SCENE V
Les Mêmes, LE JEUNE LOUIS, L'OFFICIER.
l'officier.
On n'entre pas !
LOt'IS.
Qu'importe? laissez-mu;.
l'officier.
La défense est pour tous.
Lotis, forçant le passage.
Je suis le lils du roi.
Quoi, cher prince, est-ce vous? dans la nuit, a
[cette heure!
louis, très-étnu.
Chambellan, près de vous souffrez que je demeure: Des songes inconnus sont venus m'effrayer, .l'ai peur; je nose plus ni dormir ni veiller. Mon cœur bat! oh touchez mon front, louchez, il
[ brûle ; On dirait que du feu dans mes veines circule. Dites-moi, mon ami, savez-vous ce que j'ai?
LABROSSE
Rien mon fils.
LOUIS
Près de vous je me sens soulagé.
labrosse, bas au Cordelier.
Sortez.
LOUIS
Quel est cet homme?
LABKOSSE.
Un pauvre solitaire Qui méprise les biens estimés sur la terre. A prier Dieu sans cesse il consacre ses jours.
louis, au Cor délier.
Quoi! toujours en prière?
LE CORDELIER
Oui, mon prince, toujours.
Aucun n'a plus besoin que le ciel lui pardonne.
LOUIS
Et de quoi vivez-vous ?
LE CORDELIER
Du peu que l'on me donne.
LOUIS
La vieillesse sans doute, ou quelque infirmité, Vous défend le travail?
LE CORDELIER
L'esprit d'humilité Nous poTte à rechercher la honte et la misère.
LOUIS
Que faisiez-vous ici?
LE CORDEL1ER.
Mais...
LABBOSSE.
Du roi votre père Il venait en tremblant solliciter l'appui. louis, prenant la lettre qu'il aperçoit dans la ceinture du Cordelier.
Oh ! tant mieux ! ce billet est sans doute pour lui ; .le veux le lui remettre, il faudra qu'il le voie. Tout ce que je demande, il l'accorde avec joie.
labrosse, reprenant la lettre avec calme. Je le rendrai moi-même.
louis, un peu piqué, au Cordelier.
Oh! vous n'y perdrez rien :
Son crédit près du roi l'emporte sur le mien.
Le Cordelier veut sortir.
Restez donc... Dites-moi, portez-vous un cilice?
LE CORDELIER
Toujours.
LOUIS
Mon père aussi.
LE CORDEL1F.R.
Dieu se montre propice
r Aux vœux de l'innocent qui souffre en son honneur.
LOUIS
Combien vous devez être agréable au Seigneur! Saint homme, implorez donc sa clémence indu" Pour le repos de celle à qui je dois la vie.
LE CORDELIER
Qui forma votre cœur dut avoir des vertus.
LOUIS
Bon vieillard, vous savez qu'elle n'existe plus: La reine d'aujourd'hui, la femme de mon père, Je ne suis pas son fils, une autre était ma mère : Belle et morte à vingt ans! mon père l'adorait Quelquefois même encore il la pleure en secret: Mais il n'en faut rien dire à sa nouvelle épouse, Car, vous comprenez bien, elle serait jalouse, Et pourrait s'affliger d'apprendre que le roi Pense encore à ma mère et la pleure avec moi.
LE CORDELIER
Elle était digne, hélas! d'un destin plus prospère.
LOUIS
N'oubliez pas, non plus, de prier pour mon père! Vous savez qu'il revient parmi nous aujourd'hui. On dit que des méchans conspirent contre lui. Oh! priez donc le ciel qu'il les dévoile; faites Que leur mauvais dessein retombe sur leurs têtes : Le ciel est toujours juste, il punit tôt ou tard! Vous tremblez... vous pleurez!
LABROSSE
Laissez ce bon vieillard.
Bas au Cordelier.
Des larmes! insensé! quittez Paris de suite.
Il lui donne la lettre.
LOUIS
Qu'ai-je dit qui l'afflige?
LABROSSE, haut.
Allez, mon bon ermite- Je garde souvenir de vous, comptez sur moi.
LOUIS
Et moi, je veux aussi parler de vous au roi.
Le Cordelier, conduit par Labrosse, sort parla porte secrète pendant que Vernais occupe le jeune Louis.
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