SCENE IV
Les Mêmes, LE CORDELIER.
LABROSSE
Entrez, mon père, entrez... parlez sans défiance.
LE CORDEI.IER.
Je me suis fait attendre.
LABROSSE
Avec impatience.
PHILIPPE III
LE CORDELIER
Monseigneur, excusez : la fatigue et les ans, Sans refroidir mon cœur, rendent mes pas pesans. L'honneur de vous servir sou tient seul mon courage.
LABKOSSE.
Vous avez à bon port conduit votre message?
LE CORDEL1ER.
Grâce au ciel !
Parlons bas. Le jeune fils du roi, A mes soins confié, repose près de moi. Eli bien! le roi revient, sa guerre est terminée.
LE CORDELIER
J'ai marché sur ses pas-, la France est consternée De sa prompte défaite, et les gens de sa cour S'cntredisent tout bas qu'aussitôt son retour, Il remet à son fils la pourpre qui le couvre, Et pour un monastère abandonne le Louvre.
LABROSSE
Et la reine serait régente?
LE CORDELIER
On le prétend.
LABROSSE
C'est son droit. A Burgos enfin est-on content? Enfin puis-je compter sur cet Alphonse?
LE CORDELIER
Alphonse, Pour prix de vos bons soins, monseigneur, vous
[annonce Trente mille écus d'or, et si le sort un jour Vous trahit, il vous offre un asile en sa cour.
LABROSSE
Ohl l'homme prévoyant! tant de bonté me touche.
LE CORDELIER
Mais prenez garde ! un mot est sorti de sa bouche Qui pourrait éveiller des soupçons ennemis : Avant que mon message en ses mains fût remis, Ce prince, épouvanté des chances de la guerre, De Philippe cherchait à fléchir la colère, Et se portant lui-même au devant de ses vœux, Comme héritiers du sceptre adoptait ses neveux; Mais lorsqu'il eut appris qu'en faveur de l'Espagne Vous aviez sourdement fait manquer la campagne, A ses désirs de paix succéda sa froideur; Et rompant tout accord avec l'ambassadeur : De Philippe, a-t-il dit, je brave la puissance; Nous avons des amis à votre cour de France.
LABROSSE
L'imprudent!
LE CORDELIER
Et ce mot dans le camp est semé, Philippe en est instruit.
LABP.OSSE.
Personne n'est nommé?
LE CORDELIER
A son ressentiment ce prince s'abandonne,
On murmure, et pourtant on ne nomme personne.
LABROSSE
Bien, il suffit qu'à temps vous m'ayez averti, Et de cette imprudence on peut tirer parti. L'armée est mécontente?
LE CORDELIER
Oui, monseigneur, l'armée Que le dernier monarque avait accoutumée A vaincre, ose accuser de manquer de vertu Son lils qu'elle a vu fuir sans avoir combattu.
Je suis content. Pressons le cours des destinée: Mon père, il faut encor passer les Pyrénées.
LE CORDELIER
Où diriger mes pas? vers la Castille ?
LABROSSE
Non, Vers Sarragosse; il faut que Pierre d'Aragon Marche avec nous ; il faut que par votre entremise Cette lettre à lui seul en secret soit remise.
LE CORDELIER
Pour la Sicile on dit que dom Pèdre est parti.
LABROSSE
Eh quoi! sait-on déjà qu'il s'y forme un parti Contre Charles d'Ajou? que dit-on?
LE CORDELIER
On rapporte Qu'un chef sicilien, sous l'habit que je porte , Préchant de ville en ville, est venu jusqu'à lui; Que l'adroit Espagnol, leur vendant son appui, De leurs divisions court saisir l'avantage. Il ne faut pas douter que, las de l'esclavage, Le peuple de Palerme, où règne l'étranger, N'accueille un nouveau roi qui prétend le venger- Mais Charles saura bien défendre sa conquête.
LABROSSE
Le temps presse, mon père, il faut nous mettre eu De cet Aragonais, le joindre sans retards, [quête
LE CORDELIER
Je ne sais qu'obéir ; vous l'ordonnez, je pars.
La foi de mes sermens ne sera pas trahie : Bientôt les doux loisirs d'une riche abbaye Vous feront oublier tant de soins périlleux; Mais gardez que le jour ne vous montre en ces
[lieux.
Le ciel bénisse encor votre dernier voyage !
Montrant la porte secrète.
Vous savez les détours de cet obscur passage.
vernais, avec effroi.
Le prince!
Le fils du roi parait à la porte du fond , l'officier lui refuse le passage.
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