelphie.

ARNOLD

Saint-Vallier !.. cet audacieux officier de fortune qui n'a pas craint de venir me demander mon épée, à moi, le plus ancien général de l'armée !..

CLARA

Oh ! il ignorait la mission qui lui avait été donnée ; depuis, il vous l'a dit lui-même avec des larmes dans les yeux... et cette mission, il ne l'avait acceptée que pour se rapprocher de moi et vous demander ma main.

ARNOLD

Vous, la femme d'un de ces hommes qui ont rendu pour moi la patrie plus ingrate encore !.. Oh ! quand même je ne vous destinerais pas a un autre, je ne consentirai jamais à ce mariage.

CLARA

Mais, mon père?

ARNOLD

Jamais, vous dis-je ; d'ailleurs, ma parole est engagé.;; la vôtre aussi, Miss, ne l'oubliez pas. CLARA.

Oh! quand j'ai promis de vous obéir, je n'espérais plus revoir Saint-Vallier... je le croyais retenu loin de moi... mort, peut-être ;mais tout mon amour, que l'absence avait désespéré, s'est ranimé a sa vue. (Mouvement d'Arnold.) Oh ! je n'oublie pourtant pas la parole que je vous ai donnée... cette parole funeste dont tout mon malheur ne me dégage pas. Vous avez lait grâce à Natty ; vous ne me la ferez pas, à moi. Aussi, je suis prête à épouser M. Andeison ; mais je ne vous ai pas promis de l'aimer, mon père; ce serait au-dessus de mes forces. Je ne vous ai pas promis de vivre après ce cruel sacrifice. M. Andeison sauva tout, et, s'il persiste encore à vouloir m'épouser, alors, je serai sa femme, dusséje en mourir après.

ARNOLD

Quoi, vous diriez à M. Anderson?..

CLARA

La vérité... la vérité tout entière !

ARNOLD

Et moi, je ne le permets pas ; ce serait encore une révolte... et je veux que vous obéissiez, et vous obéirez de force, s'il le faut.

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