CALIGULA, MESSALINE
CALIGULA
Je m'étonnais déjà de ne t'avoir point vue!
MESSALINE
Je savais à César une tendre entrevue,
Et je ne voulais pas, dans un si doux moment ,
Distraire l'empereur par mon empressement.
CALIGULA
Nous sommes cematind'humeurbien complaisante, Prends garde à toi, César!
MESSALINE
Mon Jupiter plaisante; Il imite le dieu dont il a pris le nom, Et je ne serai pas plus fière que Junon.
CALIGULA
0 femme! être mobile et changeant comme l'onde.
MESSALINE
Eh bien! que dit César de cette beauté blonde?
Ses yeux bleus auraient-ils les funestes pouvoirs De lui faire oublier à jamais les yeux noirs? <>s femmes. ont, dit- on, des grâces langoureuses Dont le charme est puissant aux âmes amoureuses ; César est-il séduit pat ces molles ardeurs ?
CALIGULA
Si César estséduit, ce nVst que par des pleurs.
MESSALINE
Quoi! déjà l'innocente a répandu des larmes? Oh! quenous savons bien toutcsquolssonlnoschar- Et combien est plus doux que le doux Orient [mes, Un visage à la fois pleurant et souriant.
CALIGULA
C'était, je m'y connais, une douleur amère, Et des refus réels, j'en suis bien sûr.
MESSALINE
Chimère !
Si César eût subi l'affront de ses refus, L'audacieuse enfant déjà ne vivrait plus.
CALIGULA
Ah! voilà que Junon dans sa colère oublie Quel empire nous tient et quelle loi nous lie , Et que tout front échappe au coup qu'il mérita, Tant qu'il peut se parer du bandeau de Vesta.
MESSALINE
Les filles deSéjan, dans un cachot jetées, S'étaient sous cette égide en effet abritées, Tibère leur choisit un geôlier de sa main, Et toutes deux pouvaient mourir le lendemain.
CALIGULA
Merci, l'avis est bon en ce qui me regarde, Surtout!
MESSALINE
Que dit César?
CALIGULA
Que c'est moi qui la garde, Et que, ne sachant point d'homme à qui me fier , Je ne lui compte pas donner d'autre geôlier. Mais on vient : c'est assez ; sur ce point bouche close ; Car nous allons avoir à parler d'autre chose.