SCENE VI
LABROSSE, LOUIS, VERXAIS.
VERNAIS.
Ce noble empressement à servir l'infortune D'un cœur vraiment royal est la marque commune ; Mais vous êtes bien jeune encor pour décider , Prince, à qui des secours se doivent accorder.
LABROSSE
Aussi bien, mon enfant, vous ne pouvez connaître Cet homme: qui vous dit que ce n'est pas un traître? Un ennemi caché?
LOUIS
Vous ne le croyez pas.
LABROSSE
Sans doute. Laissez-moi ces soins, ces embarras Les jeux, les plaisirs seuls conviennent à votre âge.
Philippe m
LOUIS
Oc mon pouvoir aussi vous prenez donc ombrage , Chambellan? je vais croire à ce qu'on dit do vous.
LABROSSE
Et que dit-on de moi ?
LOUIS
Que vous êlcs jaloux lie quiconque prétend aux faveursde mon père. Qu'il faut que par vous seul on craigne ou qu'on
[espère , Que vons serez bientôt plus puissant que le roi.
larrosse , a pari.
.le vois que chez la reine on a parlé de moi
Haut
Aimable enfant, sans doute on a dit autre ebose ?
LOUIS
Assurément.
Eli bien, dites-le moi.
LOUIS
Je n'ose.
LABROSSB.
Vous me me ferez plaisir ; pourquoi cet embarras?
LOUIS
Je ne sais; mais je crois qu'on ne vous aime pas.
LABROSSE
Et sur quoi jugez-vous que j'inspire la haine?
LOUIS
Sur vingt méchans propos: hier encor, chez la reine, Notre beau ménestrel, Adnez, mon favori, A lu sur vous des vers dont on a beaucoup ri.
LABROSSE
Ah des vers! vous avez la mémoire fidèle; Vous vous les rappelez?
LOUIS
Si je me les rappelle !
Ils me les ont appris.
LABROSSE
Je leur en sais bon gré.
Nous rirons nous aussi.
LOUIS
Voyons si je pourrai :
Fol papillon en vain brille, En vain cherche à nous tromper :
Trop bien connais sa famille :
Sous l'habit d'une chenille Naguère l'ai vu ramper.
Ains vouldrait se mesconnaitre Beau sire qui nous fait loi ; Plus ne se souvient peut-être Que, s'il est roi de son maître, Il fut barbier de son roi.
LABROSSE
A des traits si plaisans force est bien que l'on i ie.
LOUIS
Vous étiez donc barbier?
LABROSSE
Poursuivez, je vous prie.
LOUIS
Cher favory qui nous couvre Les desseings de ton esprit, Regarde, enfin, pour toi s'ouvre
Le ciel où mon œil découvre 1 mit ion horoscope escrit -.
Bientôt s'ornera ta tête De noble et royal feston; Ce jour sera jour de fête :
La couronne qu'on t'apprête Brille devers Monlfaucon !
LABROSSE
Montfaucon !
LOUIS
Chambellan, que veut dire cela?
Bel ami, contez-nous quels gens se trouvaient là? Cercle nombreux sans doute ?
LOUIS
Autant qu'il m'en souvienne, Autour d'Adnez riaient l'ambassadeur Brienne, Montmorency , d'Hareourt; le beau-frère du roi, Jean de Brabant; Imbert le connétable, et moi; Assis près de la reine, aux pieds de la comtesse, Je me sentais le cœur plein d'aise et de tristesse.
LABROSSE
De celte joie au moins vous êtes innocent? Cette folle satire et ce rire indécent, Vous les avez blâmés?
LOUIS
Non ! Hélène est si belle !
Le moyen de blâmer des vers loués par elle?
LABROSSE
Elle applaudissait donc à voir mon nom noirci?
LOUIS
Et moi, sans le vouloir, j'applaudissais aussi.
LABROSSE
Votre Hélène serait fièredevous entendre.
LOUIS
Hélène! n'est-ce pas que ce nom est bien tendre? Je me sens tout tremblant sitôt que je la vois ; Un regard de ses yeux, le doux son de sa voix, Son nom seul prononcé jette en mon ame émue Un trouble que j'ignore, une joie inconnue. N'être encor qu'un enfant! si je pouvais grandir !
La reine et sa compagne ont lieu de s'applaudir : Je vois combien sur vous leur doux langage opère. Bentrez, prince; songez que le roi votre père Aujourd'hui va paraître, et pourrait s'offenser Si son fils la premier ne courait l'embrasser.
LOUIS
O quel bonheur!
LABROSSE
La nuit qui couvre encor la terre Peut offrir àvossens un repos salutaire, Vous en avez besoin plus que vous ne croyez. Il lui donne un baiser sur le front.
A l'officier.
Suivez le printse.
L'enfant sorl.
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