CALIGULA, JUNIA
caligula, courant a la porte du fond où frappe Junia,
et ouvrant a tle porte lui-même.
Pourquoi n'ouvre-t-on pas? Pardonne-moi, nourrice, J'ai reconnu ta voix; que me veux-tu?
JUNIA
Justice.
On m'a pris mon enfant, on m'a volé ta saur, César 1
CALIGULA
Et connais-tu l'infâme ravisseur?
Non, mais je viens à toi, le front couver! de poudre, A toi, le tout-puissant, à toi, qui tiens la foudre, A toi, mon fils, à toi, qui sais tout comme un dieu, Redemander ma fille; à toute heure, en toUl lieu . Ton bras impérial peut librement s'étendre, Et chez les plus puissans aller me la reprendre. César, rends-moi Stella, ma fille, mon enfant, Et vraiment tu seras l'empereur triomphant, Quid'une main frappantl'ennemi comme un homme, De l'autre comme un dieu sèche les pleurs de Rome.
CALIGULA
Mais sais-je où la trouver! ma mère?
Il NIA.
Écoute-moi.
Ne perdons pas de temps... .viens... j'irai devant toi; L'instinct me guidera, uoble fils d'Agrippine; Comme il guida Cérès poursuivant Proserpiné; Et comme elle allumant deux flambeaux tour à tour, Pour cherche! nia Stella la nuit comme le jour, J'irai sans m'arrêter, dans mes douleurs amères, Sur ma route, a grands cris, interrogeant les mères, Et suivant touschemins qui me seront offerts, Dût celui qu'elle a pris me conduire aux enfers.
Mais Aquila nous peut aider dans cette tâche.
JIM A
Ah! qu'un amoiii de mère est égoïste e( lâche! Je ne t'avais pas dit... je l'avais oublie, Qu'ils l'ont comme un eèélave, abattu, pris, lié, Conduit je ne sais où ! Tu \ois bien qu'il est juste A toi, César, a toi, le pëlit-fils d'Auguste, De punir sans retard deux crimesodieux Qui se sont accomplis près de toi, sous tes yeux; Et qu'il ne se peut |>as que la sœur outi Ait rougi d'un affront et ne soit pas vengée.
CALIGULA
Enfin accuses-tu quelque noble romain!
iuhia.
Non, j'ai senti le fei el ù'âi pas vu la main. Mais d'avance on connaît ceux-là que n;hi> injure
On devra soupçi cr d'un rapl ou d'un parjure.
Plus d'un, autour de toi, du faii es) contumiei : Ton oncle...
(.Mil, Il \.
Claudius?
junia.
Oui, lui tout le premier.
caligula, m ec mépris.
Tu lui fais trop d'honneur lorsque tu le condamnes, 11 fautà Claudius de basses courtisanes, Voilà tout.
JUNIA
Cherea peut être soupçonné...
caligula, met l'air du doute.
Le (lime estbienpesanl pour o.w efféminé Qui, couche sur des fleurs, à Venus boit sans trêve Dans une coupe d'or [dus lourde que son glaive.
JUNIA
Sabinus...
CALIGULA , souriant.
Celui-là, nom rice, pour l'instant, S'occupe avec succès d'un soin plus important ; Il conspire.
JUNIA
Malheni !
CALIGULA
Et maintenant, écoute :
Le coupable est un noble, homme puissant, sans
[doute, Qui peut, craignant de voir ses crime- avérés, Étendre jusqu'à toi ses coups désespérés.
JUNIA
Soit.'.-.ilm'a fait la vie et nonla mortamère.
CALIGULA
Mais moi, je dois veiller sur les jours de ma mère; Tune sortiras plus; je veux, dès ce moment, Te loger au palais dans un appartement, Où, de peur que te suive une trame imprévue, Mes soldats les plus sûrs te garderont à vue. Quanta ma sœur, c'est moi qui la retrouverai.
JUNIA
Oh! je t'aimais, mon fils, mais je t'adorerai
Comme un dieu; ne perd s pas une journée, une heure.
Si je perds un instant, ma mère, que je meure; César ne promet pas vainement : de ma main Ta fille te sera remise.
JUNIA
Quand?
CALIGULA
Demain.
JUNIA
0 mon fils! mon César, mon empereur, mon maître, Avec ce mot, demain, tu viens de me soumetti e ; Où me faut-il aller? conduis-moi, me voilà. Oh! demain, m'as-tu dit? demain.
CALIGULA
Oui.
CALir.UliA.
junu, tressaillant au bruit du peuple qui commence ù s'amasser mi pied du palais i
Qu'est nia?
C U HUILA.
Rien! la réalité seulement suit le rêve.
JUNIA
Ce bruit?
CALICULA.
C'est l'Océan qui monte sur la grève; Mais nous pouvons d'ici déjouer ses complots, Frappant du pied.
Et ce roc est, ma mère, à l'épreuve des flots.
Ils sortent par la porte du tond ; au même moment , Messaline lève la tapisserie de la porte à gauche et les suit des yeux.
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