‹ Magasin théâtralChapitre 259 sur 1377 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

LABBOSSE, VEBNAIS.

LABROSSE

Eh bien , Vcrnais, vous le voyez I

Cette insolente cour que mon pouvoir cfoagi ine Accueille avec transport l'espoir de ma ruine, Et chacun n'attend plus que le retour «lu roi Pour déchaîner enfin sa haine contre moi. Monlfaucon! ah ce mot tombera sur leurs têtes! On fait des vers, on rit, on prépare des fêles! En pleurs je changerai cet éclat triomphant!

VF. USAIS.

Pourquoi vous arrêter au* discours d'un enfant? Qu'importent les clameurs de courtisans frivoles? Et que ne laissez-vous en de vaines paroles Une femme, un poète exhaler leur courroux? Ce peuple, qu'on méprise à la cour, est à vous, A vous dont la grandeur et le flatte et le venge. Mais où tend, monseigneur, cette entrevue étrange? Ce vieillard m'a rempli d'un douloureux effroi ! Dieu vengeur! est-il vrai? vous trahissez le roi ? Lorsque pour maintenir les droits de sa famille Le fils de saint Louis menace la Castille, Lorsqu'il court châtier un lâche ravisseur, Et rendre la couronne aux enfans de sa sœur, Quel intérêt vous porte à troubler sa vengeance? Quand vous lui devez tout, richesse, honneurs,

[puissance , Quel conseil malheureux a pu vous engager A servir contre lui le monarque étranger?

LABROSSE

P.eau discours de.rhéteur qui ne me touche guère , Seigneur évêquevimbu d'un préjugé vulgaire, Mettez-vous quelque prix à l'honneur tant vanté De vieillir sous le joug de la fidélité? Si grand que soit l'amour qui sur les fronts éclate Dans le maître, c'est soi qu'on adore et qu'on flatte. Je dois tout, dites-vous, aux bontés de mon roi: Vous vous trompez, Vernais, je ne dois rien qu'à

[mei.

S'il confie à mes mains le poids du diadème, C'est qu'il est inhabile à le porter lui-même; C'est que moi, fils du peuple, il a cru me juger Ministre toujours humble et rival sans danger. Si mon nom eût brillé d'une illustre naissance, Il n'eût point avec moi partagé sa puissance. 11 aime en moi la fange où son orgueil m'a pris, Toute sa confiance atteste son mépris ; Mais son aveugle foi lui deviendra fatale : Oui, j'ai dormi trop près de la pourpe royal-e Pour n'avoir pas enfin senti mon cœur s'ouvrir Aux rêves enivrans d'un sublime avenir !

VERSAIS

Quels discours ! quels aveux me faites-vous en-

[tendre?

A quels plus hauts destins oseriez-vous prétendre? Favori sans rivaux, seul ministre du roi , Où donc aspirez-vous encore ?

LABROSSE

Écoutez-moi :

Vous connaissez Philippe et la mélancolie Où ce roi faible et bon se complaît et s'oublie. Sous un mal inconnu sa grande ame a plié ; De son père sur nous tant que l'astre a brillé, Nous l'avons vu jaloux d'imiter son modèle, 6e montrer comme lui l'effroi de l'infidèle;

Nos ménestrels chantaient son glaive triomphant.

C'est alors que le ciel lui donna cet enfant; Alors plein d'avenir, ci fier «le son épouse, Il semblait défiei la fortune jalouse.

Sous ce jeune héros, amoureux du pouvoir, J'en conviens, mes désirs languissaient sans espoir. Mais lorsque vers Tunis, le destin moins prospère Lui ravit a la fois et sa femme et son père, Le héros disparut : nos provinces en deuil L'accueillirent pleurant sur un double cercueil ; Jamais homme ne fut moins semblable a lui-même. Sur son front déjà mort il mit le diadèn e; Dans son Louvre désert soigneux de se cacher, L'aspect seul de son fils paraissait le toucher. D'un cilice couvert, les yeux voilés de larmes, Insensible au récit de ses propres faits d'armes, Je voyais chaque jour ce fantôme de roi Vaciller et s'éteindre en s'appuyant sur moi. Sur son abaissement s'élevait ma fortune! Philippe, fatigué d'une vie importune, Allait ressusciter un maire du palais; Dans un cloître, en espoir, déjà je l'exilais; Ko espoir, je \«.\ais sa race anéantie, Et sur le trône, assise une autre dynastie!

VERSAIS

Chambellan!

LABROSSE

Vous savez par quel retour soudain Ce prince m'arracha le sceptre souverain, Et le remit aux pieds d'une autre épouse. A peine A notre cour parut celte femme hautaine, Que mes nombreux amis, prompts à se dérober, Ont vu sa faveur croître et la mienne tomber. La superbe Marie était jeune, était belle, Chacun avait les yeux de Philippe pour elle, Et tous ces hauts barons qui tremblaient devant Vinrent à m'oublier presque à l'égal du roi. "moi Dien plus, Marie, encor peu sûre de ses charmes, Réveille son époux, le revêt de ses armes, Lui parle de l'Espagne et le pousse aux combats, Moins pour grandir son nom que pour me jeter bas ; Ma résolution fut alors bientôt prise.

J'encourageai Philippe à sa noble entreprise; Mais je disposai tout pour qu'il revint ici Méprisé du soldat, vaincu. — J'ai réussi.

VERSAIS

Mais, seigneur chambellan, quel espoir est le vôtre? Echappé d'un péril vous tombez dans un autre. Si Philippe recherche...

LABROSSE

Il n'aura pas le temps.

D'autres soins vont bientôt l'occuper. Je m'attends Que tôt ou tard l'ingrat, pour complaire à la reine, Consentirait ma perte ; eh bien! je veux la sienne, Je veux qu'avec horreur il rentre en sa maison ; Qu'accueilli par le meurtre et par la trahison, 11 succombe aux tourmens que ma main lui prépare. Tout ou rien. — Déblayons le chemin qu'on nous Ce jour sera terrible : enfin on va savoir [barre ! De la reine ou de moi qui garde le pouvoir. D'un seul coup je finis cette lutte fatale, I\ien n'en pourra sauver ma superbe rivale,

Philippe m

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cet nobles jaloux quMrrite mon crédit, ce \il ménestrel que sa haine enhardit, l'orgueil de ce duc qu'elle nomme son frère ; is pour ce grand combat un crimja est nécessaire, s'il ne faut enfin rien vous dissimuler, coup est l'ait, il n'est phts temps de reculer !

VERSAIS

crime! chambellan, je n'ose vous comprendre. sur qui?...

LABUOSSE.

Cetenfantquc vous venez d'entendre, on cherche à m'enlever, dont le cœur ingénu

D'un amour excité sent le- trouble inconnu ; Cet enfant, dont les droits) a la pourpre royale Eu privent à jamais le fils de ma rivale, Kt que l'ambitieuse en secret doit haïr ; Cet enfant, qui d'ailleurs commence a me trahir, Qu'avec mes ennemis je vois d'intelligence, Il porte dans son sein la mort et nia vengeance. Un poison lent, mais sur...

VERSAIS

Quel horrible forfait !

LAHl'.OSSE.

i Nous sommes inuoeens! la reine aura tout l'ait.

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